PREMIERE NOUVELLE
I3ri^E cpie les femmes sont des roses ) c'est une vérité si connue , si rabattue , que je me garderai bien de le répéter ; aussi me bornerai- je à tracer simplement les aventures^ que l'on va lire , pour prouver qu'il y a roses et roses , et qu'il est plus difBcIIé qu'on ne pense d'en irouv ver une , et bien plusdifHcile encore d'en mériter la conquête, Piiisséje amuser un sexe châtmant à qui je veux consacrer nies veilles , en lui faisant part de cette nouvelle que, je ne dis pas Apollon , mais l'A<*
8 " " A z o ifc I H Er
moûr même ne Hésavoueroit pas.
J'aurai remplie mission qu'il m'a donnée 5 si je puis apprendre à celles qui me liront à côniibître leur prix istje.oi.ôtre , nos devoirs ej les, leurs , et la vraie manière d'hêtre heureux
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Je vojageois l'année dernière dans le Rojauine de Chypre , et mon œil attentif aux-moi^diies id4tails qui peuvent intéresseï* mou tœur et sourire àïnôaimaginatioji , y cherchoit avidemmeut les tim'Qgs des merveilles dont celte, isie chérie de Vénus doit être le théâtre •, si l'on doit en croire les Fabulistes et les Ro- -manciersancienselniodernesquej'ai la folie, moi, de regarder corn me des* oracles. Il me sembloit, en parcou7 raiit les bois et les vall^nsde l'Idalie 5 trouver àxîhaque pa& des Danses champéires , des Bei gers heuïeux 5 des amours faciles , des fcm
AZOIINË. 9-
lues climiantes , et par tout le plaisir dégagé de ses épines. Mais je ne vis avec douleur que les ruines de ce temple de l'antique Volupté f tous les prestiges qui embellissoienk ce brûlant climat ont fui avec l'innocence du premier âge qui les a voit consacrés, et vous trouveriez à peine aujourd'hui deux maisons oùl'o^i se souvînt des Fêtes d'Adonis, et du Temple de Gnîde. Les Musulmans ont substitué le despotisme d'un désir insolentaux t^ndros prières du Céla7 don ; de viles Odalisques , des Bacchantes effrénées . ont remplacé les^ Grâces pudiques ; des Satjres mutilés et furieux ont succédé aux Cépbales et aux Corydons timides et langoureux. L'amour s'y. cpminerce maintenant comme par-lpu t ailleurs , et la beauté y est devenue un objet de convenance , depuis qu'on la met k Tencan , comme le vin que les Cy-
priotes nous font voiturer à prix d'or.
O mes amis ! n'allons désormais à Chypre que pour y trouver du bon vin. Un seul endroit pourtant me sembla digne de ma curiosité , et mon étoile me conduisit vers ce point où aboutissoient tous mes désirs.
Je m'égarai le soir dans une forêt de myrthes , et me trouvai dans une vallée solitaire où nul homme « je crois, n'avoit encor porté ses pas.
J'étois seul avec mon cœur, et j'ou* vrois mon ame aux sensations voluptueuses qu'inspirent la doiice clarté de la lune, le murmure mélancolique des eaux , le silence d'une belle nuit , le ramage des oiseaux , et la paix d'une bonne conscience.
La tiède baleine des Zéphirs , imprégnée des corpuscules balsamiques ides fleurs , portoit dans mes sens
'ivresse et le désir y lorsqu'au bout
d'une avenue ténébreuse , et au pied d'une montagne dont le somi!net se cachoit dans les nues , j'entendis prèsde moi une voix sonore et douce comme les vibrations de l'air qui la développoient , chanter ces paroles qu'accompagnoit le son de la guittare,
ROMANCE D'AZOLINE.
Désirs bruUns , volupté pure , Besoins d'amour et de bonheur »
Soupirs dont la raison murmure Vous n'êtes plus faits pour mon cœur.' Des tourmens affreux que j'endure Viens ! ô mort * combler la mesure i
De mes malheureux iours
Viens terminer le cours*.»
Je suis se^ledans lanature«
En Tain sur la^cendre glacée t>u seul objet qui sut aimer, J'épanche mon âme oppressée p ^ Rien ne sauroit la ranimer.
Dans cette solitaire enceint* Mes sanglots et ma voix éteinte £n vain frappeot les cit u^ }
^ D'<.in amour malheureux Azolin n*entend plus la plainte.
Azolin! un instant encore ..
Je le sens, mes maux vont finir ; Bientôt , ce trépas que j'implore Pour iamais à toi va m'unir:
£n dépit d'un père barbare , Dont l'injuste loi nous sépare»
Tu seras près de moi ,
Je serai près de toi.
Notre hymen enfhi se prépare.
Ah ! d' Azoline qui succombe , Quel voyageur prenant pitié , Placera son corps dans la tombe • Auprès de sa douce moitié ?
Puisse, en traçant notre aventure»
Sur cette froide sépulture , £t la baignant de pleurs , Sa main <le nos malheurs Instruire la race future!^.
Ce sera moi , m'écriai - je avec transport^ et je tombai soudain aux yieds d' Azoline, que lafrajeuravoit
fait évanouir^;.... oui , sera moi
Paidonne , amante infortunée , un
mouvement
mouvement dont je n?ai pas été Je maître ; ouvre encore un- instant ta mourante paupière à la clarté des rieux 5 et ton ame aux douces émotions de la confiance 5 laisse - moi t'adorer , te servir et eérair de tes malheurs; l'infortuné que tu pleures n'en sera point jaloux ; amides malheureuxetnialheuretix moi-même , je dois êlre le vôtre... -^ Il n'est plus teras , dit Azoline avet la pénible et lente articulation de l'extrême af-
faL<:semçnt , il n'est plus tems
Aîsolin m'appelle. . . il est là ,. . . je ya,îs y être aussi. . . et je serai donc heureuse ! — Ah l je l'en conjuré , au nom dé cet Azolin qui t'est si cher ; au nom de la tendre humanité», ne me refuse pas le plaisir d'ei itendi'e le récit de tes infbrtuiïes ^ mon cœurest dipne de cétt« faveur...
— iîh bien , dit Azoline en soi^levant sa tête appesantie et en tr'ou-
vrant avec peine ses paupières char* gées de larmes et déjà couvertes des ombres de la mort , écoute , géiné* reux étranger j sois l'interprète de mon histoire etde mes decnières volontés.
Je dois ma malheureusp existence au Pacha de Nicosie. Azamor est $on Bonk; le royaume de Chypre n'a jamais eu de Gou\«erneur plus juste , plus vaillent , plus zélé pour son maître 9 mais en niême-tems pliji^ sévère^plus ambib'eux , plus entiché.des préjugés de sioblesse et de fortune^ voilà ce qui aous a perdais* Il m'a forcée à l'abhoiTer ; il vit encore • mais sa malheiiiTeuse fille ai'a pas même , en mourant , laçons olation d'expirer dans ^.es bras , e t 'à& pardonner à son bourreau* . J'avois attteint ma quinzième 9 an* n^ ; aucun objet dans la n. iture n'avoit encore touphé num c oeur ^
A Z L X N l^« iS
bMTsqtie le Sultan faisant la visite de ses états arriva d'AndrinopIe à Kicosie , et vint loger chez le Pacha, mon père. Cet événement donna ' lieu dans tout le royaume de ^ Clr^pre à des fêtes brillantes où le luxe* asiatique déplojra tous ses rafinemens i la Liberté , l'amour et la Volupté s'unirent pour retracer aux Cypriotes l'ancien éclat que leur isle avoit eu dans les siècles reculés de l'antiquité 5 mon père eut occasion de signaler son amour pour la représentation et son ingénieuse somptuosité. Aussi le Sultan , enchanté de ses efforts pour lui plaire , prolongca-t*il son séjour à ]Nicosie un mois de plusqu'il ne l'avoit projette* •
Ce fut dans une de ces fêtes , que l'amour s'offrit à mes regards , sous les frais d'un jeune Icoglan de la suite de sa Hautesse ; je le vis , je l'aimai j ses regards ne tardèrent pas à
iïi?annoiicer quej'avoisfait lamême impressionsur lui ; ce moment fut le ' plus doux de ma vie, ilm^apprit que j'avois une ame , et je fis vœu de là consacrer à c^lui à qui jedevois cette découverte. Azolin plutà mon père, et je m'applaudis de celte circonstance qni encourageoit mon amour naissant. Le Sultan voulant donner à mon: père des gages âe sa satisfaction 5 Ini demanda ce qu'il dés^roit de sa générosité , et mon père obtint Azolin. Sa Hautesse quitta Nicosie , en assurant A zamor d'une bienveillance éternelle , et lui recommanda Ji'Icoglan*
"Si la première vue d' Azolin avoît fait sur mon ame une profonde -impression ^ la facilité de» le voir san^. cesse auprès de moi devoit me le rendre encore plus cher , A ,to6sure que Je découvrois en lui .les pL[is.raDB5;q%ialités. Mon amant
A Z t I N E. ij
joignoît à une figure charmante , parée de tout Téclat de tajeunese 5 un cœur excellent , un esprk infini ment- orné 5 une ame sensible , le gôni des arts et des conhoissances précoces dans tous 'les. genres. H fut extrêmemeut utile à mon père dans les affaires dc son gouvernement , et mon père ne tarda pas à l'aimer comme un fils. Que vow$ dirai-je enfin ? nous fumes six mois?
heureux , Azolin et moi , c'est-àdire , tant que nçtre liaison fut cou* verte des voiles du mystère ; ces six' mois s'écoulèrent comme six heures; C'est ici que mes malheurs commencent. Plusieurs grands de la cour d'Andrinople demandèrent ma main ; Azolin m'étoit plus cher que ma vie , et je n'hésitai pas à refuser. Ce refus désill a les yeux de mon père, il vit avec courroux mon amour pour Azolin , et n'épargna
aucun moyen de rompre cette liai* §on ^u'il croyoit l'avilir.
La tête de Plcoglan eût payé la hardiesse de s'être fait aimer de la fille de son bienfaiteur , si Tamilié qu'il avoit pour lui , les services importans qu'Azolin lui avoit rendus, et mes larmes», n'avoient arrêté le bras qui déjà portoit le poignard sur son sein. Azolin fut envoyé sur les frontières de Chypre dans une maison de campagne de mon père, sous prétexte d'y faire tia- 'vailler aux jardins , mais je regardai ce départ comme un exil. Hélas !
Azolin ne devoit plus revoir Nico* sie , ni le bonheur.
Sur ces entrefaites , mon père ar* rêtamon hymen , et je devois obéir ou passer mes jours dans une prison perpétuelle. Déjà les flambeaux de; l'hyménée alloient pour moi se chai^-, ger en torches funèbres , lorsque profitant du silence de la nuit, jt
me déi'obai au palais de mon père y cl vins me réunir à la moitié de 0ioi*méme. Une séparation de six mois m'avoit mise aux portes du tombeau , il me falloit Azolin ou la .mort ; le bonheur de le voir en^ core une fois ne me sembloit pas assez payé par lesacrifice de ma vie.
Qni pofirroit exprimer les combats que l'éprouvai dans le chemin P L'amour et la nature se disputoient mon amedéchirée. Là , je voyois un père furieux , immolant Azolin aux préjugés de Torgueil 5 ici je levoyois navré de la perte de sa fille , et mes remords étoient affreux. Là, d'un autre côté^ je voyois Azolin gémissantdans une solitude , demandant sans cesse Azoline ou le trépas. Craignant la poursuite d'un père irrité , je bravai le sommeil , la fatigue , la foibIesse.de mon sexe, en courant seule les campagnes et les déserts
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afF»eux , soûs^leç habils d'un vil esclave. EnHn , j'arrivai dans la dè^ meurfe agreste où le maihetiretix Azoiiii languissoit d'amour. • Je n'étois plus qu'à vingt pas du bos-quet que vous -voyez là-bas=; Pépui-* sèment xn'avx>it contrainte de me reposer sous le dais de ce palmier , lorslque i j - enfÉdidis la voix» d' A?:olm soupit^er ce^fe - Rdînande ' plaintive qu'adcom^^agnôit le n»urmure du clair luisseau qui filtre à travçrts ce rocher. • ' . -,
ROMANCE D'AZ.OLIN.
Arbres téinôîns de mes douleurs , Ëc roi , source argentine Que tous les Jours je grossis de mes pleurs , Avec l'écho de la colline, Ref)et«z le fiiom^'AzoUhe , ' ' - - • Nof re amou.r et nos malheurs.
AzamoT, reprends tes bienfaits ; Arrache- moi la vie , Ah i l'y sQUScc^ i csy 'il faut qu'à^4maîs