‹ Les trois nouvellesChapitre 5 sur 16 · A Z O L I N E. II · texte numérisé non relu

A Z O L I N E. II

Azoline me soit ravie , Je ne devrai qu'à ta furie £t mon bonheur et la paix.

Comble le plus doux de mes voeux^, Amour ! et qu'Azoline Près d*AzoMn vienne embellir ces lieux* De mes tours le flambeau décline.

Mais le trépas- qu'on me destine Près d'elle sera moins aiTreux.

» Non , tu .ne mourras pas , m'écriai - je , en me précipitant dans ses bras : Azolin , ô l'annii de mon cœur ! i*econnois ton Azoline , elle te presse- cou Ire son sein , et toules les puissances de l'uni-* vers ne sauroient l'en arracher. '• Elle est à toi par les nœuds inviolables de la nature et de l'tioif* neur... En vain mon père et tous ses satellites épuiseroient - ils sur iious leur indignation , je mourrai dans les bras d' Azolin plu lot que de m'en séparer un seul instant...

Ecoute , Azotin :••• Notre amour

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est pur j nos cœurs sont innocois , l'intimité et la eonformîté de nos âmes ont formé seules les cbaî* nés qui nous lient ; nous ne pou^ vous offenser le ciel. Espérons donc que mon père se laissera fléchir par tes vertus et par mes larmes... »

Azolin , plongé dans là plus délicieuse extase , ne trouVoit pas d'expression aux sentimeiis qui se prèssoient et sesuccédoiént rapidement dans son cœur , à chaque mot qui sortoit de ma bouche; ce silence éloquent n'étoit interrompu que par des soupirs ; sa tête s'étoit penchée sur mon sein ; i 1 levoit sur moi des yeux inondés des lar- ;nes du plaisir , où se peignoient l'étonnement , l'ivresse et la recoBnoissauce. La nuit approchoit ; cette scène touchante fut suspendue par jie besoin de prendre quelque r«pos^etnous régnâmes la demeure d'Azolin.

Un repas préparé des maîiis de Fami de mon cœur me parut mille fi>is plus délicieux que tous le6 banquets somptueux et bruyans du palais de mon père. Azolin avoit congédié ses esclaves j tout étoit livré au sommeil , excepté Azolin et moi. — Nous étions sous un berceau de roses y Azolin en tenoit une dont le carmin et l'odeur effaçoient toutes les autres : le bruit, de la cascade , en tombant du rpcher , imitoit la douce palpitation de nos eœurs ; le palmier ' nous couvroit de ses branches , nous étions seuls y nous nous aimions , et pouitant , ( on ne le croira pas ) Azolin ne demanda rien dont je dusse rougir.

Azoline , me dit-il en soupirant et versant quelques larmes amères que je recueillis sur mes lèvres, et qui de là descendirent sur mon cœur, il fiiut nous séparer... Jm-

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le sens... Les momens sont précieux... Demain , peut-être. — O ciel! que dis-tu ? moi t'abandonner ! tnon , jamais. . • jamais, — Azoline ! écoute-moi : ce que je vais te dire ne doit jamais s'efiFa- ' cer de ton esprit.

tf Nous ne sommes pas nés pour être heureux; tu me haïras lorsque j'aui'ai dit qui je suis... — Te haïr !... moi !... peux-tu le penser ! — Ecoute:... Oui, tu fus , ^ns le savoir , . la victime de ma cruelle destinée , et voilà mon histoire^

Je naquis à Damas 5 il y a vingt ans ; mon père , homme versé dans toutes les sciences occultes et cabalistiques me prédit que je ne vivrois pas au-delà , si je cédois avant ce temsaupouvoir de l'amour. — Azolin , nous ne sommes pas coupables , l'ajiiûur n'a-t-il pas d'autres jouissances

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sances que celles que nous avons goûtées ? — Oui ^ mais laisse-moi achever, Azoline. . . Mon père n'ayant à me laisser pour toute fortune que les connoissances que f aurois acquises sous ses yeux et le respect attaché à son nom , ne négligea rien pour me rendre un prodige de savoir , malgré la foiblesse de mon âge^ Uiie circonstance heureuse me mit à portée d'être remarqué du Sultan 5 et je fus reçu précepteur des pages de Sa Hautesse , à Page dé quinze ^Yis. Je touchois à mon troisième lustre , lorsque je perdis mon père.

Il mourut de la mort des savans • c'est à-dire , épuisé par Iç travail et dans l'indigenci^ la plus absolue* >

« Azolin , nae dit->il avant de s'endormir du sommeil de la uxovt 9 je te laisse seul dans la nature , jeune, pauvre 5 sans noblesse et sans ap-«

puî. Tu touches à l'âge d'aimer ; le premier obfet qui frappera tes regards fera palpiter ton cœur , la beauté va rarement de com.pagnie avec la modestie. La cour du Sultan abonde en femmes qui ne connoissent point les charmes dusen* timent , elles sacrifient tout aox seiis et rien à l'Âme ; tu seras donc la dupe de leurs artifices , et tu mourras avant ton quatrième lustre , si ice que je vais t'apprendre sort un instant de ta mémoire. Vois-tu cette rose ? £Ue semble éclose à peine , et couverte encore des pleurs de l'aurore... Eh bien! je la conserve depuis mon adolescence. Elle fut tout mon patrimoine à la mort de mon père , elle sera le tien. Cette rose est Fée ^ et de plus un talis^ man in&tUible pour se f^ire aimer.

Elle réunit tout ce que l'on nous a dit des propriétés et de^ vârtua

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de. la délicate sensitive. Gomma elle , sa vertu consiste à témoigner l'existence ou la perte de cette rose précieuse que les hommes aiment à cueillir aux champs dePapbos.

SUe servit de tems immémorial avLjt prêtres du dieu Pan et de la déesse Vesta , pour constater la vertu des Cypriotes qui se destinoient au culte de leurs antels. Elle est susceptible en même tems dé changer à cba-* que instant de couleur , suivant les différens caractères des personnes sur qui tu voudras en faire l'épreuve, La fenime au cœur faux ^ l'égoïste et la prude la rendent noire et blan« che.. Celle qui veut faire croire que vous êtesv le premier ponant qu'elle a Ëivorisé, larez^d jaune* La co-f quette la nuance de mille couleur; changeantes et qu'9n ne peut fixer.

La femme exigeante, et lubriquQ l'énervé, etlui.dd»»© bien lapa-»

sB A z o i r T^ E.

leur du lys. La femme qui trafiqua l'amour Pa bientôt effeuillée. Tu connoîtras enfin , qu'une femme aime pour Ja première fois , lorsque la rose sera dans l'état où tu* la vois , o'est-à-dire , en bouton ; quec'est toi qu'on aime uniquement, lorsqu'elle exhahera autour de vous l'odeur la plus suave... Elle sera blanche de<rffnt la timide vierge dont*le coeur est encore indifférent.

Klle prendra gradativement de l'inèàrnat , à mesure que tu lui deviendras cher; la femme qui ayant déjà aimé ,es^ encore susceptible d'une impression durable et de sentiraens délicats , Aa fera épanouir , mais sans la flétrir. Ces divers fessais guideront ■ tes recherches et te procure-^ ront les moyens de suppléer à ce q»e la fortune t'a: nrfusé. J^en ai dit, assez pouï* te faire sentir la nécessité de co&Stflter la rose y quand

il sera question de faire un choix.

Tu seras ciimé de toutes les femmes, xnsàs tu dois n'aimer qii!une , celle-là doit n'aimer que toi seul dans l'univers. » Ainsi p^rla mon père , et me serrant la main, il expira. Toi seule 5 Azoline , après toutes lesmétamorphosesqu'a essuyées ma rose , l'a rétablie' dans sa première fraîcheur , mais me pardonneras-tu de m'étre servi d'un talisman pour mérjtpr ton amour ? — Azolin ! Azolin i lui dis je , tes vertus sont l'unique talisman qui m'a subjuguée 5 va 5. la rose sera toujours en bouton , et sou parfum sera toujours délicieux.

Alors , Azolin me présentant la rose , nous nous baissâmes en même tems pour en respirer l'odeur j nos fronts se rencontrèrent , nos lèvres se collèrent sur la même feuille , un mouvement uniforme que nous

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