‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 58 sur 65 · LE SENS MUSICAL · texte numérisé non relu

LE SENS MUSICAL

cherche peut-êtreà produirela première sortede sons, dans ses gazouillements irrégulièrement rythmiques etmédiocrement expressifs. Cependant, à l’àge de six mois, il est certain qu’au plaisir immédiat d’exercer l’organe de phonation s’ajoutent un vague discernement de la variété des sons, le plaisir quecettevariété lui procure, et le plaisirplus délicat encore de se mettre à l’unisson dans les essais plus ou moins heureux qu'il fait pour imiter les chants de la nourrice ou les sons des instruments.

Le langage et la musique ne sont à l’origine qu’une seule et même chose : ils sont avant tout l’expression des sentiments peu ou point déterminés. L'enfant exerce donc tout à la fois, dans les premiers mois, et pour son plaisir plus que pour ses besoins, ces deux instincts confondus en un seul pour lui comme pour l’hommeprimitif. Mais lesadultes lui apprennent bientôt séparément chacun de ces arts isolément perfectionnés par lalenteélaboration dessiècles. On lui apprend d’abord la parole, instrument essentiel de communion sociale, qu’il retient avec tant de peine, quoique en apparence assez vite, parce qu’elle exprime, plus que des émotions vagues, des émotions précises, et plus que des émotions, des idées, de pures représentations, de simples signes des objets.

L’enfant d’un an à trois ans apprend un très grand nombre de signes et de combinaisons de signes oraux, parce qu’ils représentent des idées concrètes. Mais pendant la même période, il n'apprendra guère mieux à distinguer la gamme abstraite dessons qu’àdistinguer la gamme abstraite des couleurs. Ce n’est pas encore là sa musique à lui. Sa musique vocale ne peut guère s'accommoder alors à la nôtre : non que son oreille ne saisisse assez distinctement les nuances des sons, pour peu surtout que l’on chante juste autour de lui ; mais son oreille même est encore plus naturelle que. musicale ; elle distingue plus les sons chantés comme accentués et rythmiques que comme expressifs. Il

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

faut qu’un long apprentissage de l’ouïe et de la vue l’ait amené à distinguer la nature et l’origine des bruits quelconques, à reconnaîtreau sonde voix les personnes, à imiter leurs paroles et leur chants, à imiter les cris des animaux et les bruits les plus frappant des objets, pour que les sons chantés prennent pour lui un caractère expressif assez marqué. Il y a ceci encore : le développement de l’oreille musicale se fait au moins autant par l’exercice personnel de la voix que par l’audition de la voix d’autrui : or, le larynx des enfants, déjà conformé à la naissance de toutes les pièces qu’il possède chez l’adulte, n’est pourtant qu’une ébauche grossière de ce qu’il sera plus tard. Dans les premiers mois, les cartilages sont surtout à l’état fibreux. Ce n’est qu’après la deuxième année que le carti liage thyroïde prend des formes mieux marquées et que les aryténoïdes commencent à se former.

Il est naturel que le développement delà voix suive celui des organes. Peuàpeu, mais par des progrèsde plus en plus importants, le durcissement des fibres apporte quelques qualités sonores aux cris et aux vagissements des premiers jours, et le développement des muscles met le tuyau vocal dans des conditions favorables pour modifier les sons criards de l’anche. Vers la première année, la voix commence à prendre des qualités sonores plus déterminées ; la parole, du reste, devient pour l’organe une gymnastique incessante, qui contribue énormément au développement de la voix(i).

De 1 âge d’un an à l’àge de trois ans, le développement de la voix paraît suivre plutôt le développement cérébral que l’organique général. Il en est à peu près au même point pour les qualités sonores, et il reste ainsi jusqu’à l’âge de cinq ou six ans. C’est surtout à partir de quatre ou cinq ans que l’oreille se forme, et qu’elle apprend le plus facilement à reconnaître les sons (2). Le développement graduel

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