‹ Les trois quartiers, comedie en trois actes et en proseChapitre 21 sur 97 · ACTE I, SCÈNE VIH · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIH

DESPRÉS

Eh bien! l’amour, oui, l’amour qui se mêle de tout vient d’arriver à votre secours!... Ecoutez-moi : j’ac- • courais en toute hâte ; je traversais le magasin ; votre jolie prétendue était au comptoir; elle tenait son ouvrage d’une main, son aiguille de l’autre, et restait dans la plus stricte immobilité !... En passant, je l’ai saluée gracieusement, comme je salue toujours; elle n’a pas fait la plus légère attention à moi !... Alors j’ai cherché quel objet pouvait ainsi captiver son attention, et j’ai vu bien distinctement qu’elle était dirigée sur M. Gustave, qui venait de descendre.

DESROSIERS

M. Gustave !

DESPRÉS

Oui, ce petit commis champenois, qui se mêle parfois de faire le goguenard avec nous! Je ne sais quel mouvement, ou plutôt quel instinct de curiosité m’a porté à pousser plus loin mes observations . Sans aucune espèce d’affectation , je me suis mis à causer politique avec deux autres jeunes gens du magasin, et cependant je ne perdais de vue ni M. Gustave ni M lle Georgelte! Tout en déployant une pièce de jaconnas, le jeune homme jetait des regards en dessous sur la jeune per-

sonne, qui, dès qu’elle s’en apercevait, reprenait vivement son ouvrage, tandis qu’alors le jeune homme, interrompant le sien, avait les yeux comme attachés sur la jeune fille avec une expression plus amoureuse et par conséquent plus niaise qu’on ne peut se le figùrer! Tout à eux-mémes, seuls dans l’univers au milieu de vingt personnes, je les voyais causer des yeux, et vous savez que le langage des yeux marche avec la rapidité de l’éclair!... En cinq ou six secondes ils ont eu cinq ou six conversations . . . des conversa tions su ivies ! . .

DESROSIERS

En vérité! Et v&us en concluez...

DESPRÉS

J’en conclus qu’il y a regrets . . . sympathie. . . amour !

DESROSIERS

Oui, il y a amour!... Et quand je me rappelle l’humeur de M. Gustave , la tristesse de ma future... mille petites circonstances... Est-ce que vous ne vous étiez pas déjà aperçu ?. . .

DESPRÉS

Pardonnez-moi;... mais comme jusqu’ici vous vouliez épouser... j’avais cru inutile et même inconvenant... de vous avertir... Quand on est marié, on ne doit pas savoir....

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