ACTE I, SCÈNE IX
expliquons-nous donc clairement et avec franchise.
GUSTAVE
Je suis prêt à vous répondre, monsieur. (Ap»«.) Est-ce qu’il aurait envie de me chercher querelle? Je le voudrais.
DESROSIERS
M. Gustave, croyez-vous que les sentimens secrets d’un jeune homme sans expérience puissent échapper à ma pénétration? Le croyez-vous?
GUSTAVE
Vous m’avez dit que vous alliez me parler clairement, et je ne vous comprends pas.
* DESROSIERS
Vous allez me comprendre... Il y a quinze jours, je me suis présenté dans cette maison ; j’ai demandé la main de M lle Bertrand ; j’ai été agréé par le père, par la mère !.. la jeune personne elle-même n’a pas dédaigné mes soins... La vanité ne m’aveugle pas sur mes qualités, et j’avoue que ma fortune a pu contribuer à me rendre unjparti convenable.
GUSTAVE
C’est fort possible !
DESROSIERS
M lle Georgette est charmante! Je serais heureux et
fier de devenir son époux ; mais, je l'avoue , je gémirais
si mon bonheur devait faire le malheur d’un rival....
GUSTAVE. 1
Que dites-vous, monsieur? (a pan. ) Aurait-il deviné?
DESROSIERS , à pan.
Il se trouble. Nous ne nous étions pas trompés. (Haut. ) M. Gustave, j’adore Georgette.... je ne crois pas lui être désagréable... On va publier les bans... La corbeille est donnée... On doit signer le contrat ce soir... Eh bien ! tel que vous me voyez , je me sens capable d’un sacrifice... bien cruel sans doute, mais que j’aurai la force d’accomplir, si l’honneur me le commande, et si mon union doi t coûter un soupir, un regret, à celle dont j’étais digne d’assurer la félicité!
GUSTAVE
Ah! monsieur, que j’étais loindem’attendre!(B»».)Moi qui le croyais avide, intéressé...
DESROSIEHS.
Mon jeune ami... oui, mon jeune ami, regardez-moi sans aucune crainte!... vous aimez Georgette?
GUSTAVE
Moi , monsieur? Eh bien oui ! de toutes les forces de mon ame! Votre confiance encourage la mienne, etvoilà déjà que j’éprouve le besoin de vous ouvrir mon cœur.