ACTE I, SCÈNE IX
DESROSIERS
^J^arlez, parlez !... le mien a besoin de vous entendre.
( À pari. ) Je ne m’en tire pas trop mal!....
GUSTAVE
Depuis six mois que je suis ici, je n’ai pu voir M u ® Georgette sans l’aimer. Je ne suis pas tout-à-fait sans fortune. Mon père est un négociant de Reims, qui jouit de quelque aisançe ! Mais je suis si jeune qu’il ne songe pas encore à m’établir... Cependant M. et madame Bertrand m’avaient pris en amitié... Je me flattais que dans un an... dans deux ans, peut-être!., mais vous avez paru... et tout a changé pour moi! Faut-il vous le dire ? dès le prem ier moment, je vous ai vu avec une espèce de haine, et tout-à-l’heure encore j’aurais été bien aise que vous me cherchassiez querelle,... parce que
DESROSIERS
Vraiment? comme vous y allez , jeune homme.
GUSTAVE
Ah monsieur! je ne soupçonnais pas toute la beauté, toute l’élévation de votre ame...
DESROSIERS
Ni moi non plus, mon cher; mais cela m’est venu comme un coup de foudre!.... Voyons!... causons
comme de vieux amis... Vous croyez-vous aimé de Georgette?
GUSTAVE
Ah monsieur! jamais je n’ai osé! Mais non, sans doute! je ne suis pas aimé, puisqu’elle vous épouse!
DESROSIERS
Cela ne prouve rien! on aime une personne... on en épouse une autre....
GUSTAVE
Eh ! monsieur, par quelles qualités aurais-je pu mériter son affection? Quelquefois cependant j’ai eu l’orgueil de penser... Il me semblait qu’elle aimait à se trouver avec moi ; que mon caractère lui plaisait; que je la faisais rire : car nous étions fort gais avant votre arrivée.
DESROSIERS
La remarque est très flatteuse ! et c’est moi qui suis venu causer tant d’inquiétudes... Je serais assez cruel pour les prolonger, pour désunir deux cœurs formés l’un pour l’autre?... Non, ma résolution est prise.... et dès ce moment je renonce...
GUSTAVE
Quoi! monsieur, vous pousseriez la générosité...