‹ Les trois rivaux, ou, La fille romanesqueChapitre 10 sur 85 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les précédens, JULIE DE MELVILLE.

LYDIE

Ma chère Julie! — {Elle l'embrasse.) J'ai mille choses à vous dire ! Mes lettres vous avaient informée

de mon penchant pour Béverley Je l'ai perdu,

Julie ; une lettre surprise a révélé à ma tante un commerce si doux. Mais, voudrez-vous le croire? ellemême elle est tombée amoureuse d'un grand Irlandais qu'elle a vu dans les soirées de milady Quimporte.

JULIE

Vous plaisantez !

LYDIE

Elle lui écrit sous un nom supposé , et guette le moment propice de se découvrir. Le nom est Délia ou Gélia.

JULIE

Tant mieux, elle sera plus indulgente.

LYDIE

Oh! tout le contraire; depuis qu'elle connaît sa faiblesse, elle se défie plus delà mienne. Mon prétendu, cet odieux Desacres arrive. Je suis destinée à éprouver tous les tourmens à la fois le mêiuc jour.

JULIE

Pourquoi vous désespérer? le colonel Absolu s'inléressera pour vous près de la vieille tante.

Mais vous ne savez pas ce qu'il y a de pis, chère cousine; j'ai eu une querelle avec mon pauvre Béverley, et je ne l'ai pas vu depuis pour réparer

JULIE

Quelle fut donc son offense?

LYDIE

Rien du tout. Je ne sais pourquoi nous n'avions pas eu encore de querelle : je commençais h craindre qu'il ne m'en offrît jamais l'occasion. Jeudi dernier

je m'écrivis une lettre Oui, à moi, pour m'inlor-

mer que Béverley faisait la cour à une certaine dame, et je signai : Votre amie, Chiconnue. Je fis voir la lettre à Béverley en l'accusant de perfidie ; je me mis dans une violente colère, et jurai de ne le voir jamais.

JULIE

Et vous avez pu vous séparer ainsi !

LYDIE. - *

Je ne voulais le tourmenter qu'un jour ou deux , et je l'ai perdu pour toujours I

JULIE

S'il est tel que vous l'avez peint dans vos lellres, plein de mérite, sincère, il n'ira pas renoncer à vous. Et puis, cousine, Béverley n'est qu'un enseigne, et votre dot est de cent mille guinées.

LYDIE

Mais vous savez que je perds les deux tiers de celle

ft>rtune si, mineure, je me marie sans l'aveu de m;i

tante. Eh bien ! c'est ce que j'ai résolu de laire depuis

que j(; sais la peine qui m'attend , et je n'aimerais ja-

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