ACTE II, SCÈNE III. a
Cœur léger! S'attendrir avec des roulades.... Qu'en dites-vous, Monsieur ?
Mais, que je serais charmé d'apprendre que ma maîtresse a été si gaie.
FAKLAND.
Oui , oui, oui.... Je ne suis pas fâché qu'elle ait été heureuse. Non, non, j'en suis ravi.... Jo ne voudrais pas qu'elle eût été triste ou malade. Mais.... Elle a dansé, sans doute ?
DESACRES.
Il parle de danse, ce monsieur?
LE CAPITAINE
Il dit que la dame dont nous parlons danse aussi bien qu'elle chante.
DESACRES.
Oui, vraiment ! ce fut, s'il m'en souvient, à notre dernier bal.
FAKLAND.
Danser! Que tous ses sentimens sont différens des miens I J'étais morne, pensif, muet, solitaire. Tour-
mens le jour, insomnies la nuit Elle n'était que
santé, plaisirs, enjouement, danse — Oh ! maudite légèreté !
LE CAPITAINE
Au nom du ciel, Fakland, craignez de vT^us commettre. Elle a dansé ! l'usage du monde oblige
souvent
FAKLAND.
Allons, je me contiens... par bienséance. Vous venez de louer, je crois, dans mademoiselle Melville l'art de danser un menuet ?
DESACRES.
Oh ! pour le menuet, je serais sa caution. Mais, c'est de ses contre-danses que j'allais vous parler. C'est un air....
FAKLAND.
Justifiez cela. Absolu. Pourquoi ne la défendezvous pas?... J'aurais pu pardonner un menuet ne
pas y faire attention. Mais passer la nuit entière dans un cercle d'étourdis, sauter, bondir, fixer son œil sur l'œil, sa main dans la main du fat qui la presse ! Non, il n'y a qu'un seul homme au monde avec qui une femme délicate et modeste puisse danser, et le reste de la contre-danse devrait n'être que des grands-oncles et des grand'tanles.
LE CAPITAINE
Eh, sans doute, des grands-pères et des grand'mères.
FAKLAND.
Qu'un seul être pervers s'y mêle , la contagion se répaud! le pouls bat plus vite à tous les mouvemens; l'air s'électrise par l'amour, et chaque étincelle pénètre au dernier anneau de la chaîne.... Il faut que je vous quitte — J'avoue que ma tête est en désordre, et ce maudit lourdaud s'en est aperçu.