A.CTE V, SCÈNE IV
marché conclu par des parens ! Saviez-vous mes projets? La fuile la plus sentimentale... un déguisement à ravir... une échelle de corde, la lune pour témoin, et le mariage clandestin I Puis, l'étonnement de ma tante , et les articles des journaux I Je crois que j'en
mourrai de dépit.
JULIE
Je n'en serais pas surprise.
LYDIE
Qu'attendre à présent? les ennuyeux apprêts de la noce , la dispense de l'évêque , et la cérémonie, où je marche en riant de la gravité d'un mari.
JULIE
C'est triste, en vérité.
LYDIE
Quel supplice de me rappeler mes chers, mes délicieux stratagèmes pour parler, seulement une minute, à mon Béverleyl que de fois, dans les soirées les plus froides de janvier, m'échappant en cachette, je l'ai trouvé au jardin, inondé, immobile comme une statue ! Il se fut agenouillé dans la neige ! il toussait, éter^ nuait d'un air si pathétique! Il tremblait de froid, moi de crainte : pendant que, tout glacéparle vent du nord, il soufflait dans ses doigts, il me conjurait d'avoir pitié de sa flamme et me pressait de brûler de la même ardeur. Ah, Julie ! c'était là de l'amour ! JULIE.
Écoutez un avis sérieux. Ne laissez pas un homme qui vous aime avec cette sincérité soulFrir de vos caprices. Je connais tout le malheur que le caprice peut causer.