SCÈNE yi
Le théâtre représente le Parc,
LE CHEVALIER, DESACRES, avec une paire de pistolets.
DESACRES.
Quarante toises, chevalier, c'est une bonne distance.
LE CHEVALIER
Oui , pour le mousquet , ou les petites pièces de campagne. Monsieur Desacres, en bonne conscience, vous devez me laisser ces choses-là... Arrêtez donc! je vais vous montrer... (Il mesure six pas.) Maintenant voilà une jolie distance; très-jolie pour des gens de cœur... très-jolie, sur ma foi !
DESACRES.
Je vous l'ai dit , chevalier, plus il sera loin, plus je le viserai de sang-froid.
Vous viseriez encore plus juste, je crois, s'il était hors de vue.
DESACRES.
Non, chevalier, mais je crois que quarante ou trente-huit toises...
LE CHEVALIER
Bah ! bah ! trois ou quatre pieds entre la bouche de vos pistolets; c'est aussi bon que mille.
DESACRES.
Non, encore une fois, il n'y a pas de mérite à tuer de si près. Laissez, mon cher chevalier, laissez -moi le coucher par terre à cette distance... à cette longue distance, si vous m'aimez.
8ci LES TROIS RIVAUX.
LE CHEVALIER
Eh bien... les amis de ces messieurs et moi nous arrangerons... Mais, dites-moi, monsieur Desacres, en cas d'accident, y a-t-il quelque petite volonté, unordre que je puisse exécuter pour vous ?
DESACKES.
Très-obligé, chevalier... mais je n'entends pas...
LE CHEVALIER
Vous pouvez penser qu'on ne vise pas au cœur sans un peu de risque... Si une malheureuse balle vous porte un requiem... je suppose... ce n'est pas le temps de vous tourmenter pour des affaires de famille.
Un requiem!
Par exemple... si c'était le cas.
DESACRES.
Si c'était mon cas ?
LE CHEVALIER
Oui; voulez-vous qu'on vous embaume, qu'on vous sale , avant de vous envoyer chez vous ? ou vous est-il égal d'être étendu, là, dans l'Abbaye? On est trèsbien couché dans l'Abbaye, à ce qu'on dit.
DESACRES.
Salé! très -bien couché! chevalier, ne dites
point çà.
LE CHEVALIER
Je soupçonne, monsieur Desacres, que vous n'avez jamais été engagé dans ces sortes d'affaires ?
DESACRES.
Non, jamais.
LE CHEVALIER
Ah , c'est dommage. Rien de tel que l'habilutlc. Voyons maintenant; comment rcccvrcz-vous le coup de feu de votre adversaire ?