MADEMOISELLE DE R
l'empreinte d'une société disparue. En bas, se trouvent le salon, la salle à manger, le billard, et, aussi, un appartement qu'avait occupé George Sand et qu'elle vient de quitter pour se transporter dans celui de sa grand'mère. Il se compose d'une vaste chambre à coucher bien élevée, d'un petit salon, d'un cabinet de toilette, tout cela s'ouvrant sur le jardin. J'emprunte tous ces détails à une lettre rédigée sous forme de journal par une amie commune de George Sand et de Chopin, mademoiselle, de R... * ; lettre qu'elle adressait à cette époque — oh I les hasards étranges de la vie I — au comte W..., ce frère de Marie, pour lequel elle ressentait une affection passionnée. Après avoir décrit les lieux, elle parle des environs, des voisins, des habitudes de la maison, des relations journalières de ses amis... Aussi ne saurais-je mieux faire que d'en citer certains passages.
!• Mademoiselle de Rosières, élève de Chopin.
« Je ne sais rien des alentours, écrit mademoiselle de R...; j'ai seulement vu, assez près de Nohant, la propriété de M. de C..., bordée par la rivière et dont Thabitation n'est qu'une vieille tourelle réparée. Il vit là entouré de sa famille, de sa fille, de sa femme, de ses bestiaux, de ses grands peupliers bien verts et bien droits, en campagnard consommé, buvant sec, suant à grosses gouttes et ne sentant pas le musc. Depuis deux ou trois jours, il a repris son ancienne adoration pour moi ; mais je lui ai déclaré que mon cœur était endurci... Cela Ta calmé. — D'ailleurs, l'harmonie est rentrée au logis. — Chopin n'a plus sa figure de bonnet de nuit. Il essaye de composer, et nous sommes tous bons amis. Pourtant, ce que j'ai dit l'autre jour est vrai... L'amour n'est plus ici, au moins d'un côté ; mais bien la tendresse et le dévouement, mêlés, selon les jours, de regrets, de tristesse, d'ennui, par toute sorte de causes, et surtout par le choc de leurs