‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 36 sur 122 · RETOUR A VARSOVIE · texte numérisé non relu

RETOUR A VARSOVIE

Le maître de poste, animé d'un enthousiasme exalté, s'écrie comme jadis Siméon :' Nunc dimiltis servum tuum, Domine ! « Maintenant, Seigneur, je puis mourir tranquille puisque j'ai entendu Chopin, le fameux virtuose polonais ; » puis, saisissant l'artiste entre ses bras d'athlète, il le porte en triomphe et le dépose sur les coussins de sa voiture.

Cette anecdote, bientôt connue à Varsovie, accrut la renommée du jeune compositeur; Ses parents lui avaient préparé une installation plus en rapport avec sa situation et ses goûts.

A son retour de Posen et de Berlin, il trouve dans la maison paternelle un appartement avec escalier et antichambre séparés. Désormais il pourra se livrer à ses travaux de composition sans avoir à redouter la curiosité ou l'indiscrète sollicitude des servantes, qui, l'entendant jouer la nuit, lui faisaient l'honneur de le croire fou, possédé ou malade. Cet hiver fut le dernier qu'il devait

passer dans sa ville natale. Malgré ses succès de salon et l'enthousiasme qu'avait provoqué son jeu chez ses auditeurs de Zullichau, il ne se sentait pas encore assez de confiance en lui-même.

« Que m'importent ces louanges locales ! disait-il à ses amis ; il faudrai t savoir quel serait le jugement du public de Vienne et de Paris. » Les comparaisons qu'il lui avait été donné d'établir n'avaient pourtant pas été défavorables. Il entendit Hummel : il fut forcé de s'avouer à lui-même que le maître allemand ne le surpassait point. D'ailleurs, cette consécration européenne à laquelle tenait tant son ambition d'artiste, il allait la recevoir bientôt. Au mois de juillet 182i}, ses parents se décidèrent à de nouveaux sacrifices. L'auteur des variations de Don Juan quitta la maison paternelle. Cette fois-ci, ce fut vers la capitale de l'Autriche que se dirigèrent ses pas. Il emporta avec lui ses compositions de choix, et, après avoir tra-

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