‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 39 sur 122 · CONCERTS A VIENNE · texte numérisé non relu

CONCERTS A VIENNE

ble. L'orchestre accusait les pattes de mouche du compositeur d'être la cause de tout le mal. La vérité est que l'envié commençait déjà son travail souterrain. L'épreuve réussit pourtant. Chopin comptait dans la salle de nombreux amis. Leurs applaudissements intelligents réveillèrent fort à propos l'attention du public. Quelques critiques arrivèrent néanmoins jusqu'aux oreilles de l'artiste. Une vieille comtesse, assise aux premiers rangs, s'écria assez haut pour . être entendue : « Quel dommage que ce jeune homme n'ait pas meilleure tournure I »

(Schade um denjungen, dass er so wenig Tournure hat.) Toutefois, l'artiste a plu à Ja majorité de l'assistance aristocratique; on a remarqué l'élégance et la délicatesse de son jeu. Les bourgeois peuvent lui reprocher de manquer de force : ce sont des profanes dont l'appréciation le touche peu. Ce succès de son début l'engage à tenter une seconde épreuve qui lui réussit mieux encore que la

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première. Cette fois-ci, la recette atteint un chififre inespéré, et l'heureux imprésario se confond en exclamations admiratives. Les musiciens viennois, Gyrowetz, Lachner, Kreutzer, Czerny, ne se laissent plus devancer par les compatriotes du jeune virtuose. Ce sont des bravos assourdissants. L'orchestre s'est familiarisé avec les pattes de mouche du Polonais, et le fameux rondo est bissé. Frédéric quitte Vienne, satisfait de son séjour, plus confiant en lui-même et muni de lettres de recommandation de son éditeur pour Pixis et pour Klengel. Son itinéraire est tracé par Prague et par Dresde. A Prague, il compte sur Pixis, directeur du conservatoire de cette ville; à Dresde, sur Klengel, chef d'orchestre du théâtre de Sa Majesté. Le hasard voulut qu'il rencontrât ce dernier en visite chez son confrère de Prague. Le maître d'orchestre du théâtre de Sa Majesté saxonne le condamna à une audition de ses fugues qui ne dura pas

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