‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 40 sur 122 · LE CHÂTEAU DE TOBPLITZ · texte numérisé non relu

LE CHÂTEAU DE TOBPLITZ

moins de deux heures. « Il joue bien, écrit Frédéric; mais je dirai tout bas que j'aurais voulu mieux encore. » Pour le récompenser de sa patience, Klengel lui remit un billet : « AU ornatissimo Signor^ Signor cavalière Morlachi^ piimo maestro délia capella reale. » Les deux artistes se séparèrent de la façon la plus cordiale; Klengel continuait sa route, se dirigeant sur l'Italie, tandis que Chopin partait le lendemain pour Dresde et s'arrêtait à Tœplitz, ville d'eaux bien connue, située sur la frontière de la Bohême et de la Saxe. Cette localité, ainsi que le château qui la domine, appartenait alors à la famille Clary, apparentée aux Radziwill. Ce fut donc une raison pour que Chopin acceptât l'offre que lui fit l'un de ses amis, rencontré d'aventure à Tœplitz, de le présenter, le soir même, aux seigneurs du château. Il a décrit lui-même cette visite dans les termes suivants :

« Nous entrons au salon : petite mais

honnête compagnie. Un général autrichien, un autre général dont j'ai oublié le nom, un capitaine de vaisseau anglais, quelques jeunes élégants (des princes autrichiens, paraît-il), et un général saxon, nommé Leiser, chamarré de décorations^ et le front balafré. Lorsque le thé fut servi et que j'eus longuement causé avec le prince Clary, sa mère vint me prier de daigner me mettre au piano ; je daignai m'y mettre après avoir demandé qu'on daignât me désigner un sujet d'improvisation. " » Un conciliabule eut aussitôt lieu à la table ronde, autour de laquelle ces dames brodaient. ^ Un thème I un thème ! » se répétait-on. Les trois jeunes princesses chuchotèrent entre elles, et enfin un M. Fritsche, qui paraît être le maître de musique du prince, choisit, avec l'assentiment général, un motif du Moïse de Rossini.

» J'ai donc improvisé sur ce sujet et j'ai eu le bonheur de plaire> Quand j'eus fini, le général Leiser s'approcha de moi et me féli-

Page 1