‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 6 sur 122 · RÉSURRECTION DE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION DE LA POLOGNE

naises volaient à la suite de ses drapeaux. On croyait à l'empereur, comme on croyait en Dieu. Il n'avait qu'à prononcer les mots de Fiat Polonia, et la Pologne renaîtrait de ses cendres. Ce mot, il faut le croire, coûtait trop aux lèvres du conquérant. Il n'y eut ni royaume de Pologne, ni république polonaise, mais un grand-duché de Varsovie. C'en fut assez pour enthousiasmer les esprits. Varsovie, redevenue capitale, secoua sa torpeur. Les palais des grands se repeuplèrent ; Iqs députés et les sénateurs recouvrèrent leurs sièges dans l'enceinte du vieux château. La comtesse quitta, elle aussi, sa retraite; car, en mère an\bitieuse, elle allait travailler à la réalisation des rêves formés pour l'avenir de son fils. Nicolas Chopin, ainsi que sa femme, l'accompagnèrent dans son voyage, et l'ancien teneur de livres revit, après dix ans d'absence, les murs témoins de ses premières ardeurs et de ses premières déceptions de jeunesse. Maintenant,

arrivé à l'âge mur, père de deux filles en bas âge, il désirait se créer une situation plus indépendante. L'influence de madame Skarbek devait le servir en cette occasion. Mis par ses soins en rapport avec Linde, le recteur du lycée nouvellement créé, il en obtint la promesse d'une chaire de langue française. Les années 1808 et 1809 s'écoulèrent dans cette attente. On passait l'hiver à Varsovie et les mois de la belle saison à la campagne. Entre temps, la famille du futur professeur allait s'accroître : le 1®** mars 1809, à six heures du soir, Justine Chopin mettait au monde un enfant du sexe masculin, qui reçut au baptême les prénoms de Frédéric-François, en l'honneur du jeune comte Frédéric Skarbek, son parrain. On raconte qu'au moment de sa délivrance, Justine entendait sous ses fenêtres les violons qui donnaient l'aubade d'usage, à la veille d'une noce de village. Devina-t-elle, avec cette intuition merveilleuse des mères,

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