‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 5 sur 122 · MARIAGE DE NICOLAS CHOPIN · texte numérisé non relu

MARIAGE DE NICOLAS CHOPIN

pour se dire, bien avant que l'eussent njurmuré leurs lèvres, le secret de leur cœur. Ce roman dura plusieurs mois. Nicolas pensait toujours à la France, à Nancy, et il s'établissait au dedans de lui-même une lutte entre l'amour de la femme et l'amour du foyer. L'éternel féminin l'emporta. Il subissait aussi l'influence du milieu et de l'air ambiant. Son élève, Frédéric, avait dix-huit ans. Doué d'une imagination vive et d'un cœur tendre, les causes du trouble qu'il surprenait chez son maître ne lui échappèrent point. Servir de trait d'union à l'amour est pour les âmes ardentes et naïves une initiation à l'amour luimême. Frédéric se fit le confident de son précepteur. Qu'il y fût autorisé, ou bien qu'il obéît à ses propres inspirations, toujours est-il qu'il parla de cet attachement à sa mère. La comtesse à son tour confessa la blonde Justine. Le mutuel penchant des deux jeunes gens se trouvant ainsi bien et

dûment constaté, on alla au-devant des désirs de leur cœur et on les fiança. La comtesse voyait, dans les qualités et les vertus de ses protégés, un gage assuré du bonheur de leur union. Peu importait la richesse: on avait besoin de si peu quand on s'aimait; d'ailleurs, quelques milliers de florins, la dot qu'elle ofl*rait à Justine, leur suffirait pour se mettre en ménage. Alors comme aujourd'hui, on répétait volontiers l'adage : « Un cœur et une chaumière ! » surtout lorsqu'il s'agissait du cœur d'autruî. Bref, le mariage fut célébré quelques semaines plus tard à l'église de la paroisse voisine. On installa le jeune couple dans une des dépendances du château, dans cette petite maison au perron de bois, au toit élevé, dont les tuiles avaient perdu leur couleur. Cela se passait au printemps de l'année 1806. De nouvelles espérances enflammaient l'âme des patriotes. Napoléon remplissait l'Europe du bruit de ses victoires, et les aigles polo-

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