‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 65 sur 122 · CINQ ANNÉES DE BONHEUR · texte numérisé non relu

CINQ ANNÉES DE BONHEUR

qu'une heure fugitive dans le cycle éternel où s'agitent incessamment nos souvenirs et nos espérances. Quoi qu'il en soit, les années qui s'écoulèrent de 4831 à 1836 furent les plus belles, les plus radieuses, les plus fécondes années de la vie de notre grand artiste. Il goûta alors de tout ce qui constitue les délices du cœur, l'enivrement du ' succès, la joie de l'intelligence, le contentement de nobles ambitions réalisées, le repos et la douceur du bien-être présent, ainsi que la séduction d'un avenir dont les illusions dorées paraissent des certitudes. Il eut ou crut tout avoir : la jeunesse avec sa grâce et sa beauté, la gloire, la richesse, l'amitié, l'amour. A ses traits, qu'épanouissait le reflet de cette félicité matérielle et morale, le génie donnait une expression Aère et virile, tandis que l'adolescence y laissait encore son charme délicat Gt pur. Liszt, dans l'ouvrage qu'il a consacré à la mémoire de son ami, nous en

trace un portrait auquel je n'aurai qu'une légère confusion de nuances à reprocher. « L'ensemble de sa personne, nous dit-il, était harmonieux. Son regard bku était plus spirituel que rêveur; son sourire doux et fin ne devenait pas amer. La finesse et la transparence de son teint séduisaient l'œil ; ses cheveux blonds étaient soyeux, son nez recourbé, expressivement accentué, sa stature peu élevée, ses membres frêles. Ses gestes étaient gracieux, le timbre de sa voix un peu assourdi, souvent étouffé. Ses allures avaient une telle distinction et ses manières un tel cachet de haute compagnie, qu'involontairement on le traitait en prince. Toute son apparence faisait penser à celle des convolvulus, balançant sur des tiges d'une incroyable finesse leurs coupes divinement colorées, mais d'un si vaporeux ténu que le moindre contact les déchire. » Le portrait est ressemblant : encore restet-il à faire la part du coloris étincelant du

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