‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 75 sur 122 · MARIE W · texte numérisé non relu

MARIE W

venir à la suite de Bona Sforza, fiancée à un de nos derniers rois de la dynastie des Jagellons, se fixer en Pplogne. Aussi gardat-elle comme un reflet de la terre classique des arts. Cette harmonieuse et savante langue italienne fut plus douce et parut plus naturelle à ses lèvres que ne Tétait l'idiome maternel. Les muses de Virgile et de Dante, les muses de Raphaël et du Titien, les muses de Mercadante et de Palestrina voulurent sans doute, au jour de sa naissance, étonnées de voir cette petite âme, qui leur paraissait leur, perdue sous ce ciel ingrat du Nord, la caresser de leurs ailes ou la frôler de leurs souffles ardents. Sa famille, ancienne et noble, comptait dans ses rangs de hauts dignitaires. Tous, il avaient aimé leur patrie et l'avaient servie avec zèle et dévouement : à la Chambre des nonces, au Sénat, à l'armée, dans l'Église. Ils ne lui avaient ménagé ni leur sang ni leur or. Et ce n'est pas eux que l'intérêt ou l'ambition fussent par-

venus à détourner de ce qu'ils appelaient ou croyaient être le devoir. Quand la confiance du souverain ou les suffrages de leurs con-=citoyens les appelaient à quelque poste élevé, ils pouvaient dire avec raison que les honneurs venaient à eux, sans qu'ils eussent songé à rechercher les honneurs. Leur fortune avait subi des transformations diverses au milieu des guerres, des bouleversements, des secousses sans nombre, dont aucun pays ne fournit plus d'exemples que le nôtre. Mais où nous sommes arrivés, le père de Marie, par suite d'un mariage, venant réunir en un même rameau deux branches poussées du même tronc, possédait des domaines d'une superficie de plus de vingt mille hectares. Ces détails sont nécessaires, car ils nous permettront, tout en mesurant la "distance sociale par laquelle se trouvèrent séparés ces deux cœurs, épris l'un de l'autre et assurément faits pour se comprendre, d'apprécier et de peser les motifs ainsi

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