‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 76 sur 122 · PREMIÈRES RELATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES RELATIONS

que les convenances, qui mirent obstacle à la réalisation de ce qui leur apparut à tous deux, sous ce jour lumineux de la vingtième année, comme le plus doux, le plus noble et le plus beau des rêves. Comment y furent-ils conduits? Par une route droite et simple que l'amour ne se soucie guère de suivre souvent. Tout enfants, ils se sentaient, unis. La même émotion troublait délicieusement leurs âmes, sans qu'ils s'en rendissent compte autrement que par le sourire dont s'illuminaient soudain leurs traits, à un chant qui venait frapper leurs oreilles, à un air entendu dans les rues ; au son de ce piano où s'asseyaient leurs mères à tous deux, soit qu'elles voulussent occuper des heures de loisir, soit qu'elles se prêtassent aux désirs d'une petite bande turbulente, que polkas, valses et masurkes ne ravissaient qu'en raison du bruit et de l'agitation dont sous prétexte de danse, ils

devenaient la cause. Ces réunions joyeuses

se succédaient assez souvent, tantôt à la pension, tantôt dans les salons plus vastes des parents de Marie. Et, tandis que Fritz, un garçonnet de treize ans, fier de son costume de velours, du beau col rabattu, grâce auquel il affirmait avoir captivé la bienveillance du public à son premier concert, tenait gravement le piano, la petite Marie, oublieuse de ses devoirs d'hospitalité, fuyant les couples volages, résistant aux appels de ses frères, ainsi qu'aux invitations pressantes dont la poursuivaient leurs amis, venait s'asseoir à ses côtés, les yeux levés vers lui; attentive au mouvement de ses doigts, elle l'imitait sans le savoir, alors que, tout petit comme elle, blotti contre les genoux de sa mère, il l'écoutait, comme elle l'écoutait, lui, maintenant, durant des heures. Ainsi bien Marie fut-elle sa première élève. Il lui savait gré de cette admiration, et, quand les danseurs fatigués allaient puiser de nouvelles for-

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