‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 8 sur 122 · MORT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

MORT DE NAPOLÉON

puissant du héros du siècle, ne lui semblait il pas se retrouver en France? Partout il entendait sa langue, partout il pouvait saluer l'uniforme français. Il vit l'empereur lui-même, à l'un de ces bals où se pressait l'élite de 'la société. C'était chez la princesse S... Napoléon apparut vers minuit. Préoccupé ou distrait, il parlait d'un ton bref, sans paraître comprendre les réponses qu'on s'empressait de faire à ses questions.

-7- Vous êtes mariée ? demanda-t-il à la jeune et belle comtesse R..., que lui présentait la maîtresse de maison.

— Oui, Sire, depuis un an.

— Vous avez des enfants ?

— J'ai un fils.

— Il est à mon service?

— Majesté, répliqua la comtesse en s'inclinant profondément, il est en nourrice.

Les paroles impériales furent aussitôt répétées de bouche en bouche. Et, comme dans la comédie de Molière, chacun de s'écrier :

« Ah 1 le grand homme I » Ce génie planait trop haut pour qu'il pût ou voulût s'astreindre aux règles d'une logique terre à terre. Chopin, qui racontait plus tard volontiers l'anecdote, partageait, lui aussi, l'admiration générale.

Il habitait alors l'ancien palais des primats. Sa femme, que son exquise sensibilité n'empêchait pas d'être une ménagère prévoyante, lui avait suggéré l'idée d'ouvrir un pensionnat où les grands propriétaires fonciers, retenus loin de la ville par les soins de l'administration de leurs domaines, trouveraient comme un second foyer pour leurs enfants. Nul mieux que lui ne saurait mé- • riter la confiance des parents. Généralement connu et estimé, il maintiendrait parmi ses élèves l'usage de la langue française, devenue désormais indispensable. L'idée, aussitôt mise à exécution, donna des résultats avantageux. Dès la première année, une vingtaine de jeunes gens appartenant aux

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