‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 9 sur 122 · NICOLAS CHOPIN PROFESSEUR · texte numérisé non relu

NICOLAS CHOPIN PROFESSEUR

premières familles du pays furent placés sous la tutelle de M. Chopin. Le prix de la pension s'élevait à deux mille florins polonais, environ mille francs, somme assez importante pour l'époque. Je pourrais citer ici bien des noms ; je me bornerai à ceux de Wojciechowski, de Fontana, et des frères Wodzinski, parce que nous les retrouverons plus tard intimement liés à la vie du maître. Une aisance relative pénétra ainsi dans la maison. En 1812, en dehors de ses fonctions de professeur au lycée, Nicolas fut chargé de la chaire de langue française à l'école d'artillerie. Les années s'écoulèrent heureuses, dans la paix et la régularité du travail. On se levait le matin à sept heures ; un des surveillants lisait la prière à haute voix, puis M. Chopin procédait à l'inspection des devoirs. Les repas étaient pris en commun, dans une salle haute et claire, dont les murs lambrissés avaient été les muets témoins de bien d'autres liesses, sous le

règne des deux Augustes, alors que les orgies de la cour, imitées par les grands et les nobles, faisaient dire à Voltaire que « quand Auguste buvait, la Pologne était ivre ». Le soir, à la rentrée du lycée, les devoirs terminés, on passait au salon. Souvent, le dimanche, madame Chopin se mettait au piano, et ceux des jeunes gens que le célèbre Cassorti initiait aux nouveautés chorégraphiques du jour, offraient galamment le bras à Louise et à Isabelle Chopin, deux fillettes de huit à dix ans, déjà graves et sensées comme elles le furent toute leur vie. La petite Emilie, la dernière venue de la famille, reposait encore dans ses langes. Il arrivait souvent que, la gaieté des danseurs devenue trop bruyante, les cris de mademoiselle Emilie réveillée de son premier sommeil rappelaient tout ce monde à l'ordre; madame Chopin s'éloignait alors un doigt sur les lèvres, et le combat, ou pour mieux dire la danse, cessait faute de com-

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