‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 93 sur 122 · PALMA · texte numérisé non relu

PALMA

arabes, à toits plats, aux élégantes ogives des fenêtres, avec la masse imposante de sa cathédrale, avec la lonjâ (Bourse) et le Palaœio reale^ menaçait de ne leur offrir aucun refuge... Pas d'hôtel, pas de logements; çà et là, quelques maisons désertes, aux ■ échancrures béantes en guise de fenêtres ; car les propriétaires absents en emportaient les cloisons avec eux. On finit cependant par trouver un homme charitable, le senor Gomez, qui céda sa maison aux nobles étrangers avec force saints, mais moyennant forte finance, cela va sans dire. Il poussa la munificence jusqu'à leur laisser ses portes et fenêtres, qu'il n'enleva pas. En revanche, les trois pièces blanchies à la chaux n'offraient pour tout ameublement que trois couchettes primitives, autant de chaises, et une table dépourvue d'équilibre. Le vent soufflait en furieux par toutes les fentes, et l'eau s'infiltrait dans les murs, y déposant des .plaques de salpêtre. Chopin,

qui avait fait son testament avant de partir, acceptait vent et pluie de bonne grâce : « Je suis à Palma, écrivait-il à la date du 15 novembre, à son ami Jules Fontana, entouré de palmiers, de cèdres, de cactus, d'oliviers, d'orangers, de citronniers, d'aloès, de figuiers, de grenadiers. Le ciel est d'un bleu de turquoise, la mer est d'azur, les montagnes vertes comme l'émeraude. L'air y est aussi pur que celui qu'on doit respirer au paradis. Le jour durant, nous avons le soleil, donc la chaleur. Tout le monde se promène en habit d'été. La nuit, on entend des guitares et des sérénades. Les festons de vigne retombent en pendentifs sur d'immenses balcons; partout s'élèvent des murs mauresques; la ville, comme tout autour de nous, parle de l'Afrique. En un mot, c'est une vie enchantée. » .

Hélas I le désenchantement n'arriva que trop vite ; on se lassa de la couleur locale, on n'écouta plus les donneurs de sérénades.

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