‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 96 sur 122 · VALDEMOSA · texte numérisé non relu

VALDEMOSA

Valdemosa, s'élevait un monastère, d'où une loi encore récente, puisque son application remontait à six années à peine, venait de bannir les chartreux. C'était un assemblage de bâtiments très fortement et très largement construits, ou, pour mieux dire, trois chartreuses avec leurs cloîtres, leurs cellules, leurs chapelles, leurs préaux où, çà et là, jaillissait encore quelque fontaine; un cimetière, où les tombes des moines ^s'effaçaient sous la hauteur des herbes, des arbustes et des fleurs ; une église muette, mais qui gardait comme une odeur d'encens empreinte dans ses murs, et le long des stalles boisées du chœur, l'écho des chants et de la voix monotone des chartreux récitant leur rosaire. Des pentes de la montagne, le vallon encaissé s'oflrait à la vue comme un jardin riant, où mille nuances de verdure mariaient leurs couleurs ; le pin, l'olivier, le chêne vert, le caroubier, et, autour de hauts murs rougeâtres qui en formaient

l'enclos, des cyprès plantés deux par deux s'élevaient semblables à de sombres pyramides. Quelles promenades, quelles découvertes de paysages variés, à chaque détour des sentiers ombreux I Ici, le village même de Val- (lemosa, les petites maisons sombres,accolés aux flancs du monastère, comme des nids d'hirondelle aux arcs-boutants d'une église ; là, une maisonnette arabe, toute blanche, s'élevant à mi-côte, avec un palmier qui se penche sur l'abîme, et dont la silhouette tranche, aux jours de soleil, sur le bleu intense du ciel ; et, plus loin, par delà les montagnes vertes, de deux côtés, à l'orient et au sud, une ligne brillante, qui s'élargit, qui confond son éclat avec l'azur du ciel, qui ôte ses bornes à l'horizon, irradié, vers le soir, des nuances du prisme : « C'est la merl... la mer aux mille voixl » comme l'a dit Homère. En revanche, à l'intérieur, quel silence grandiose, ou bien aussi quels bruits mystérieux sous les cloîtres, quand la rafale

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