‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 2 sur 106 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

De tous les voyages, le plus inléressanl au point de vue de la religion, de la science et de l'art, c'est sans contredit le voyage de Rome. Par un privilège exclusif, la Ville éternelle, mystérieuse soudure des deux mondes, résume dans ses monuments toute l'histoire du genre humain sous la double influence du paganisme et du christianisme. De même que dans le firmament tous les astres gravitent vers le soleil; de même que sur la terre tous les fleuves tendent à l'Océan; ainsi, dans l'ordre divin et dans l'ordre humain, tous les événements du monde ancien et du monde moderne aboutissent à Rome. Pour la future reine du paganisme, on vit naître et mourir, pendant neuf siùcles, les petites républiques de l'Occident et les grandes monarchies de l'Orient, qui, après avoir absorbé toutes les autres, devaient être à leur tour absorbées par l'empire dont Rome était la capitale. S'il est quelque chose d'instructif, c'est d'assister à cette longue formation de la Cité providentielle; et s'il est quelque chose de saisissant, c'est de voir les monuments de sa puissance; les lieux où naquirent les généraux, les orateurs, les grands hommes, soutiens et formateurs de son empire ; les champs de bataille où, par des victoires plus ou moins éclatantes contre ses voisins, la fille de Romulus préludait à la conquête du monde. De là, l'impression profonde, indéfinissable, que produit la vue de Rome païenne ; impression que ne produira jamais la vue de Londres, de Paris ou de Pétersbourg. Partout ailleurs une ruine est une ruine, monument d'un fait particulier ou national; à Rome, toute ruine est un monument de premier ordre, témoin vingt fois séculaire de quelqu'un de ces faits culminants dont se compose la trame générale de l'histoire.

Conduite par la main de la Providence, Rome, après sept cents ans de progrès, arrive à l'apogée de la puissance matérielle. Elle peut dire : Le monde, c'est moi. Pourtant ses destinées ne sont pas accomplies; pour elle une gloire plus grande se prépare, un empire plus étendu lui est ré-

Page 1