VI AYANT-PROPOS
serve : toujours elle sera reine, seulement elle va changer de sceptre. A l'Aigle sera substituée la Croix ; la houlette pastorale remplacera les faisceaux consulaires, et le glaive de la parole deviendra la hache du licteur. Dans l'annonce de cette royauté nouvelle dont elle ne comprend ni la sublimité ni la puissance, Rome ne voit que la demande insolente d'une ;ibdicalion. Elle frémit, elle s'arme, la lutte s'engage; lutte gigantesque qui fait couler des fleuves de sang et qui dure trois siècles. Le champ de bataille est partout : au Vatican, au Cotisée, au Cirque, au Forum. Pas un édifice, pas un site, pas une pierre qui ne redise quelque épisode du combat. Enfin, la victoire se décide : Jupiter descend du Capitole; César se retire à Byzance ; la cité de Néron devient la cité de Pierre; et Rome, renversée du trône de la force, monte sur le trône de l'amour, pour continuer d'être, après comme avant le combat, la tête du monde, le cœur d'où partira la vie, l'astre brillant autour duquel gravitera l'univers.
En présence des lieux et des monumcnls qui attestent ce fait, dénoûment miraculeux d'un drame de quatre mille ans, c'est-à-dire, la substitution de Rome à Rome dans l'empire éternel du monde, le voyageur reste frappé de stupeur. L'âme s'agrandit, la science s'oriente et se complète, la foi devient inébranlable : on adore, on aime, on prie ; car partout on voit de ses yeux le mystère de la Providence dans le gouvernement des ^iiècles, et on touche de ses mains le plus grand des miracles dont les preuves sont, h Rome, aussi nombreuses, aussi palpables que le sont les monuments et les ruines.
Mélro|)ole de la religion, Rome est aussi la patrie de la science. Les capitales de l'Euroi)e étaient encore à naître, que la ville des Pontifes régnait déjh par l'intelligence et la civilisation. Anlioche, Athènes, Alexandrie, les gi'andes cités de l'Orient tombaient dans la barbarie; Constantinople elle-même ne jetait qu'une lueur douteuse ; tandis que, d'une main ferme, Rome tenait élevé au-dessus du monde le brillant flambeau de la science, allumé à l'autel de la foi. Ses biljliothèques étaient les archives, et ses docteurs les oracles du monde civilisé; ses Pontifes, les rois de la sagesse et de l'éloquence; ses lois, le fondement do la législation, et sa hiérarchie, le modèle de l'organisation sociale de l'Occident. Au moyen fige, elle sème les universités en Espagne, en France, en Angleterre, en Allemagne, comme Dieu lui-même sème les astres dans le ciel; son esprit anime ces grands corjts, prévient leurs déviations, et, par sa puissante influence, les fait tous concourir à l'harmonie universelle et au progrès normal des lumières.
A celle mission scientifique qu'elle continue d'accomplir glorieusement, Home en ajoute une autre : l'art devient son enfantf et son pupille. Soit qu'il écrive ses pages iileines de grAce et de naïveté dans les églises de l'Ombric; soit ipi'il reproduise dans les mosaïques de Ravenne et des basiliques byzantines la puissante poésie du symbolisme chrétien, partout elle l'encourage. Quand s'annonce la grande révolution du (luinzième