POURQUOI GALILÉE FUT-IL CONDAMNÉ
sujet du débat. Dieu merci, il n'est pas besoin de justifier la sentence du tribunal apostolique. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, les protestants eux-mêmes ont réduit à leur juste valeur les sottes diatribes de la philosophie (i). Toutefois, l'injuste condamnation de Galilée par le tribunal du Saint-Office est une erreur tellement rivée dans les têtes, qu'il peut être utile d'exposer brièvement cette cause toujours ancienne et toujours nouvelle.
A Modène, le savant abbé Baraldi nous avait indiqué les Mémoires et Lettres jusqu'à présent restées inédites ou éparses de Galilco-GaUléi, publiées par Venturi, à Modène, en 1818 et 1821 , ainsi que les Lettres de François Nicolini, ambassadeur de Toscane à Rome, au bailli André Cioli, secrétaire d'État du grand-duc, et contenant l'histoire diplomatique, jour par jour, de Galilée à Borne pendant son jugement. De ces pièces originales, écrites les unes par Galilée lui-même, les autres par Nicolini, son ami et son admirateur, il résulte, quant au sujet de la condamnation :
i" Que Galilée ne fut nullement condamné pour avoir soutenu le mouvement de la terre ;
2° Ni pour avoir soutenu que la terre est en mouvement à travers les airs et en collision avec eux ; opinion pourtant démontrée fausse par Bacon, Newton, Laplace, et par les progrès de la science;
30 Mais pour avoir voulu établir, par l'Écriture sainte, et transformer en dogme une hypothèse astronomique alors très-conlestée, et depuis abandonnée, au moins en partie, comme absurde et insoutenable. D'où il résulte qu'au lieu de maudire le tribunal qui, le premier, condamna cette prétention, il faut l'admirer et le bénir. N'est-ce pas, en effet, rendre au génie un éminent service que de le défendre contre ses propres écarts? et défendre d'imposer à la raison une opinion contestable comme une loi sacrée, n'est-ce pas protéger dignement la liberié humaine? Telle fut la conduite du Saint-Office romain dans l'affaire de Galilée.
{i; On ciie Galilée, condamné et persécuté par le Saint-Office, pour avoir enseigné le mouvement de la terre sur elle-même. Heureusement il est aujourd'hui prouvé, par les lettres de Guichardin et du marquis rs'icolini, an.bassadeur de Florence, tous deux amis, disciples et protecteurs de Galilée, par les lettres manuscrites et par les ouvrages de Galilée lui-même, que, depuis un siècle, on en impose au public sur ce fait. Ce philosophe ne fut pas persécuté comme bon astronome, mais comme mauvais théologien, pour avoir voulu se mêler d'expliquer la Bible. Ses découvertes lui suscilèrenl sans doute des ennemis jaloux, mais c'est son entêtement à vouloir concilier la Bible avec Copernic qui lui donna des juges, et sa pétulance seule fut la cause de ses chagrins. Il fut mis, non dans les prisons de l'inquisition, mais dans l'apparlcment du Fiscal, avec pleine liberté de communiquer au dehors. Dans sa défense, il ne fut point question du fond de son système, mais de sa prétendue conciliation avec la Bible. Après la sentence rendue et la rétractation exigée, Galilée fut le maître de retourner à Florence. On doit ces renseignements à un protestant, Mallet Dupan, qui, appuyé sur des pièces originales, a ici vengé la Cour romaine.
{Mercure du 17 juillet 17S4, n» 29.;
Venons aux preuves : « L'air, écrit Galilée, comme corps dégagé et fluide, et peu solidement uni à la terre, ne semble pas être dans la nécessité d'obéir h son mouvement, au moins tant que les rugosités de la superficie terrestre ne l'entraînent pas, et emportent avec elles une portion qui leur est contiguë, laquelle ne dépasse pas de beaucoup les plus hautes cimes des montagnes ; laquelle portion d'air devra opposer d'autant moins de résistance à la révolution terrestre, qu'elle est pleine de vapeur, de fumée et d'exhalaisons, toutes matières participant des qualités de la terre, et par conséquent adaptées à ses mouvements mêmes (i). »
Puis arrivant à l'explication du flux et du reflux de la mer, Galilée Vaitribue à la rotation diurne de la terre sur son axe, et nullement à la pression de la lune, comme le veut Kepler, dont il se moque amèrement. Laplace vient h son tour, environné du cortège de tous les astronomes, et dit : « Les découvertes ultérieures ont confirmé l'aperçu de Kepler et détruit l'explication de Galilée, qui répugne aux lois de l'équilibre du mouvement des fluides (2).
Or, ces opinions reconnues aujourd'hui pour fausses par les hommes de la science, Galilée voulait, suivant la tendance de son époque, les appuyer sur les oracles divins de l'Écriture et sur les décisions de l'Église, afin de les faire prévaloir. « 11 exigea, dit Guichardin, son ami et ambassadeur à Rome, dans sa dépêche du 4 mars 1616, que le Pape et le Saint- Office déclarassent ce système de Copernic fondé sur la Bible. » Dans une lettre h la duchesse de Toscane, il s'efi'orce de le prouver théologiquement et de montrer qu'il est tiré de la Genèse. 11 s'agit du système de Copernic, entendu à la manière de Galilée. Car pour le système en soi, Rome laissa toujours la liberté de le soutenir. Nous devons même à la sollicitude des Papes la publication du livre de Copernic, dédié à Paul IlL
Des mêmes pièces originales il résulte, quant aux peines infligées à Gahlée :
1° Qu'il n'eut point les yeux crevés, comme le prétend Montucla ;
2° Qu'il ne fut point mis dans un cachot, comme l'avance Bernini;
3° Qu'il n'eut point de chaînes au pied, comme le disent certains tableaux de nos musées ;
4" Qu'on ne loucha en aucune façon ni à ses membres ni à ses yeux, mais qu'on eut pour lui tous les égards et tous les soins dus à son génie et à sa santé ; qu'après avoir occupé durant le jugement les appartements mêmes du Fiscal, après le jugement, la délicieuse villa Médias, où il fut entouré, pendant cinq mois, des attentions les plus délicates, il eut pour demeure le palais de son meilleur ami, M^'"" Piccolomini, archevêque de Sienne, en attendant que la peste qui ravageait Florence lui permît de retourner dans sa patrie et de se livrer à de nouvelles études.
(() Dialogues, iv* Journée, p. ôll.
(ï) Exposil. du système du monde, liv. iv, c. 11.