‹ Les Trois Rome (volume 2)Chapitre 63 sur 106 · MONSTRANTE AB ALTA SEDE · texte numérisé non relu

MONSTRANTE AB ALTA SEDE

CALLEM VIRGINE

« La colonne de feu, éclalanlc de lumière, précéda les justes, afin qu'ils pussent accomplir le passage nocturne du désert; celle-ci conduit

(1) Trattato del Giubileo, dal. p. quarti, p. 5G.

S.UNTE-CROIX-EN-JÉRl'SALEM. 46l

à la cité même de la lumière, une Vierge indiquant la roule du haut du ciel. »

Honneur aux Pontifes romains qui ont su, dans un poétique langage, célébrer de si magnifiques rapprochements! Honneur ii Rome, dont tous les monuments porlcni graves sur le bronze et sur le marbre les dogmes immortels du christianisme!

Je ne quitterai point Sainte-Marie-Majeure sans rappeler un dernier souvenir. Chaque soir, longtemps après VAvc Maria, lorsque Rome s'endort dans son calme habituel, vous entendez descendre du montEsquilin le son perçant d'une cloche qui sonne à la volée. Ce n'est pas le couvrefeu, c'est un acte de reconnaissance et do prévoyante charité. U y a je ne sais combien de siècles, un voyageur surpris par la nuit s'égara dans la campagne romaine. Craignant de tomber dans quelqu'une des nombreuses ouvertures qui, s'élevant des profondeurs des catacombes, criblent la surface du sol, le pèlerin n'ose faire un pas; il recommande son âme à Dieu, et se résigne à passer la nuit, peut-être h mourir au milieu du silencieux désert. Le lendemain était un jour consacré à la sainte Vierge. A l'occasion de la fête on sonne à Sainte-Marie-Majeure ; la cloche est entendue; le voyageur s'oriente; il retrouve son chemin et échappe miraculeusement au danger. En reconnaissance, il fit une fondation perpétuelle, afin que chaque soir on sonnât la cloche libératrice en faveur de ceux qui seraient exposés au même sort.

Continuant notre excursion du côté de Sainte-Croix-en-Jérusalem, nous saluâmes en passant les noms et les ruines célèbres des monuments dont cette cinquième région de l'ancienne Rome était couverte. Sur la gauche, dans un coude formé par les murailles de la ville, on voit les restes du Vivarium, immense logis de forme quadrangulaire, où l'on déposait une partie des innombrables animaux destinés aux jeux publics. En continuant, du côté de l'aqueduc de Claude, se trouvaient les jardins et le cirque dlléliogabale, contigus aux fameux jardins de Pallante, le célèbre affranchi de Claude. Aux mêmes lieux s'élevaient un grand nombre de bosquets sacrés : les plus connus étaient le Lucus querquelulanus, gardé par les nymphes, le Lu€us fagutalis, consacré à Jupiter, le Nemus deCaius et Lucius. Au bord de ce dernier s'élevait l'amphithéâtre préparé par Auguste, et dans lequel Tile commença les jeux sanglants qui ouvrirent son régne (i). Entre l'église de Sainte-Bibiane et de Saint-Eusèbe, sur le chemin qui conduit de Sainte-Maric-Majeure à Sainte-Croix-en-Jérusalem, on rencontre le premier château de l'Eau Claudia. Il est surmonté de deux arcs en brique, où se trouvaient les célèbres trophées de Marius ; tel est du moins l'avis de plusieurs antiquaires (2). Venaient ensuite les

(1) Alii vero extra in iiemorc Caii el Lucii ubi Augustus ad hoc ipsum lerratn effuderal; ibienim primo die ludus gladialorius, cœdesque belluarum i'acta est, etc. Dioin TU. (ïj >'ardini, iib, iv, c. ii, p. 140.

somptueux jardins de Mécène; ces lieux de délices s'étendaient du point où se trouve aujourd'hui l'église de Saint-Martin de' Monti jusqu'au delà de l'église de Saint-Antoine (i). Ici était, suivant l'opinion commune, la fameuse tour du haut de laquelle Néron contempla l'incendie de Rome en déclamant les vers qu'il avait composés sur l'embrasement de Troie (2). Dans le voisinage, on voyait et la maison de Virgile et les jardins Lamiani, demeure habituelle et sépulture de Caligula (3). Avant que le favori d'Auguste, le premier inventeur des bains chauds, on eût fait un séjour de volupté, ce vaste terrain servait, du moins en partie, à la sépulture du bas peuple et des esclaves. Là se trouvait le Vicus ustrinus^ ainsi appelé du bûcher public où l'on brûlait les cadavres.

Aux monuments de la cruauté et de la volupté, se réunissaient, dans cette partie de Rome, un grand nombre de temples d'idoles, écoles publiques d'iniquités. C'étaient, entre autres, les temples de Minerva medka, de Castor, d'Apollon, de Mercure, de Mars, de Sérapis, de Proserpine, de la Peur, de Vénus et de Cupidon. Pourquoi faut-il que le sentiment reli' gieux, si vif et si profane chez les Romains, ait été perverti par le paganisme, au point que le voyageur ne peut faire un pas dans la vieille Rome sans mettre le pied dans le sang et la boue! Je ne sais; mais il me semble que l'âme, oppressée par tant de souvenirs, éprouve là plus qu'ailleurs le besoin d'un point d'appui, et ce point d'appui, elle ne peut le trouver que dans un monument expiatoire, c'est-à-dire dans un édifice chrétien. Aussi, comme nous respirâmes lorsque nous découvrîmes les tours de Saintc- Croix-en-Jérusalem !

La vénérable basilique est bâtie à l'extrémité du mont Esquilin, entre un temple de Vénus et l'amphithéâtre castrensc. Pouvait-on choisir un emplacement plus convenable? Les instruments sanglants de la mort d'un Dieu, reposant sur une terre souillée, jusque dans ses profondeurs, par des cruautés et des infamies séculaires : n'est-ce pas là un contraste touchant, ou, si vous aimez mieux, une magnifique harmonie? Venons à l'histoire de l'auguste monument.

Constantin, ayant vu en songe la croix du Sauveur, avait fait faire le Labarum, merveilleux étendard portant le monogramme du Christ avec ces mots révélés pour devise : In hoc signo vinces : « Par ce signe tu vaincras. » L'événement avait justifié la prédiction. Vainqueur de Maxencc et maître de Rome, le nouvel Auguste voulut rendre à la croix les honneurs qui lui étaient dus. Sainte Hélène, sa mère, partit pour Jérusalem, découvrit la vraie croix et revint à Rome, apportant une partie considérable de ce riche trésor, ainsi que plusieurs autres reliques insignes, dont nous

(I) Fucrunt in Esquiliis, latissimoque ambitu à templo circilcr S. Martini in Monlibu»

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(î) Hora'l. od. 28, 1 (5) Sucton. c. 59.

(1) Fucrunt in Esquiliis, latissimoque ambitu à templo circil orienlem versus, ultra S. Anlonii adem processerc. Donat. (t) Hora'l. od. 28, lib. m ; Nardint, p. U±

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