TITRE DE LA VRAIE CROIX
donnerons bientôt le détail. Afin de recevoir ce précieux dépôt, une église fut construite aux frais de l'empereur, et consacrée par le pape saint Sylvestre : cette église est l'auguste basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem. Dans l'histoire, on l'appelle tour h tour basili(iue Scssoricnne, h cause du palais Scssorien auquel elle a succédé ; basili(iuc Hck'nicnne, en mémoire de la mère de Constantin; enfin Sainlc-Croix-en-Jérusalem. De ce dernier nom voici l'origine et le sens : Avec la croix, sainte Hélène apporta une grande quantité de la terre du Calvaire, trempée du sang rédempteur; elle en remplit, du sol jusqu'à la voilte, l'oratoire particulier où furent déposées les saintes reliques. De là est venu à la chapelle et à l'église elle-même le nom de Jérusalem.
Comme il avait enrichi Saint-Jean-de-Lalran, le César chrétien déploya sa magnificence impériale en faveur de la nouvelle basilique. Entre les riches présents dont il lui fit hommage, il faut distinguer quatre chandeliers d'or et d'argent, suivant le nombre des Évangélistes, allumés nuit et jour devant le bois de la croix, pesant chacun 30 livres; cinquante lampes d'argent, du poids de SO livres chacune : un chalumeau, de l'or le plus pur, pesant 10 livres; cinq calices ministériels, en or, chacun 1 livre ; trois chalumeaux d'argent, chacun 8 livres; dix autres aussi d'argent, chacun 2 livres; une patène d'or, 10 livres; une patène d'argent, enrichie d'or et de pierreries, 50 livres; un autel en or massif, 230 livres. Comme celles de Saint-Jean-de-Lalran, ces prodigieuses richesses ont disparu dans les différents sacs de Rome. L'église elle-même, restaurée par saint Grégoire II et par Lucius II, fut de nouveau réparée au xv« siècle par le cardinal Pierre de Mendoza, qui en était titulaire.
C'est alors qu'arriva la découverte mémorable que nous allons raconter, en nous servant des propres paroles d'un témoin oculaire. « Le premier jour de février de l'an 1492 fut pour Rome un jour de miracle. Pendant que le cardinal de Mendoza faisait à ses dépens incruster et blanchir les murs de Sainte-Croix-en-Jérusalem, les ouvriers touchèrent au sommet de l'arc élevé dans le milieu de l'église, et qui monte jusqu'au toit. Arrivés à l'endroit où sont encore aujourd'hui deux colonnettes, ils rencontrèrent un vide; l'ayant percé, ils y trouvèrent une petite fenêtre, sur laquelle était une caisse en plomb, de deux palmes de longueur, parfaitement fermée ; elle était recouverte d'une table de marbre quadrangulaire, sur laquelle on lisait ces mots : Hic est iitulus verœ crucis : « c'est ici le titre de la vraie croix. » Dans la caisse on trouva effectivement une petite planche d'une palme de longueur, dont un des côtés était endommagé par le temps. Sur cette planche étaient gravés et peints en rouge les mots suivants : Hiesvs Ivdœorvm Nazarenis rex, mais le mot Ivdœorum n'était pas entier; il lui manquait les deux dernières lettres, parce que, comme je l'ai dit, la planche avait été rongée par le temps. A la nouvelle de la découverte, presque toute la ville accourut à Sainte-Croix. Le pape Innocent y vint lui-même, et ordonna de laisser le titre dans la caisse où il
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était, permettant seulement de Texposer sous verre, sur le maître autel, au jour de la fête de la basilique. Il ne resta douteux pour personne que ce ne fût le vrai titre que Pilate plaça sur la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que, suivant un très-ancien usage, sainte Hélène l'avait déposé en ce lieu élevé, lorsque l'église fut bàlie (i).
Tel est le premier trésor spirituel que possède Sainte-Croix-en-Jérusalem : il n'est pas le seul. Sur le maître autel est un tombeau en basalte, où reposent les corps de saint Césaire et de saint Anastase; dans la chapelle souterraine, dédiée h la sainte impératrice, on conserve encore une grande portion de la vraie croix, deux épines de la couronne de Noire- Seigneur, un des clous avec lesquels il fut attaché à la croix; une partie de la corde avec laquelle il fut lié à la colonne et de l'éponge trempée de fiel qu'on lui présenta. Sous le pavé, rétabli par Eugène IV, sont un grand nombre de pierres apportées du Calvaire. Autour du roi des martyrs, on voit se presser, dans cette cour sanglante, des légions entières de héros qui partagent maintenant la gloire de leur chef, après avoir partagé ses combats. Pierre, Paul, Barthélémy, Simon, Fabien, Sébastien, Hippolyte, Agapet, Félicissime, Ëpiphane, Chrysogone, Denys, Anastasie, Pudentienne, Agnès, Euphémic, Laurent, Gordien, Jacques, frère du Seigneur, Urbain, Sixte, Cosme, Damicn, Sabinus, Piégulus, Nérée, Hermès, Benoît, Hilarion, Elisabeth, Julienne, Félicola, Catherine, Marguerite, tels sont, avec une foule d'autres, les noms écrits sur tous ces ossements illustres qui vous entourent, et qui adorent dans ce sanctuaire le Dieu crucifié. Si un grand respect pénètre involontairement notre âme lorsque nous entrons dans le palais d'un roi, ou dans un sénat composé d'hommes comme nous, peut-on se défendre d'un saisissement religieux en se trouvant au milieu d'une pareille assemblée?
Bois sacrés. — Temples païens. — Nymplices. — Camp prétorien. — Souvenirs de Néron et de Caracalla. — Tlicrmes de Diocléiien. — Sainte-Marie dcs-Ariges. — Jlarlyrs. — Capucins de la Conception. — Cimetière.— Le vénérable Crispino de Vilerbe.
Le temps était superbe, et le froid assez vif pour Rome. Profitant de cette double faveur, nous reprîmes notre excursion dans le quartier commencé ; laissant à droite la partie visitée la veille, nous explorâmes les sites et les ruines qui la séparent de l'enceinte des murailles. Depuis la porte Salaria jusqu'à la porto Majeure, que de souvenirs! qua d'impressions! Cluuiue mouvement de terrain, chaciue pierre a un fait à vous raconter : les yeux, la mémoire, le cœur, ne peuvent y sufiire. Nous dilmes nous borner aux points culminants du tableau. Remontant aux origines
(i) Slepli. Itilcssura apud Ciampini.T. m, p. 119. — Bcned. xiv, de feslis, p. 101,