GAUME FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUE CASSETTE, i.
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LES
86 Wéfwriw.
YoyAge à Magnano. — CemeUno. — Cataoombes. -> Église, •— Christ de Constantin. — Instruments de martyre. — Grotte de saint Félix. — ïoarches<:aadines. — Magnano.
Bien avant le jour^ notre léger équipage volait sur la belle route qui traverse les pl9ine^.aǰ096ntées de la Campanie septentrionale',: 31e: bût à6«ik)Ve' pèlerinage était Mugnano. Ce W}u*{f>Sitiiéà'^ dix-neuf milles de Naples^ est devenu célèbfe*d^prai"&^qQëk^ues années. Là repose le corps d'une jeuûe mir/yreidéfe'J^fe^^ siècles, que Dieu se plaît à glorifier/^)A*dp:n6mbréux miracles. Son nom est connu de tOdsiés chrétiens : elle s'appelle $ainte Philomène. Comme tant d'autres pèlerins , nous avions à déposer à ses pieds l'hommage de nos vœux et de nos actions de grftces.
A trois lieues et demie de Naples, nous rencontrâmes le petit village de CemeUno. Il n'est marqué sur aucune carte géographique, il n'est connu d'aucun voyageur; cela doit être , on n'y trouve que des antiquités chrétiennes. Un prêtre napolitain nous avait dit : « Les touristes ont tellement scandalisé nos cicérone que^ pour n? pas jeter les perles devant les pourceaux , ces derniers ne parlent presque jamais aux étrangers des objets reli- T. m. 1
2 LES TROfS ROME.
gieux; ils refusent même les détails qu'on leufdemande, à moins que votre costume ou une recommandation particulière ne les raftsure. o C'ert ce qui nous arriva au village dejCemetino.
a Où sont les catacombes ^ où est la grotte de saint Félix? demandâmes-nous au gardien de l'église. » Son regard fixé sur nous^ sa bouche muette^son air soucieux semblaient nous interroger et nous dire : Qui étes-vous ? puis-je sans profanation vous montrer les monuments des martyrs? Enfin nous lui parlâmes de l'abbé D. B. ; et le bon Jeune homme s'empressa de nous introduire dans des catacombes d'une grande richesse et d'un immense intérêt.
- Résidence du gouverneur de la Campanie, Noie, qui comptait une. population de cinquante mille âmes , fut à difTérentes/^ièeVteUbéàtrç de sanglantes persécutions ; outre ses propres 'ènftintg'yVjIe.yîf.alartyriser les chrétiens du voisina^^aim^léâ^autrtbànâf du gouverneur. De ce nombre fat.sàint Jan^erV-^êque de Bénévent, jeté dans une chs^^^^e'brMaiite^ que nous verrons bientôt. Avec saint FélixV évêqu^éô r^le, périrent trois mille deux cents fidèles, entre autres les illustres vierges Julia et Jucunda. Leur martyre eut lieu sous Valérien , Tan 259. Or^ les exécutions se faisaient à Cemetino, éloigné de dix minutes environ de la ville. Les corps des champions de la foi y furent déposés dans une cataconibe appelée Cœmeterium in Pincis, Elle est devenue célèbre par l'innombrable concours des pèlerins qui s'y rendaient de toutes les parties de l'Occident et même de l'Orient^ ainsi que le témoigne saint Paulin. Lui-même augmenta la gloire de ce lieu vénérable en y passant plusieurs années de sa vie auprès du corps de saint Félix et des martyrs. Cinq églises furent élevées sur cette ca-
CIMETTNO. S
tsoombê; telle an milieu ^ dédiée à éaint Félix , brilMt comme ane perle eoch&»ée dans des perles :
Et manet in mediis quam gemma interaita gemmis, Basilicas per quinque sacri spatiosa sepulcri Atria diffondens *,
On entre aujourd'hui dans ces vénérables sanctuaires en passant sous un arc monumental , appelé VArco Santo, qui porte sur la gauche l'inscription suivante :
Sùtegradum, quamvisproperas , ensiste, vlalor;
Te oogat ineU» relligioqae loci.
Ingredere , et cineri manibus da iilia plenis
Felids; felix posce , et habebis iter : Quemque Augustinus , Paulinus Bedaque dictis
Concélébrant flexo tu venerare genu.
Ingredere , at mundo corde , et simul excute plantas
SanctoTum quando corpora mille premas
Véf^ae dédiée à saint Jean TÉvangéliste présente trois autels, ou areosaliumf assez semblables à ceux des catacombes de Rome. Celui de milieu porte l'antique inscription :
ARA VERÎTATÎS.
Près de cet autel séculaire on voit d'un côté la chaire pontificale, en simple bois^ de l'illustre évéque de Noie, saint Paulin; de l'autre ^ un grand bassin de marbre destiné à recevoir le sang des martyrs qu'on égorgea dans ces lieux. A gauche de la même basilique est une vaste grotte en ouvrage réticulé, oput reticulatum, qui
' S. Patiîin., Epl5f*
forme: une salle carrée, dont un angle est occupé par une large chaudière, grossièrement construite en mattoni. C'est là que fut jeté, pour être brûlé vif, saint Janvier, évêque de Bénévent; mais, comme le disciple bienaiméy le vénérable pontife sortit sain et sauf du milieu des flammes , il était réservé à d'autres combats. De chaque c6té ouvrent deux petites chambres ou plutôt deux cachots solidement voûtés où furent enfermés saint Janvier et les compagnons de son martyre, Festus, Desiderius,Proculus, Eutychès et Acacius. En avant de la chaudière, dans une espèce d'area, on voit les colonnes où les martyrs étaient flagellés : les taches de sang sont encore très-reconnaissables. Suivant le pieux usage des pèlerins catholiques , nous les baisâmes avec un respectueux amour, en nous recommandant aux puissantes prières des courageux témoins de notre foi.
Restait à visiter la partie des catacombes qui est à droite de Féglise. Nous traversâmes, pour nousy rendre, le cimetière actuel. Au milieu des tombes modernes, la piété conserve debout le gibet des martyrs : il se com* pose de deux colonnes antiques, auxquelles on pendait, par une corde passée de Tune à Tautre» les chrétiens que le glaive ne devait pas immoler. Peuple étrange que ce peuple païen, dont le caprice, bien plus que la volonté des juges, ordonnait ces différents genres de mort ! il voulait du sang; mais, pour le boire avec délices, il exigeait de la variété dans les tortures : il put se satisfaire, car la nouvelle crypte où nous descendîmes fut une véritable boucherie. Une longue inscription rappelle les noms et les combats des héros chrétiens qui triomphèrent dans ces souterrains obscurs, comme leurs frères de Rome au grand jour de Tamphithéâtre. Non loin de
FOURCHES GAUDINSS. 5
là se trouve la fosse profonde qui rappelle un des faits les plus glorieux de notre histoire primitive.
Saint Félixy prêtre de Noie, s'était chargé du gouvernement de cette église pendant Tabsence de Tévéque saint Maxime^ caché dans les montagnes à cause de la persécution. Félix fut arrêté^ flagellé^ jeté, pieds et mains liés, dans un cachot ténébreux^ hérissé de morceaux de verre et de pots cassés. Délivré par un ange, il se rend auprès de son évèque, à qui il sauve la vie, et revient sur le théâtre du combat : les soldats du gouverneur le rencontrent; et à moins d^un miracle il ne peut échapper. Sur son chemin il trouve une caverne^ dans laquelle il se jette. Les persécuteurs arrivent; mais une toile d'araignée, miraculeusement étendue sur rentrée de la grotte, leur fait prendre le change ; ils passent, et le saint, nourri dans ce souterrain par une courageuse chrétienne, en sort au bout de six mois pour recommencer en paix son glorieux ministère. Nous vîmes Touverture de la grotte et la grotte elle-même. Je connaissais le fait avant de visiter le lieu qui en fut l'immortel théâtre ; aussi jamais je n'ai mieux senti la différence qu'il y a entre lire ou entendre le récit d'un miracle et voir de ses yeux et toucher de ses mains la place même où il s'accomplit. L'âme vivement émue, nous sortîmes de ces souterrains^ trempés d'abord du sang des martyrs, puis baignés, pendant plusieurs siècles , des larmes d'innombrables pèlerins venus de TOrient et de l'Occident \
L'église qui s'élève aujourd'hui sur le sol est riche de marbres et d'inscriptions anciennes. Vers le milieu brille l'autel du Saint-Sacrement, rempli d'ossements de martyrs; dans une armoire ou plutôt dans un vaste dypti-
'S. Paulin., NaUUit. d,6tc.
a hU TfiOIS ]U)lf£«
que placé au-dessus de Tautel d'une chapelle latérale , on conserve le premier crucifix, fait par ordre de Gong-* tautin ; la tradition le fait remonter à Tan 316. Il est en argent; et par la pose du torse et par le caractère gran* diose de la figure il rappelle le type byzantin, dont Rome conserve quelques beaux monuments '•
Au delà de Cemetino, la route serpente entre des mon* tagnes fertiles, dont la cime était alors couverte de neige. C'est au centre de ces montagnes, non loin de Grotta Minarda, Tancienne Crypia Minarda^ que se trouve la vallée d'Arpqjo ^. Nous nous y engageâmes afin de visiter les Fourcbes-Caudines, théâtre fameux de la plus grande humiliation romaine. Un double défilé, formé par une chaîne de montagnes circulaires; puis, dans le fond de la vallée, tour à tour large et resserrée, un ruisseau cou*lant à petit bruit, tel est Taspect des Ueux. Or, noua reportant à Tan de Rome 433, il nous semblait voir lee Bomains trompés par les soldats de Pontius déguisés en bergers, et s'engageant témérairement dans ce dange-* reux passage, pour arriver plus vite au secouvs de Lu* cérie assiégée par les Samnites. Ils ont franchi le premier défilé; mais arrivés au second, ils en trouvent Tissue fermée par un rempart de troncs d'arbres et de quartiers de rochers. Ils lèvent les yeux, et toutes les hauteurs sont couvertes d'ennemis; ils veulent retourner sur leurs pas, mais une barrière semblable à la première vient de fermer l'issue du défilé. D'un côté, nous voyons les fiers Romains déconcertés, allant, venant, s'interrogéant et ne sachant que résoudre; de l'autre, nous en* tendons les Samnites qui les accablent de railleries et
* Boldetti, 055«roa«,etc.,lib. ii, c. 19, p. 607etsmv. ' Voyez' la savante dissertation du P* D^lUelo, 1778.
MUajNANO. 7
qui font retentir oe^ lieux sauvages de leurs chants de triomphe. Enfin le mom^t fatal est arrivé : deui^ lan^ ces^ fixées en terre ^ en supportent une troisième et forment le joug de la boute; et voici les consuls, dépouillés de leurs armes et des marques de leur digoité^ qui s'avancent les premiers et qui passent sous le joug; puis les légions, n'ayant d^autre vêtement qu'une simple tunique, subissent à leur tour rignominieuse cérémonie. Les Samnites, descendus des hauteurs, forment une double haie entre laquelle passent les vaincus sous le feu de plaisanteries sanglantes. Tout n'est pas rose dans la poursuite du pouvoir et des honneurs : avis aux ambitieux.
Saluant sur la droite AvellinOf tenre classique de Texcellente noisette, qui lui doit son nom, et patrie de saint André, la gloire des Théatins, nous laissâmes à gauche Bénév^t, ville de treize mille âmes, non moinscélèbre par sa porte Aurea, toute bâtie en marbre de Paros, et par ses ponts de pierre jetés sur le Cahr^ que par ses nombreux souvenirs. A un mille et demi d'Avellino, on aperçoit le Monte Vergine, sur lequel s'élève un des sanctuaires les plus fréquentés de l'Italie. Enfin nous découvrîmes 9 situé entre deux chaînes de montagnes i ie petit village de Mugmno. V église, éloignée de la route de quelques isentaines de pas, se dessine gracieusement à l'extrémité d'une avenue plantée de jeunes arbres : une rampe douce craduit jusqu'au portail de l'édifice. Sur la gauche de la ntf est lacbapelle de l'illustre martyr. Les richesses qui Tembellissent, les nombreux êw-^voio qui couvrent les parois témoignent éloquemment de la puissance de la Sainte et de la piété des fidèles. Autour de la pierre tombale» apportée des catacombes avec le corps de la jeune héroïne, on voit des eas-voio envoyés
de la Chine avec des inscriptions honorifiques qui attestent la reconnaissance des rois et des reines de Naples et des autres pays. Sur cette pierre, nnscription- de la Sainte, gravée en forme de banderolle^ se présente ainsi :