TUB DE TURIN
La vaste église de Saint-André^ surmontée de quatre clochers, rappelle un autre grand souvenir. Au commencement de ce treizième siècle que saint Thomas devait immortaliser par son enseignement, un autre docteur, prenant pour guide saint Denis TAréopagite, expliquait avec un immense succès la théologie mystique dans le couvent de Saint-André de Veréeil : ce maître s'appelait Thomas Gallo. Parmi ses disciples s'asseyait un jeune religieux de Saint-François qui devait remplir le monde du bruit de son nom et de Téclat de ses miracles ; c'était Antoine de Padoue. Une fresque de l'époque , placée sur le tombeau du professeur, le représente assis dans sa chaire de théologie , et parmi ses élèves on voit saint Antoine de Padoue, la tête environnée d'une auréole. Un bas-relief qui décore la partie inférieure du mausolée indique la source où le docteur puisait son admirable science. Thomas est à genoux devant Notre-Seigneur et la sainte Yiei^e, tandis que saint Denis, debout, lui pose affectueusement la main sur la tête. Il serait difficile de trouver quelque chose de plus intéressant, sous le double rapport de l'art et de la piété, que cette tombe vraiment monumentale.
81 ATril.
Voe de Tario. — Pioaoolhèqae. — Bibliothèqae. — Masée 'grec et romain. — Table Islaqae. — Musée égyptien. — Instraments aratoires. Armes. — Statues. — Les saints martyrs Octave, Solalor, Àdventor. Saint Maxime. ~ Cathédrale. — Chapelle da Saint-Saaire. — Palais da roi. -— Audience.
Après avoir voyagé une partie de la nuit , nous arrivâmes en vue de Turin au lever du soleil. Le P6 qui coule à pleins bords dans la vaste plaine, les dômes et les campanili étincelants aux premiers feux du jour.
hii LES TaOIÔ BOM£.
raacienne capitale de la Ugurie avec seg laides rues tirées au cordeau, ses places superbes si elles étaient 'fiuiesi ses édifices aux brillantes façades, les montagnes voisines,, dont la base est émaillée de riantes villas, tandis que le sommet élève jusqu'aux nues la splendide église de la Superga, tout cela forme un ensemble plein de grandeur et qui saisit, même après avoir vu Tltalie. Du milieu de Piazza CasMlo on jouit d'un coup d'oail unique : quatre rues se coupant à angle droit partagent la ville entière et du centre laissent apercevoir les quatre extrémités. Afin d'éviter les répétitions, je ne m'arrêterai point à décrire les nombreux et remarquables tableaux des écoles flamande et hollandaise que nous vîmes à la Pimcotheca du Château ; les aquarelles de Bagetti passent pour des chefs-d'œuvre; il en est de même du Saint Jean Pfépomucène, de Murillo. Le Saint est au confessionnal, ayant, d'un côté, l'impératrice, de Tautre un paysan, image de l'égalité évan« gélique devant ces tribunaux qui justifient ceux qui s'accusent. Parmi les manuscrits de la Bibliothèque, il faut remarquer VEpitome de Lactance, unique en Europe, et V Imitation de Jésus-Christ^ qu'on croit du quatorzième siècle.
Le Musée grec et romain offre peu d'intérêt après ceux de Rome et de Naples. La fameuse table Isiaque elle-même a perdu son prestige d'antiquité depuis qu'elle passe, parmi les savants, pour dater seulement du règne d'Adrien. Il n'en est pas de même du Médail- Iter, un des plus riches de l'Europe. Sous les portiques de l'Université se conserve, entre autres bas-reliefs, le Vœu de Q, Yisquasius. On voit un homme conduisant un char attelé de deux mules et chargé d'un tonneau. Le char et le tonneau sont parfaitement semblables à
MUSES iaVPTUK. 5S3
ceux dont on se sert eocore ai;û^^<I'hui dans le pays^ Dans le Musée de Naples vingt objets différents noua avaient aussi donné lieu de remarquer la ténacité des habitudes populaires.
Mais la gloire de Turin, c'est le Musée égyptien, le pi*emier de TËurope. Je ne sais quel saisissement on éprouve au milieu de ce monde éteint depuis trois ouquatre mille ans. Les statues des rois et des dieux; les fresques et les peintures des tombeaux qui représentent les usages de la vie intime, militaire et agricole; des charrues^ un joug pour les bœufs, des flèches, un casque, un cimeterre de bronze, deux petits chiens d'ivoire, dont un conserve encore le fil qu'il dévidait il y a trente siècles; des souliers en cartonnage de toile; les mo* miesqui vous montrent des prêtres, des rois, des princes auxquels il ne manque, pour être vivants, que le moit* vement et la chaleur, tout cela fait admirer la science d'un peuple sans rival dans Tart d'imprimer à ses œuvras les plus simples comme les plus gigantesques le cachet do rinunortalité.
Toutefois à ce premier sentiment succède bientèl une profonde pitié. Voyez les dieux devant lesquels se prosternait la plus savante des nations! Embaumés, comme leurs adorateurs, ces dieux mortels sont des bétes de toute 6S|)èee; des ibis, des chacals, des cyno-^ céphales, des éperviers, des poissons, des crocodiles, de jeunes taureaux portant sur le front le signe carac-» téristique du bœuf Apis. Qu'est-ce donc que l'honune abandonné à lui-même ? Des nombreuses statues, les plus magnifiques sont celles d'Osymandias, haute de jdua
* On sait que ce forent les Gaulois qui ens^gnèrent aux Romains k ibirs les tooiieaux .
de quinze pieds ; et du grand Sésostris^ haute de six à sept pieds. La dernière^ en basalte noir à taches blanches, passe pour le chef-d'œuvre de l'art égyptien. Assis sur son trône en habit militaire, le roi tient à la main un sceptre recourbé. Sa physionomie est douce et fière ^ la pose pleine de dignité ; les mains sont parfaites et les pieds d'une juste proportion. Turin doit cette immense collection à Tun dé ses enfants, le chevalier Drovetti, longtemps consul au Caire : honneur à son intelligent et généreux patriotisme !
On ne peut sortir du Musée égyptien sans se rappeler la grave réflexion d'un voyageur. «J'avoue, dît-il, qu'en trouvant entassés au pied des Alpes tous ces débris poudreux ou mutilés de la plus ancienne civilisation du globe, peut-être qu'un jour, me disais-je, nos propres débris, tous nos monuments de marbre et de bronze, tous ces magnifiques témoignages de notre puissance et de notre gloire seront exposés dans le musée de quelque peuple aujourd'hui sauvage, dans un désert encore inconnu, près d'un lac ignoré, au sein de quelque impénétrable et sombre forêt ou de quelque haute montagne à peine découverte. Les Sacy, les Akerblad, les Yong, les Ghampollion, les Sait, les Seyffarth, les Pfaff d'un autre monde feront à leur tour des dissertations; ils défendront opiniâtrement leurs différents systèmes. Louis XIY, avec son siècle brillant et ses vastes travaux, sera comme le grand Ramsès, comme le Sésostris de ces temps lointains ; et nos récentes conquêtes, si rapides, si passagères, sembleront de la fable après l'histoire.»
L'habitant de Turin qui visite son Musée ne doit pas dépenser toute sa compassion pour les Égyptiens, il doit en réserver une partie pour lui-même lorsqu'il songe
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aux dieux qu'adoraient ses aucâtres : la même disposition doit être celle de tout voyageur^ à quelque nation civilisée qu'il appartienne. Mais comment Turin a-t-elle été tirée de l'idolâtrie, quels sont ces hommes au sang desquels l'antique Ligurie est redevable de la foi et de la civilisation^ fille de la foi? Par quelles mains le salutaire flambeau a-t-il été tenu constamment allumé dans ce religieux pays^ malgré les tempêtes de la persécuticm et de rhérésie ? Les annales de Turin nous racontent l'histoire de ces véritables pères de la patrie et la reconiiaissante piété de leurs fils.
L'antique Bodincomagus , fondée par les Gaulois^ dont elle adora les dieux cruels, fut saccagée par Ânnibal, conquise par les Romains^ qui lui donnèrent le nom de Colonia Julia, et embellie par Auguste, dont le surnom devint pour elle un titre de gloire ; Augusta Taurinorum. En recevant le joug elle reçut les dieux des vain-queurs : avec Teutatès elle adora Jupiter. Elle les adorait encore lorsque saint Barnabe , suivi bientôt des saints Apêtres de la Ligurie, Celse et Nazaire, vint lui présenter le flambeau de la vérité : Turin le reçut. La divine semence ne tarda pas à lever dans cette terre fé* conde comme dans les autres parties de la Gaule cisalpine ^ Pour la conduire à maturité deux choses étaient nécessaires, le feu de la persécution et la rosée du sang; ces deux conditions furent remplies. Par ordre de Maximien, Octave, Solutor et Advcntor, tous trois soldats de la légion Thébaine, reçurent à Turin la palme du martyre et devinrent les prémices de la riche moisson que YAugmia Tawrinorum préparait au Père de famille %
* S. Barnabe, Bar., 52-54 ; Ugbelli, t. iv, 830.
» Taurini ejusdem legionis nobilissimi milites, Octavius, Solutor
Mfl LSS TROIS HoME.
La cultnre de ee précieux héritage ftit confiée dans la suite des siècles à dîntelligents laboureurs. Au premier rang brille saint Maxime j la gloire non-seulement de Turin, mais de PÉglise entière. Ce grand évéque assista aux conciles de Milan en 4K1 et de Rome en 465, défendit vigoureusement Tintégrité de la foi, dota le monde d'éloquents écrits et maintint la ferveur primitive parmi ses ouailles. Pénétré de confiance pour les trois martyrs dont le sang avait cimenté les fondements de son église, il disait à son peuple : a Honneur à tous les martyrSy mais honneur surtout à ceux dont nous possédons les reliques! Ils nous assistent par leurs prières; ils nous protègent par leur présence durant cette vie , et vous reçoivent dans leurs bras quand nous partons pour l'éternité. » A tous ces saints qu'elle aime et qu'elle honore comme ses pères, ses bienfaiteurs et ses patrons la pieuse cité a bâti cent dix églises comme on sait les bâtir en Italie.
La plus remarquable est le Duomo, dédié à saint Jean-Baptiste. Elle oflfire à Tartiste une Sainte Vierge , d'Albert Durer, les statues de sainte Cîhristine et de sainte Thérèse, de Legros, les sculptures du maltre-autel en marbre, la vaste tribune de Toi^e chargée de dorures. Mais tout cela est éclipsé par la splendide chapelle du Saint-Suaffe, située derrière le maître-autel. Représentez-vous une rotonde très-élevée, environnée de colonnes groupées de marbre noir poli, dont les bases et les chapiteaux sont de marbre doré. Sur ces colonnes s'appuient six grandes arcades qui forment les fenêtres, dont l'entablement soutient la coupole. Celle-ci se eom-
et Adventor, gloirioflo tnariTrio erexeretrophiea victoriit,— Bar., An. S97,t. If, n. 19.
CHAPELLÏ DU SAmT-StTAIRE. 847
pose de plusieurs voûtes en marbre percées à jour, placées les unes au-dessus des autres et disposées de manière à laisser voir au sommet de Tédiflce une couronne de marbre en forme d'étoHe, qui semble suspendue en VsiVy bien qu'elle repose sur ses rayons. L'autel en marbre noir supporte une châsse d'argent, ornée d'or et de diamants et mise sous verre : elle renferme le saint Suaire. Cette précieuse relique, apportée d'Orient au temps des croisades par Geoffroy de Charny, chevalier champenois, rappelle le vœu de François l" avant la bataille de Marignan ; après la victoire on vit le prince se rendre à pied de Lyon à Ghambéry, où était alors le saint Suaire, pour y rendre hommage de ses succès au Dieu des batailles. Si Ton ajoute qu'au-dessus de l'autel brille une grande croix de cristal soutenue par un groupe d'anges, et que le pavé est en marbre violet, semé d'étoiles d'or, on aura un sanctuaire d'une beauté sévère , majestueuse et parfaitement en harmonie avec sa destination.
La chapelle est contiguê au palais du roî ; une porte de communication s'ouvrit, et nous fûmes dans les appartements du souverain. Plusieurs personnes attendaient dans une vaste salle : c'était jour d'audience. Deux fois par semaine et pendant plusieurs heures les riches et les pauvres ont leur libre accès auprès du prince. Tous sont admis à déposer dans son cœur leurs plaintes, leurs demandes, leurs misères, leurs projets, les peines intimes de leur vie publique ou privée. Le roi écoute , encourage , console, secourt, protège; en un mot, remplit avec intelligence et dévouement tous les devoirs d'un père. Faut-il s'en étonner? Charles- Albert est le plus fervent chrétien de son royaume, le saint Louis dû dix-neuvième siècle. Tous les matins il entend
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la messe, et chaque dimanche il a le bonheur de s'approcher de la sàint^ table.
Pénétrés de vénération pour ce roi si digne du trône, nous descendîmes à la Consolata, la plus belle église des couvents , où le voyageur catholique est attiré par l'image miraculeuse de la sainte Vierge. Il faut pénétrer dans le sanctuaire de la Consolaia, resplendissant d'or et de marbre y il faut contempler les mille témoignages de confiance et d'amour donnés à la Reine des Grâces pour connaître la piété des habitants de Turin : nous verrons demain que cette piété n'est pas stérile.
/ 88 Avril.
DgliM délia gran Madré di Dio. *- Cbâleaa de Stapînigi. — Saperga. — Grand hôpital ~ Salles d'asile. — OEavre de Saint-Loals de Gootague. — Hôpital de la Charité. -^ InstitutloDs poar les orphéllos et les orphelines. — Les Rosines. —La peUte Maison de la ProYidenoe. — Siivio Pellioo. — Départ de Tarin. ^ Les Yaadois. — . Suze«
Les environs de Turin présentent trois monuments que nous ne pouvions oublier. Dès le matin , longeant une belle rue omée de portiques et traversant une magnifique place circulaire^ nous arrivâmes au pied d'une délicieuse colline parée de la première verdure du printemps et toute semée de blanches villas. Devant nous se présentait, imposant et magnifique, le temple délia gran Madré di Dio. On ne se lasse point de contempler cet édifice, copie du Panthéon. Ses formes pleines de noblesse et ses proportions colossales rappellent les 'monuments romains, tandis que sa fondation proclame la pieuse gratitude de la ville de Turin envers Marie. Ce temple est un ex-voto des décurions de la cité, en reconnaissance du retour du roi Victor-Emmanuel,
ÉGLISE DBLLÀ ORAIV MABBE BI BIO. 539
Portant notre curiosité sur un autre points nous saluâmes le château de Stupinigi^ avec son toit pittoresque surmonté d'un grand cerf de bronze. Ce rendez-vous de chasse de la cour de Turin passe, dans son genre ^ pour l'édifice le plus magnifique de l'Europe. Au loin^ sur le plateau d'une haute montagne ^ on voit s'élancer les royales constructions de la Superya : cette église, de forme octogone, portée par de grandes colonnes de marbre, enrichie de superbes chapelles^ est aussi un eœ-voto. Eu 1706, le roi Victor- Amédée et le prince Eugène causaient ensemble sur cette montagne, observant les mouvements de l'armée française qui assiégeait Turin. Le roi, désespérant de sauver sa capitale, tombe à genoux, expose à Marie sa confiance et ses craintes, et lui promet, si le siège est levé, de faire bâtir au lieu même où il prie une église en son honneur. La Superga est le Saint- Denis des rois du Piémont : leurs tombeaux sont peut-être plus brillants que ceux de nos' princes; mais ils me semblent par là même manquer de tristesse et de majesté.
Rentrés en ville, nous consacrâmes le reste du jour à visiter d'autres monuments moins connus des voyageurs et pourtant plus glorieux et plus dignes de leur attention! Grâce à son voisinage de la France, Turin possède nos Dames du Sacré-Cœur et nos admirables Sœurs de Saint- Vincent de Paul. Les premières élèvent la jeunesse, les secondes soignent les malades; c'est dire avec quelle intelligence et quel dévouement sont accueillies les générations qui entrent dans la vie et les générations qui sortent de ce royaume de douleurs. Le grand hôpital Saint-Jean compte cinq cents lits. Depuis les dernières révolutions, la charité publique fournit une grande partie des sommes nécessaires à son entretien.
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inutile de dire que l'ordre et la propreté régnent dans les salles, comme rattention et l'économie dans le service : cet éloge convient à tous les hospices tenus par nos religieuses. Fondé, en 4 794, par le saint prêtre Baniccbi, curé de la citadelle, Thâpital Saint-Louis passe pour un modèle d'architecture, de propreté, de salubrité et de bon goût. Turin possède aussi une vaste maison d'aliénés, une école de Sourds-Muets, plusieurs salles d'asile, dont l'origine est due à une dame française qui entretient dans sa propre maison un de ces doux et joyeux hospices de l'enfance. La reconnaissance publique a nommé madame la marquise de Bar..., chez qui nous fûmes reçus avec une bonté dont le souvenir ne s'effacera jamais.
Avec quel bonheur le voyageur français rencontre dans les rues nos Frères des Écoles chrétiennes ! Ici , comme partout, leurs établissements sont florissants. Ils tiennent, en outre, aux frais de la ville , une école supérieure , où l'on poursuit les études commencées dans les classes élémentaires et où Ton apprend la langue française. Au sortir de l'école, les enfants des pauvres subissent un examen, et les plus forts sont admis à rCEuvre royale , où ils reçoivent gratuitement une instruction professionnelle.
Le christianisme* a toujours aimé et propagé les lumières ; aussi le développement de l'instruction publique est une des gloires du Piémont. Mais si le catholicisme est une religion de vérité , il est encore une religion de charité; car Dieu est l'un et l'autre. Un volume entier ne suffirait pas pour décrire toutes les œuvres de miséricorde dont il couvre le pays où nous sommes. Une foule d'associations d'hommes et de femmes donnent des secours à domicile; elles pourvoient spécialement aux be -
INSTITUTIONS PÛUA hm ORPHELINS. ë3l
soioa d^une clasce de pauvres qui méritd les plug grande égards et qu'il est difficile de décottvriry celle des pauvres boDteux. La Congrégatiou de Saint-Paul charge douze de sê& membres de les chercher et d'en pr^dre soin dans les différents quartiers : elle tait aussi traiter les ma-* lades pauvres à domicile. L'GËuvre de Saint-Louis de Gonzague, diverses Associations de Dames dans les pa* roisses assistent les indigents incapables de travail en raison de leura infirmités. Les pauvres valides sont reçus à l'Hôpital de la Charité : on en compte plus de mille» Pour les occuper j on a formé diverses manufactures; la fabrication des étoffes de lainei des draps ordinaires» des tapis de pied, des toiles^ des cotonnades emploie le plus grand nombre de bras. U y a aussi différents mé* tiers et même une école de musique, où le roi prend des sujets pour sa chapelle. Nous y trouvâmes un grand ordre^ un air général de satisfaction sur tous les visages et une séparation d'âge et de sexe convenablement tracée et régulièrement maintenue.
Mais qui dira tout ce que la charité piémontaise fait pour les enfants? Substitué à l'ancien couvent de Saint- Michel , l'hospice des Enfants-Trouvés reçoit ceux qui sont nés à la Maternité ou qui ont été exposés. Le Pié* mont compte trente-deux hospices du même genre , oti ces petites créatures sont environnées de toutes les sollicitudes maternelles de la charité. Un nombre au moins égal de pieuses institutions reçoit les orphelins et les or^ pbelines : les aumônes et les fondations des fidèles en font presque tous les frais. VAlbergo Regio di Yirtù nous montra ses cent cinquante jeunes gens de familles pauvres, gaiement appliqués à une foule de métiers. Depuis deux siècles ce précieux établissement est en possession de donner au Piémont les ouvriers les
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plus instruits, les plus estimables et les plus habiles.
Quant aux jeunes filles pauvres qui ne trouveraient pas dans leurs familles des garanties suffisantes contre le danger de la corrupticyi , la Casa del Soccorso leur ouvre un doux et sûr asile. Ont-elles perdu leurs parents , rétablissement des Pauvres Orphelines, fondé au milieu du seizième siècle, les reçoit à l'âge de huit à douze ans. A vingt-cinq elles ont la faculté de quitter la maison pour se marier ou pour prendre le voile. Celles qui rentrent dans le monde reçoivent le bienfait d'une seconde adoption : elles sont cautionnées par des personnes honnêtes, qui répondent de leur subsistance, qui les protègent et les surveillent. Ce patronage , si éminemment chrétien , porte avec lui sa récompense. Les orphelines en général font honneur à leurs parents adoptifs. Elles aiment le travail, sont bonnes ouvrières, modestes, sobres et d'une excellente conduite ; aussi elles sont recherchées par les familles les plus esthnables.
Parmi tant d'institutions où respire l'esprit de la plus généreuse et de la plus intelligente charité, il en est deux qu'on ne peut oublier. Je ne sais si le christianisme a jamais opéré de plus touchants miracles; je veux parler de YŒuvre des Rosines et de la Petite Maison de la Providence. En 1716 naquit à Mondovi une jeune fille nommée Rosa Gorona. Orpheline dès l'enfance, délaissée, sans appui, pauvre des biens de ce monde, riche seulement d'une tendre compassion pour le malheur, elle voulut consacrer sa vie et son cœur à aider ses compagnes d^nfortune. Ce qu'il lui fallut d'abnégation et de peine, on le devine vaguement. Dieu seul le connaît. Quant aux succès de son zèle, tout le monde peut les admirer et les bénir. Huit établissements en Piémont, servant de refuge aux jeunes filles de treize à vingt