‹ Les trois RomeChapitre 69 sur 75 · SAINT 6AUD£NS · texte numérisé non relu

SAINT 6AUD£NS

et à Famour de son peuple. Disciple de saint Laurent martyr et digne de son maître» Gaudens est sacré évêque de Novare par saint Simplicien de Milan. Un amour plus fort que la mort l'attache à saint Martin de Tours, la colonne de la vérité en Occident; et quand il voit saint Eusèbe de Verceil , son collègue et son voisin , partir pour l'Orient , il se fait le compagnon de son exil , et se dévoue à toutes les rigueurs impériales pour conserver inlact dans son cœur et dans le cœur de ses enfants le trésor de la foi ' .

Honneur à ces enfants qui n'ont jamais oublié leur père ! Dans une commune vénération ils confondent saint Gaudens et le saint martyr Laurent , cette autre gloire de la cité. Laurent était un prêtre de Novare , dévoué àl'éducation des enfants. Irrités de ses succès , les païens des environs se jettent tout à coup sur le saint instituteur et le mettent en pièces avec ses jeunes chrétiens. Leur sang' féconde la semence de la foi, et Novare prie encore aujourd'hui devant les ossements sacrés de ses nouveaux bienfaiteurs. Pour les glorifier aux yeux de tous les siècles, le Dieu des martyrs fait sortir de leur tombeau une liqueur miraculeuse qui guérit les malades*. Après avoir déposé nos hommages aux pieds de ces véritables grands hommes, dont la présence fait plus

» Bar.,.4n. 397, t. v,n. 62.

^ Voici Tantique inscription gravée sur le tombeau de marbre rempli de leurs ossements :

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Id SOLIDVM est IMTVS , RIMA MEC VLLA PATET V»DE QVEAT TELLV8 OCCVLTAS MITTERE LTMPHAS :

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Rbluqvias ; disces vnda salvbris vbi est.

de bien que la vue des ruines et des chefs-d'œuvre de l'art, nous nous remîmes en marche pour Verceîl.

Le Piémont se déroulait devant nous avec ses rizières, ses prairies et ses montagnes ; tout annonce la fertilité du sol et le calme heureux des habitants. C'est qu'en effet ce petit royaume est un modèle, une oasis de paix au milieu de l'Europe agitée. La religion^ honorée , pratiquée, aimée comme le trésor public, y fait sentir sa douce influence. Le roi lui-même est un fervent chrétien; puissent tous ceux qui l'approchent partager sa foi sincère et son respect pour l'Église ! On dit que la chenille de l'impiété moderne a sali par ci par là quelques fleurs; on dit que , malgré les lignes douanières, nos mauvaises productions pénètrent dans le royaume; on dit que l'esprit révolutionnaire fait tourner certaines têtes. Pourtant que manque-t-il au Piémont pour être heureux I Les lois sont sages et paternelles; les institutions de charité nombreuses et bien entendues; lesim* pots presque nuls; les sciences théoriques et pratiques , les arts même sont en honneur. Une des plaies les plus dangereuses ouvertes par notre Code civil a été fermée. On sait quels ravages produit chez nous la loi ridicide et funeste qui autorise un laïque ceint d'une écharpe à prononcer ces graves paroles : Au nom de la loi , je vous unis. Ici on ne peut contracter mariage que devant le prêtre revêtu en cette circonstance de pouvoirs religieux et civils.

Puisse. la rivalité qui existe entre Gênes et Turin ne jamais devenir un ferment de discorde ! puisse la fièvre d'innovation ne pas substituer de fatales utopies à un système de gouvernement éprouvé par l'expérience et sanctionné par l'approbation des hommes sages et désintéressés !

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£d devif ant ainsi sur le royaume de 6a Majesté Sarde, W0& arrivâmes en vue de Yerceil. L'antique Vercellx ^ fondée par le Gaulois Bellovèse Tan 603 avant Jésus- Cbrisi^ est assise sur une riante colline au confluent du Cervo et de la Sesia, Dans la plaine voisine apparaît l'ombre de Marius, non pas triste et humiliée comme à Minturnes, mais imposante et glorieuse; on entend le cljquetis des armes i les cris des mourants : c'est ici que le grand capitaine tailla ^en pièces ces myriades de Cimbres et de Teutons tombés sur l'Italie comme une avalanche du sommet des Alpes. Si le voyageur, en traversant le champ de bataille , admire une fois de {dus la valeur romaine^ il s'incline aussi devant la Providence, dont il voit la main puissante écarter tous les obstacles humains à l'agrandissement de la Ville éternelle. Sous ce rapport les plaines de Yerceil tiennent une large place dans la trame générale de l'histoire antérieure au christianisme.

Quant auK luttes du fer contre le fer succèdent les combats plus importants des idées contre les idées, Yerceil brille avec non moins d'éclat. Dans les murs de l'antique cité un nouveau guerrier^ également venu de Rome > met en fuite la formidable hérésie d'Arius : cette seconde victoire n'est pas moins providentielle que la première. Il nous tardait de nous prosterner devant le tombeau du héros qui la remporta. J*^ nommé saint Eusèbe, évêque de Yerceil , l'ami de saint Ambroise , le défenseur de saint Athanase , la terreur de Constance, le glorieux martyr du Yerbe consubstantiel qui , traîné de prisons en prisons^ depuis Yerceil, en Palestine^ en Gappadoce, dans les déserts de la haute Egypte, donna au monde entier le long spectacle de son héroïque fermeté.

Notre première visite fut pour la cathédrale, où

SaO LES TROIS ROMS.

repose le corps de l'immortel pontife. Le Dtiomo est un majestueux édifice, rebâti au sixième siècle sur les dessins du célèbre Pellegrini de Bologne. Deux chapelles fixent principalement l'attention. La première est dédiée au B. Amédée de Savoie. Le corps de ce prince, dont la couronne temporelle s'est changée en couronne éternelle, repose dans un tombeau d'argent^ donné par un de ses descendants , le roi Charles-Félix. De cette tombe semble sortir encore la parole vraiment royale du Bienheureux. A la valeur d'un héros le duc joignait toutes les vertus chrétiennes et en particulier une tendresse paternelle pour les pauvres : a Seigneur, lui dit un jour son intendant, vos aumônes épuisent vos trésors. — Eh bien ! répondit le prince, voici le collier de mon ordre; qu'on le vende et qu'on soulage mon peuple. » La seconde chapelle, plus vénérable encore que la première, est celle de Saint-Eusèbe. A la vue de la magnificence qui entoure le corps du martyr, au souvenir des nombreux miracles qu'il opère, on ne peut retenir la plainte sublime du Prophète : Seigneur, c'est trop d'honneur et de puissance pour vos amis.

De cette tombe , arrosée de tant de larmes brûlantes, couverte de tant de baisers , parfumée de l'encens de tant de prières, nous descendîmes a» trésor de la cathédrale. Peut-on passer à Verceil sans voir le célèbre manuscrit de l'Évangile de saint Marc, copié de la main de saint Eusèbe? Que sont devenues les lames d'argent dont le roi Bérenger le fit couvrir il y a près de neuf cents ans? Demandez-le aux Vandales modernes. C'est par la crainte d'une nouvelle spoliation que les boiseries du chœur, véritable chef-d'œuvre de sculpture, ont été refaites, il y a quelques années , de manière à pouvoir être démontées en un jour.

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