‹ Les trois RomeChapitre 75 sur 75 · PLATEAU DU 1I0NT-G£NIS · texte numérisé non relu

PLATEAU DU 1I0NT-G£NIS

reuse. Elle aura le principe immortel qui fit de Rome la reine éternelle du monde et de la brillante Ausonie sa fille de prédilection : Nulla unquam eivitas née major, nec sanctior, œc bonis exemplis àitior fuit.

Cependant l'équipage convenablement chauffése remit en marche^ et nous fûmes bientôt sur le plateau du Mont-Genis. Le vert gazon dont il est couvert pendant l'été^ les narcisses, les renoncules, les violettes, les mille fleurs qui le tapissent et qui l'embaument avaient disparu sous des montagnes de neige. Leurs flancs^ entrouverts par la main des hommes, nous offrirent un étroit^ mais long passage entre deux hautes murailles dont lasolidité dépendait uniquement de quelques degrés de plus ou de moins dans le thermomètre. Bien nous prit de voyager par un temps sec et un ciel serein ; car un dégel, une bourrasque pouvait nous ensevelir comme tant d'autres sous les avalanches. Afin de porter secours aux malheureux pèlerins de ces montagnes surpris par la tempête, la charité cathdique a bâti au milieu de la plaine un de ses avant-postes. Trois quarts de lieue au delà de Y Hospice des Pèlerins, on commence à descendre. Une route en zig-zag, qui semble tomber de précipice en précipice, conduit à Lans-le-Bourg. On est agréablement surpris de trouver au sortir de ces solitudes sauvages un petit village très-vivant, très-animé : Lansle-Bourg est le point de rencontre des voyageurs d'Italie et de Savoie. Aussi le confortable n'y est point inconnu^ témoin le dîner qui nous fut servi au Lion-d'Or, et que nous primes avec un appétit savamment aiguisé par le grand cuisinier du pays , Tair des Alpes.

Enrichie d'un rhume de première qualité , que notre excellent conducteur essaya vainement de fondre à la chaleur d'un vieux Bordeaux^ notre caravane reprit son

^A6 LES fHOlS ROME.

Inouvement de descente par une route sinueuse^ traeée sur les bords escarpés de l'Arque, entre deux aflfVeuses chaînes de montagnes rocheuses. De profonds abîmes , de sombres forêts de sapins, des torrents qui se précipitent avec fracas , des pyramides de granit qui surplombent au-dessus de votre tête, des quartiers de rochers détachés du flanc de ces masses gigantesques, des cavernes béantes, repaires des loups et des ours, redoutables seigneurs de ces montagnes, tel est le gracieux spectacle qui se prolonge, sauf quelques légères variétés, pendant ^espace de treize lieues , de Lans-le- Bourg à Saint- Jean de Maurienne.

Pourtant, s'il faut en croire Phistoire, c'est par ce chemin, aujourd'hui infiniment moinsdifficilequ'il n'était il y a un siècle, qu'Annibal iVanchit les Alpes avec dea chevaux, des éléphants et tout l'embarrassant attirail d^une armée dMnvasion. Le passage du Grand âalot^ Bernard par Napoléon Ait-il plus glorieux? C'est un joli thème de rhétorique.

A Saint-Jean de Maurienne la vallée commence à s*ouvrir; on aperçoit çà et là quelques coins de terre végétale. On se souvient de Charles le Chauve mourant ici empoisonné par son médecin juif; on gémit à la vue des goitres et des crétins, et on salue le champ de bataille présumé où Annibal battit les Allobroges et perdit son arrière-garde. Autant la population de ces montagnes sohtaires est pauvre , autant elle est laborieuse et morale. De toutes les provinces du Piémont et de la Savoie , la Maurienne est la seule qui n'ait pas d'hospice pour les enftints trouvés 2 elle n'en a pas besoin.

Salut maintenait à l'Isère , npioitié savoyarde et moitié française ^ salut à Montmélian , à ses jolis coteaux plantés 4e vigi)e^ à ses iE^rtifieations en ruines, qui jadis arrèr

CUAUBBRY. 547

tèrent Louis XHI et sa brave armée. Nous voici à Ghambéry , la capitale de la Savoie. Sur les noirs pavés de ses rues étroites l'oreille du pèlerin croit entendre les pas mesurés des légions de César, descendues des Alpes pour fmre la conquête des Gaulas; puis^ sous les voûtes de la pieuse cathédrale y la voix chérie de saint François de Sales» l'apôtre de ces montagnes. A quelque distance l'œil rencontre deux illustres berceaux , celui du grand comte de Majstre^ et celui du général de Soigne. Hon^ x\e\\v, reconnaissance^ imuiortalité au génie dont la main puissante saisit Voltaire et brisa le colosae au pied d'argile; dont le regard élevé presque à l'intuition divine sonde avec la même facilite les mystères de la Providence et les profondeurs de l'avenir et dont la parole parfaitement originale se grave ^m^ les cœurs comme \^ pointe du burin sur le cuivre ou sur l'acier. Honneur, reconnaissance^ immortalité au guerrier généreux ^ deux fois digne de ce nom , qui , après avoir, au prix de son i^ng, vaincu les ennemis de sa patrie, remporta une victoire plus noble encore en versant son imniense fortune dtins le sein des pauvres.

Admirons maintenant l'industrie |)umaine, qui à force d'audace et d'opiniâtreté a ouvert la belle route sur laquelle nous sommes, en perçant et en faisant sauter pendant une demi- lieue des rochers gigantesques dont la masse effraye l'imagination. Ce n'est pas d'hier que l'impossible lui sourit et qu'elle aime à le tenter. Il y a vingt siècles Horace lui en faisait le poétique reproche : Nil intentatum reliquit audaoo Jfapeti genus. Si on les interroge, ces rocs disloqués, entr'ouverts par la mine , répondront que leurs frères pu leurs aïeux volèrent en éclats à la vapeur du vinaigi'e brûlé par Annibal. Il est probable que c'était du vinaigre des quatre voleurs :

l'histoire n'en dit mot; mais on affirme qu'il serait plus facile aujourd'hui que jamais de s'en assumer.

Après le bourg des Échelles, on traverse le Giers, espèce de torrent qui mugit au fond d'un ravin dont la pente, d'une élévation prodigieuse^ cache ses ondes écumantes. Bientôt il se montre sous la forme d'une petite rivière calme et inoffensive , faible barrière qui sépare la France de la Savoie : nous entrons sur le Pont de Beauvoisin. Adieu au costume savoyard , italien^ napolitain^ autrichien; adieu à la Dogana, ai passaporti, alla buonamano. Tout change; voici l'uniforme français^ le frac vert liseré bleu; voici la douane et les passe-ports et les plombs de sûreté. On nous fouilla consciencieusement et presque poliment; puis, moyennant cinquante centimes, on nous plomba dans toutes les règles, et quelques heures après la diligence Bonafous nous déposait sur le pavé de Lyon : le cercle de nos pérégrinations était fini.

Trois jours furent donnés au repos et à l'étude fort intéressante des établissements qui font la gloire de la ville des Aumônes. Fourvières , avec son dévot pèlerinage, Saint-Jean, si heureux de posséder le cœur de saint Vincent de Paul ; les Chartreux et leur belle église, Saint-Irénée, la Prison de saint Pothin et de sainte Blandine, les ossements des dix-neuf mille martyrs; Ainay, jadis si redouté des poètes et des rhéteurs ; le pieux Cimetière dé Saint- Just; la Charité , avec son peuple de vieillards et ses molles couchettes pour les petits enfants exposés, une foule d'églises brillantes d'œuvres et d'institutions de charité, tout ce spectacle de piété, de foi, de luxe catholique renouvela quelques-unes des impressions éprouvées au delà des monts. Elles nous furent bien douces; car, à partir des frontières de France, les croix^

LYON. — RETOUR A NEYERS. 549

les madones, les oratoires , les signes religieux qui couronnent les montagnes et qui bordent les chemins dltalie avaient disparu. Plus de poésie pour le cœur, plus de charmes divins au pèlerinage : partout la froide image d'un matérialisme monotone.

Le 37, à midi, nous arrivions sains et saufs au point du départ. Ai-je besoin de dire que la vue de Nevers émut délicieusement notre âme et appela sur nos lèvres la prière par laquelle , six mois auparavant , le voyage avait commencé? « 0 Dieu ! protecteur des enfants d'Israël , qui leur avez fait traverser la mer Rouge à pied sec, qui avez indiqué aux Mages, par la lumière d'une étoile, le chemin qui conduisait à vous, daignez nous accorder un voyage heureux, un temps serein, afin que, sous la conduite de vos saints Anges, nous arrivions au lieu où nous allons, nous revenions sains et saufs à celui d'oiitious partons, et qu'ensuite nous parvenions heureusement au port du salut éternel. Amen. » Puisse-t-il en être ainsi!

TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS LE tOMË ThOlSIËME.

26 Février 1842. Voyage k Mugnàno« Cetneiinoi CatacombeA. Église. Christ de Constantin. iniitrUittente de martyro. Grotte de Saint- Félix. Fourches Gaudlnei. Mttgnano.. 1

27 — Champ de bataille de Cannes. Marche d'Annibah Noie. Saint Paulin. Auguate. Lea clochas. Ketour à Na* pies, .i I i » . 1 4 1 . 1 . . 1 4 . 9

28 — Préambule. Anecdote sur aaint Alpbbnae de Ligtiorit Nocera. Frère Philippe» Chambre de saint Alphonse de Liguori. Détails sttrsa mort. Son portrait. La Gava. La bibliothèque. Hetourà Naples. Prédicateurs dans les rues. 1 7

1**^ Mars, Ischia. Procida. Vêpres Siciliennes. Grotte d'A'zur. Capri. Souvenirs de TibèrBi Monte Solaroi Sotite^ nirs des Français. Salerne. Tombeau de saint Matthieu $ de saint Grégoire VU. Amalfl. Cathédrale. Souvenirs historiques. Atrani. Portes de San-Salvatcnv. Sorento. Le Tasse. Quisisana. Castellamare. Vierge de Poneano. Barque marchande. Pieux usage* 4 ... ». ..... ^ ..... . 28

2 — Départ de Naples. Observations sur le peuple napolitain. Capoue. Anecdote» Calvi. Ponte4torto , 38

3 — San-Germano. Ruines. Mont-Cassin. figlise. Bibliothèque. Souvenir. Anecdote. Hôtel dell' Amalfl. . 1 . . . . 43

4 — Arce. Arpino. Souvenir de Cicéron et de Marins. Aquino. Souvenir» de saint Thomas > RocCa-S^ca et le P. San Germano. Ceprano. Frosinone. Ferentino. Souvenirs profanes. Prison de saint Ambroise. Àm^elus

du soir. L*àuberge de la Fontaine » 56

5 ■— Anagni. Villa de Cicéron. Cathédrale. Crypte. Tombeau de saint Magnus et de sainte Olive. Archives Capltulaires. Manuscrits. Charte de Boniface VIII; Souvenirs. Valmontone. Champ de bataille du consul Fabius Ambustus. Lac Régille. Retour à Rome 62

552 TABLE DES MATIÈBES.

Pages.

6 Mars, Cérémonie de la Rose d'or. Charité romaine dans Tordre moral. Catéchisme. Archiconfrérie de Sainte- Uarie del Pkmto. Fête impériale. Retraite de première Communion. Sainte-Lucie in Trastevere. Saint-Vit sur FEsquilin 66

7 — Visite à Owerberck ; détails sur cet artiste. Ce que fait Rome pour préparer aux Pâques. Prédication. Stations. Catéchismes. Retraites. Pompes religieuses. Remarques d'un protestant 73

8 — Ce que Rome fait tous les dimanches pour entretenir la vie m<»ale. Instructions paroissiales et particulières. Mission urbaine. Exercices de Saint-Vit et de Sainteliane itt Capella. Interprétation de TÉcriture. Chemin de la Croix au Colisée. Salut du Saint-Sacrement. Tous les jours de la semaine instructions et pratiques en rhouneur de Notre-Sdgneur et de la sainte Vierge. Enterrement. 86

9 — Sainte Françoise, Romaine. Oratoires nocturnes. Le GaraTita. Écoles du soir 93

10 ~ Exposition et adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. Culte perpétuel de Marie. loo

11 — NeuTaine à SaintJoseph. Préparation aux fêtes. Ce que Rome &it chaque jour de la semaine pour entretenir la yie morale. Prédication aux juifs 107

12 — Messe à Saint-Nicolas in Cancre. Association de Saint-Louis de Gonzague. GËuvredelte PencoknUi, Réflexions. Statistique morale 113

13 — Messe à Saint-Stanislas-Kotska. Charité romaine pour rendre la vie morale. Prisonniers. Visite au Château Saint-Ange, au Capitole, aux Thermes de Dioclétien. * Archiconfrérie de Saint-Jérôme. Prison de la Via Giulia . 120

14 — Saint-Pierre in Montorio. Visite au Pénitencier des jeunes détenus. Association de la Pitié des Prisonniers. Saint Michel. Autres œuvres en faveur des détenus. Les Irlandais à Sainte-Agathe aUa Subura 127

15 —Visite à FÉglise de Saint-Augustin. Bibliothèque Angélica. Refuges de la Croix de Lorette, de Sainte-Ma-

TABLE DES MATIÈRES.' Tk^S

Pages,

ri^iii Trastevire» de la Divin&-Glémence. Réflexions 134

1 6 Màrsi Un*e féie au Palais Massimi . L'Apollinaire . L'Univ'eirsilé. te Collège romain. Les Bibliothèques HO

17 -^n^es villas. Villa Albani. Institut de M. Campa. Villa Lùdovisi. Borghèse. Pamphili 149

18 — Pyramide de Cestius. Explication archéologique de ce ifionuipent. Dictionnaire des Sigles. Combien il est utile

MJBL voyageur en Italie 156

ta— Porter Trigemina. Chapelle de TAdieu. Saint-Paul hors des murs. Saints Vincent et Anastase. Saint-Paul

». . ^'^jp^ Fontaines 165

j3o — Dimanche des Rameaux; Anecdote. Arc de Drusus.

-' Voîei^ iUunaines. Voie Appienne. Basilique de Saint-Sé-

• bastien. Souvenirs. Inscription. Villa deMaxence. Temple

et Cirque de Romulus. Tombeau de Cœcilia Metella.

Église du Domitie, quo vadis? Paroles de saint Ambroise

et de Suarez. . .• 1 77

21— Frascati. Villas. Le cardinal Micara. Tusculum. Grotta Ferrata , 194

22 — Palestrine. Souvenirs de Pie VI. Subiaco. Tivoli. Cathédrale* Souvenirs de sainte Sympborose. Temple de Vesta, de la Sibylle. Villa de Mécène. Les Cascatelles.

' Villa de* Varrus ou M^^ona del QuinHqliolo , Grotte des Sirènes. Villa d'Esté. Villa d'Adrien. Tombeau de la famille Plautia. La Solfatare. Ponte Mammolo. Rentrée à Ropie..»^ 201

23 — Eglise de la Madeleine. Saint-Camille de Lelis. Ténèbres à la Chapelle Six tme. Difficulté, d'y assister. Idée générale de rpffice. Peintures de la chapelle. Chant des Psaumes^ des Lamentations. Miserere de Baini , de Bai , d'Allegri , Jugement de Ms*^ Weisman 214

24 — Messe à la Chapelle Sixtine. Offertoire de Palestrina. Procession, à la Chapelle Pauline. Lavement des pieds . Table de la Gène. Fonctions du grand Pénitencier. Ténè-

*bres. Layeipent de l'autel à Saint-Pierre. Reposoirs, Sofmôn de la passion à Saint- André délia Valle 225

25 — Vendredi ?aint. Coup d'çeil sur Boine. Vénéra-

ï, ni. 32

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