‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 105 sur 155 · LE PAUVRE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE PARALYTIQUE

Grégoire le Grand prêcha plusieurs de ses belles homélies. Voilà le jubé, Vambon sur lequel il est monté; mais regardez au bas de l'église, à droite en entrant, et lisez rinscription gravée sur la table de marbre incrustée dans le mur. Elle raconte en abrégé la touchante histoire que je vais redire.

Au sixième siècle vivait, à Rome, un saint mendiant nommé Servule. Paralysé dès son enfance, il ne pouvait ni rester assis, ni se tenir debout, ni porter la main à sa bouche, ni se tourner sur son pauvre grabat. Deux anges de charité veillaient sur lui : c'étaient son frère et sa mère. Chaque matin ils le portaient sous le parvis de l'église de Saint-Clément. Ses infirmités lui attiraient de nombreuses aumônes; mais le vertueux paralytique, content du strict nécessaire, donnait à d'autres pauvres ce qui excédait ses besoins du jour.

Modèle angélique de patience et de douceur, il était chéri et admiré des fidèles, qui s'arrêtaient volontiers pour causer avec lui. « Au nom de Jésus-Christ, leur disait-il, faites raumône à mon âme ! » Et par charité on lui lisait quelques chapitres des livres saints. Il écoutait avec tant d'attention qu'il parvint à apprendre par cœur toute l'Écriture. Une fois en possession de ce riche trésor, il passait son temps à chanter les louanges de Dieu. Loin de le distraire, ses souffrances ne faisaient qu'augmenter sa ferveur et rendre plus pénétrants et plus suaves les accents de sa voix.

Un jour qu'il était, suivant sa coutume, couché dans son lit, sous le portique de Saint-Clément, il eut connaissance de sa fin prochaine : « Mes frères, dit-il aux pauvres et aux pèlerins qu'il était dans l'usage d'assister, priez et chantez avec moi. » Et il joignit sa voix mourante à leur pieux concert. « Faites sikTia^ •. \i^\>\fôûèvKL- T. /. «a

VOUS pas cette douce mélodie qui résonne dans les cienx ? » A ces mots, il expira ; son âme bienheurease venait de commencer avec les anges le cantique étemel *.

Au sortir de Saint-Clément, une pluie vraimait romaine vint nous assaillir et rendre impossible, pour le reste de la journée, les courses de longue haleine. Je pris donc, suivant ma coutume, le chemin des bibliothèques. Je Tai déjà dit : pour connaître Rome, il faut l'étudier tout à la fois dans les monuments et dans les livres. De toutes les villes du monde, Rome est peut-être la plus riche en bibliothèques, et ces bibliothèques elles^nêmes renferment des manuscrits et des ouvrages qu'on chercherait vainement ailleurs. Qui ne connaît toutes les richesses que le savant cardinal Mai a récemment tirées de la Vaticane ? La bibliothèque Passionei, celles de la Minerve et de la Propagande étaient mes galeries ordinaires : cette fois je les trouvai fermées; il y avait repos pour les bibliothécaires, à cause de la fête de saint Thomas. Ne pouvant trouver la science dans ces palais, je la cherchai dans les échoppes et dans les magasins en plein vent oii elle étale ses grâces, ses rides, ses haillons et quelquefois ses richesses : nous nous mîmes à bouquiner.

Que les voyageurs se le tiennent pour dit, rarement ils feront fortune à ce métier. Les grands ouvrages sur l'antiquité, dont Rome était si riche, sont devenus la proie des Anglais et des Prussiens. On ne les trouve que par hasard, et toujours au poids de l'or. Les ventes publiques offrent seules quelques chances de bonnes affaires; ordinairement, elles ont lieu plusieurs fois la semaine,

* Saint Grégoire le Grand a fait Téloge de ce bienheureux paralytique. Homcl.ii\> inEi)an^,^QXl>\a\^^,^V&iAV^<i.xiv.

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