‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 107 sur 155 · MENDIANTS · texte numérisé non relu

MENDIANTS

rendre hommage à vos vertus, il débute en vous appelant âme bénie, anima benedetta; d'autre fois il va chercher la fibre si délicate de Tamour-propre, et vous prodigue les titres i'excellence, de seigneur illustrissime, rêvérendissime.

A-t-il déjà éprouvé vos bienfedts? Sa demande se formule en bénédictions. Vous l'entendez vous dire : (c Béni soit le noble seigneur qui tous les jours marche d'un pas plus léger dans les rues célèbres de notre ville. Mes dévotes prières ont donc été utiles à ce seigneur incomparable. Comme il passait là devant moi, la première fois, faible et languissant!.. Ne serais-je pas un réprouvé, si la joie que je lui témoigne de sa santé n'avait pour but que d'en obtenir un présent? Non, digne homme, homme vertueux, passez ferme devant moi, ne regardez pas le plus pauvre de vos serviteurs, qui, cependant, priera toujours pour vous; quoique je mendie, je ne connnais pas l'intérêt... )i>

Après vous avoir attaqué par les sentiments humains, il vous prend par votre cœur de chrétien : « Ame bénie, vous dit-il, feites-vous réciter une prière , faites-vous entendre une messe. » Et pour cela que vous demandet*il? La langue italienne lui vient en aide et fournit à sa modestie les plus charmants diminutifs. Ou bien il n'ose pas nommer la faveur qu'il implore , et il vous dit .: « Ame bénie, une petite monnaie, unapiccola mx>neta ! » ou, s'il ose exprimer sa pensée, il vous demandera, non pas un petit sou, comme nos intéressants ramoneurs, mais la moitié seulement d'un petit sou : Anima benedetta, un mezzo bhiocco ! puis, avec un admirable talent oratoire, il oppose à l'exiguïté de sa demande la puissance des motifs. Réunissant en quelques mots tout ce que la rdigioa présente de plus propre k toi\VNO\^\^^»'^>''^

VOUS dit : Per Vamor àx DiOy di Maria santissima, di Gesù sacramentato, délie anime del purgatorio! Yoos êtes déjà fortement ébranlé; et, malgré la résolation stoïque de passer sans bourse délier, vous portez involontairement la main à votre poche. Mais ce qui vous donne le coup de grâce, c*est la poétique pantomime dont il accompagne sa prière.

Le jeu vibrant de sa voix flàtée, l'attitude suppliante de son corps, le balancement réitéré de son grand diapeau ; ses yeux doux, fixés dans les vôtres, sa tête gracieusement penchée sur Tépaule, Tair moitié timide, moitié rassuré de son visage, tout ceh vous foscine et vous subjugue. Vous souriez, la baioque, le paul sont tombés dans sa main ; et lui-même vous paye d'un sourire et d'un regard que vous n'oubliez jamais. M'est-il permis de le dire î Souvent nous nous laissions importuner pour assister à la répétition complète de c^ scène.

Tel est le mendiant romain. Comme ceux de tous les ays, et peut-être avec plus de vérité, il aime, il préconise celui qui donne, et déteste celui qui ne donne pas. On nous citait la manifestation de ce double sentiment dans deux occasions récentes. A la mort de la jeune princesse Borghèse, les pauvres de Rome fondirent en larmes. Le peuple détela les chevaux et conduisit luimême le char funèbre à Sainte-Marie Majeure : le deuil fut vrai, universel. Il en fut autrement aux funérailles du prince de P... qui passait pour avare. Les pauvres firent éclater leur mépris et leur ressentiment : ils huèrent, ils sifflèrent le convoi. Tant il eSt vrai que le peuple conserve toujours un sentiment profond des devoirs du riche. Par instinct il sait le mot apostolique : Que l'abondance des uns supplée ^l'\uà\^eutfc^«;^fjw&«e».

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