AVIS DES ÉDITEURS
Dans le Parfum de Rome, tome II, p. 269, M. Louis Veuillot dit de Touvrage que nous rééditons aujourd'hui ; « L'ouvrage de Mgr Gaume, fruit d'un voyage intelligent et d'une vaste lecture, est le plus complet. C'est un vrai Guide religieux dans Rome et dans V Italie! »
Nous ajouterons seulement que, dans cette nouvelle édition, des notes assez nombreuses signalent les principales choses dignes de Tattention du voyageur sérieux et postérieures au premier voyage de l'auteur, en 1841 et 1842. De cette manière, sans qu'il soit rien changé au texte primitif, les Trois Rome conservent le cachet d'actualité qui convient à un Guide en Italie.
De tous les voyages, le plus intéressant au point de vue de la religion, de la science et de l'art, c'est sans contredit le voyage de Rome, Par un privilège exclusif, la Ville éternelle, mystérieuse soudure des deux mondes, résume dans ses monuments toute l'histoire du genre humain, sous la double influence du paganisme et du christianisme. De même que dans le firmament, tous les astres gravitent vers le soleil; de même que sur la terre tous les fleuves tendent à rOcéan : ainsi, dans l'ordre divin et dans l'ordre humain, tous les événements du monde ancien et du monde moderne aboutissent à Rome.
Pour la future reine du paganisme, on vit naître et mourir, pendant neuf siècles, les petites républiques de l'Occident et les grandes monarchies de l'Orient qui, après avoir absorbé 'toutes les autres, devaient être à leur tour absorbées par l'empire dont Rome était la capitale. S'il est quelque chose d'instructif, c'est d'assister à cette longue formation de la Cité providentielle ; et s'il est quelque chose de sai-
b AVANT-PROPOS.
sissant, c'est de voir les monuments de sa puissance; les lieux où naquirent les généraux, les orateurs, les hommes célèbres, soutiens et formateurs de son empire ; les champs de bataille où, par des victoires plus ou moins éclatantes contre ses voisins, la fille de Romulus préludait à la conquête du monde.
De là, l'impression profonde, indéfinissable, que produit la vue de Rome païenne ; impression que ne produira jamais la vue de Londres, de Paris ou de Pélersbourg. Partout ailleurs, une ruine est une ruine, monument d'un fait particulier ou national; à Rome, toute ruine est un monument de premier ordre, témoin vingt fois séculaire de quelqu'un de ces faits culminants dont se compose la trame générale de l'histoire.
Conduite par la main de la Providence, Rome, après sept cents ans de progrès, arrive à l'apogée de la puissance matérielle. Elle peut dire : le monde, c'est moi. Cependant ses destinées ne sont pas accomplies. Pour elle une gloire plus grande se prépare, un empire plus étendu lui est réservé : toujours elle sera reine, seulement elle va changer de sceptre. A l'Aigle sera substituée la Croix; la houlette pastorale remplacera les faisceaux consulaires, et la hache du licteur deviendra le glaive de la parole.
Dans l'annonce de cette royauté nouvelle, dont elle ne comprend ni la sublimité ni la puissance ,^ Rome ne voit que la demande insolente d'une abdi-
cation. Elle frémit, elle s'arme, la lutte s'engage : lutte gigantesque, qui fait couler des fleuves de sang et qui dure trois siècles. Le champ de bataille est partout : au Vatican, au Colisée, au Cirque, au Forum. Pas un édifice, pas un site, pas une pierre qui ne redise quelque épisode du combat. Enfin, la victoire se décide : Jupiter descend du Capilole; César se retire à Byzance; la cité de Néron devient la cité de Pierre ; et Rome, renversée du trône de la force, monte sur le trône de l'amour, pour continuer d'être, après comme avant le combat, la tête du monde, le cœur d'où partira la vie, l'astre brillant autour duquel gravitera l'univers.
En présence des lieux et des monuments qui attestent ce fait, dénoûment miraculeux d'un drame do quatre mille ans, c'est-à-dire, la substitution de Rome à Rome dans l'empire éternel du monde, le voyageur reste frappé de stupeur. L'àme s'agrandit, la science s'oriente et se complète, la foi devient inébranlable. On adore, on prie; car partout on voit de ses yeux le mystère de la Providence dans le gouvernement des siècles, et on touche de ses mains le plus grand des miracles, dont les preuves sont, à Rome, aussi nombreuses, aussi palpables que le sont les monuments et les ruines.
Métropole de la religion, Rome est aussi la patrie de la science. Les capitales de l'Europe étaient encore à naitre, que la ville des Pontifes régnait déjà
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par l'intelligence et la civilisation. Antiocbe, Athènes, Alexandrie, les grandes cités de TOrient tombaient dans la barbarie; Constantinople elle-même ne jetait qu une lueur douteuse, tandis que, d'une main ferme, Rome tenait élevé aij^dessus du monde le brillant flambeau de la science , allumé à l'autel de la foi^ Ses bibliothèques étaient les archives, et ses docteurs les oracles du monde civilisé ; ses Pontifes, les rois de la sagesse et de l'éloquence ; ses lois, le fondemeiit de la législation ; et sa hiérarchie, le modèle de l'organisation sociale de l'Occident.
Au moyen âge, elle sème les universités en Espagne, en France, en Angleterre, en Allemagne, comme Dieu lui-même sème les astres dans le ciel. Soa esprit anin^ ces grands corps, prévient leurs déviations» et, par sa puissante influence, les fait tous concourir à l'harmonie universelle et au progrès, normal des lumières.
A cette mission scientifique qu^elle continue d'accomplir glorieusement, Rome en ajoute une autre : l'art devient son enfant et son pupille. Soit qu'il écrive ses pages pleines de grâce et de naïveté dans les églises de TOmbrie, soit qu'il reproduise dans les mosaïques de Ravenne et des basiliques byzantines la puissante poésie du symbolisme chrétien, partout elle l'encourage. Si elle n'arrête pas la grande révolution du quinzièmesiècle, plusieurs fois, du moins, elle tente de la diriger de manière à sauver l'art de ses
propres excès. Que Rome ait en partie réussi, la preuve en est dans les chefs-d'œuvre incomparables qui font sa gloire.
Tel est, ce nous semble, le triple point de vue sous lequel la Ville éternelle doit être envisagée; telle est la pensée vraiment sérieuse qui doit présider au voyage d'Italie. Ainsi l'avaient entendu, dès l'origine, les peuples chrétiens de l'Orient et de l'Occident. Pendant une longue suite de siècles^ le voyage de Rome fut un pèlerinage. Convaincus de sa haute et salutaire influence sur l'esprit catholique, les souverains Pontifes l'encouragèrent de tous leurs efforts ; et le vœu de l'accomplir, qu'il fut émis par un monarque ou par un simple fidèle, est un de ceux dont ils se réservèrent et dont ils se réservent encore exclusivement la dispense.
Les temps sont bien changés ! Depuis l'invasion du Paganisme au sein de la vieille Europe, le voyage de Rome n'est plus, pour le grand nombre^ qu'une promenade mondaine, souvent inutile, quelquefois même dangereuse. Exclusivement préoccupés des souvenirs païens de leur éducation, dirigés par des Guides destinés à des voyageurs de toutes les sectes, et dont le moindre défaut est de laisser dans l'ombre le point de vue religieux^ ils n'ont aperçu que la face artistique ou païenne des monuments et le côté purement humain des institutions romaines. Il en résulte que l'Halte chrélienne é$l encore un pays à
découvrir; et qu*à la honte des temps modernes, le catholique fait trop souvent le voyage de la Ville sainte avec moins de religion que le mahométan n'accomplit le pèlerinage de la Mecque.
Si, en thèse générale, c'est un devoir sacré de rendre à ce voyage décisif le caractère religieux qu'il n'aurait jamais dû perdre, les circonstances actuelles rendent ce devoir plus impérieux encore et plus pressant. D'une part, les tendances des gouvernements vont à relâcher, à rompre, si on l'osait, les liens salutaires qui rattachent à leur mère les églises nationales, pour en faire les servantes dégradées du pouvoir temporel; d'autre part, l'esprit antichrétien qui souffle aujourd'hui inspire chaque matin dans les journaux, dans les romans, dans les voyages, une foule de récits mensongers et perfides dont le but est d'appeler sur Rome, ses actes, ses lois, ses mœurs et sa puissance, l'odieux, le ridicule et le mépris.
Pourtant, il ne faut pas l'oublier : plus que jamais Rome doit être environnée de respect et d'amour; car plus que jamais Rome est notre unique appui, l'appui de la foi, de la liberté, de la civilisation véritable de l'Europe et du monde. Faut-il ajouter que les chemins de fer, les bateaux à vapeur, le besoin de mouvement qui caractérise notre époque, rendent chaque jour le voyage de Rome plus facile et plus fréquent? Toutes ces causes réunies montrent assez de quelle importance il est, pour la Religion et pour la
société, de substituer à de funestes préventions des connaissances solides; à des appréciations frivoles et mesquines, des aperçus plus élevés et des jugements plus sérieux.
Il est facile de comprendre qu'un ouvrage, un Cwtde vraiment religieux et scientifique, serait un des meilleurs moyens d'atteindre ce but. Telle était la pensée du grand pape dont l'Église pleure la perte récente. De ses vœux plusieurs fois exprimés, Grégoire XVI appelait hautement une publication de ce genre. L'auteur des Trois Rome a-t-il rempli cette sainte et noble tâche? Ses prétentions ne vont pas jusque-là : il a fait un livre, afin de donner l'idée d'en faire un meilleur. Voici, du reste, le plan qu'il a suivi.
Après avoir parcouru la partie occidentale et méridionale de l'Italie, il vient à Rome; là s'exécute un triple voyage. Rome païenne est d'abord étudiée dans ses monuments, dans ses usages, dans ses mœurs, dans ses arts, dans ses fêtes, dans sa religion et dans ses lois : la cité de Romulus et de Néron reparaît vivante et animée. Afin de rendre cette étude plus intéressante et plus facile, nous donnons un dictionnaire explicatif des principaux sigles employés dans les inscriptions, et les monuments parlent une langue intelligible à tous. Les personnes instruites qui ont visité l'Italie sentiront l'utilité d'un pareil travail, qu'on ne trouve dans aucun Guide.
H ÂVANT-PROPOS.
RoEne chrétienne est l'objet d'un second voyage. Après qu'ils ont raconté les faits de l'histoire profane dont ils furent témoins, les monuments, les cirques, les forum, les amphithéâtres, les sept collines sont interrogés de nouveau* Janus à double visage et à double voix, ils redisent alors les faits chrétiens qui se rattachent à leur existence. Ainsi, les deux Rome s'éclairant de mutuelles lumières, aucune partie du tableau ne reste dans l'ombre, et la Ville éternelle, fille aînée de la Providence, resplendit partout sous sa double couronne de reine de la force et de reine de l'amour^ Les églises et les basiliques, avec leurs vénérables traditions avec leurs richesses artistiques $i variées, et si nombreuses, avec leurs trésors de reliques et leur peuple de martyrs qui font de chaque sanctuaire de Rome un ciel sur la terre ; toutes ces choses si ravissantes de piété et de poésie, et néanmoins si parfaitement inconnues de la plupart des voyageurs^ sont visitées et expliquées au point de vue de la science, de l'art et de la foi. Il en est de même des. musées et des galeries, ainsi que des usages de la Cour romaine et des grandes cérémonies de la semaine sainte.
Mais la véritable gloire de Rome chrétienne n'est pas celle qui brille aux yeux du spectateur mondain. Il faut la chercher dans les œuvres de cette église, mère, maîtresse et modèle de toutes les autres. Nulle part un système de charité plus maternel, plus cona-
plet, plus ancien ; nulle part des œuvres de piété qui réfléchissent mieux Tesprit essentiel du catholicisme. Mais Rome, cont^te d'opérer le bien, n*a pas de journaux chargés de le publier, et le tableau religieux de ses institutions est encore à faire dans les Guides d* Italie : les Trois Rome en esquissent les principaux traits.
Jusqu'ici le voyageur n'a point franchi les limites de la Cité. Cependant hors de Rome, et surtout dans les entrailles de la terre, se trouvent d'autres merveilles qu'il n'est pas permis d'oublier. Les lieux célèbres de l'antique Latium, les villas, les voies romaines, plusieurs basiliques, et surtout les immortelles Catacombes deviennent l'objet d'un dernier voyage. Descendu dans la Rome souterraine^ nous étudions l'origine, la destination, les tombes, les chapelles, les rues, les places, les habitants de cette grande Cité des martyrs. A la différence des écrivains français qui n'en parlent pas ou qui n'en parlent qu'en archéologues, nous avons pour but de la faire connaître sous le triple rapport de l'histoire, de l'art et de la religion. Plus encore que les autres, cette partie du voyage, qui forme un volume entier, offre tout l'intérêt de la nouveauté.
Voilà pour Rome.
Après la Ville éternelle, Naples, la Campanie, rOmbrie, les Marches, la Lombardie et le Piémont $ont tour à tour visités. Or, bien que dans un degré
inférieur, l'Italie participe à la grandeur providentielle de la reine du monde. Elle fut, dès l'origine, le plus brillant satellite de l'astre immense qui entraîne tous les autres dans son orbite. Il en résulte que ses monuments, ses hommes célèbres, ses apôtres, ses martyrs, ses champs de bataille, prennent aux yeux du voyageur des proportions plus imposantes que les monuments et les hommes des autres nations. C'est sous ce point de vue qu'elle est envisagée, en sorte que la marche suivie dans l'étude de Rome demeure partout la même. Les origines païennes et chrétiennes de chaque cité, ses grands hommes, ses martyrs, ses œuvres d'art, et surtout les institutions de charité, si touchantes et si variées en Italie, forment le panorama offert au spectateur.
Tel est, dans son esprit et dans son objet, le nouvel ouvrage que nous donnons au public. Sauf erreur, il ressemble pei>à une répétition de ce qui a été ditde nos jours sur l'Italie : c'est le seul jugement qu'il nous soit permis d'en porter.
Quant à la forme, un voyage ne doit être ni un grave recueil de dissertations philosophiques, ni une série plus ou moins monotone de descriptions géographiques ou de méditations pieuses, c'est un récit; et l'auteur raconte, décrit, jour par jour, ce qu'il voit, ce qu'il apprend, ce qu'il éprouve. Il nous semble que cette manière simple et variée, loin de fatiguer l'attention, l'excite et la soutient d'autant mieux que
les deux plans de Rome rendent les faits palpables, en mettant sous les yeux du lecteur les lieux et les monuments principaux dont il entend parler.
Terminons par la prière de saint Augustin, que nous avons mille fois plus de motifs de répéter que le saint docteur : « Si, en lisant, vous remarquez des incorrections et des fautes, même nombreuses, faites grâce à la parole en faveur du sujet : Si qùid incondite alqv^ inculte dictum legeriSy velsitotumitaesse perspexeris^ doctrinœ da operairiy linguœ veniam. » (Epist. 205, ad Consent.)
LES
S Noirembre 1841
Départ de Nevers, — Itinéraire. — Villars. — Saint-Parize. — Saint-Pierre-le-Moûtier .
Vers deux heures après midi, la grande messagerie de Paris à Lyon s'arrêtait à Nevers. Elle y recrutait trois voyageurs partant pour l'Italie; c'étaient MM. H. de Ch... F. de Ch..., et moi. Mes jeunes compagnons de pèlerinage s'élancent gaiement dans la voiture, oii je prends place à mon tour; et le fouet retentissant du postillon faisant dresser la tête à nos cinq coursiers, la lourde voiture s'ébranle. De la portière, nous envoyons un dernier salut à nos amis, en leur promettant d'être à Rome dans un mois. Nos montres marquaient trois heures moins vingt minutes : je tiens à noter cette date précise; plus tard on saura pourquoi.
Si jamais il vous est arrivé d'entreprendre un voyage lointain, vous conviendrez que le moment du départ a quelque chose de solennel et de saisissant. D'où cela vient-il? Je crois le savoir; mais l'expliquer serait trop long. Je dirai seulement qu'au premier mouvement de cette diligence qui allait nous déposer successivement dans vingt autres, dont la dernière ne devait s'arrêter qu'à l'extrémité orientale de l'Italie; à la vue de ces maisons, de ces rues, de ces places qui fiiyaient et que
l^ LES TROIS ROME.
ttiMfe!!^ ijt^ vil^Ywns peut-être plus revoir; au souvenir de tm^ ^ ()i^)f$aane$ chéries qui nous accompagnaient de ti^Hitrî;^ biquiéludes et de leurs vœux, nos cœurs étaient hiix ^'^r^ sans émotion.
ie Jour même oii nous partions, jour des tristes |H^usées> les feuilles sèches que le vent roulait sur le dieiuin > la vague appréhension des dangers que peut courir le voyageur : toutes ces choses nous jetèrent dans une espèce de mélancolie qui se traduisit par un long silence. Pour nous en tirer, il ne fallut rien moins que la pensée bien réfléchie des utiles jouissances que nous nous promettions dans le voyage, jointe à Tespoir d'un heureux retour. Rome et l'Italie se représentèrent à nos yeux avec toute la magie de leur nom et la puissance de leurs souvenirs.
Rome ! l'Italie ! que de choses, en effet, dans ces deux mots I Pour le simple voyageur, l'Italie, c'est le pays du beau ciel et des riants paysages; pour le philosophe et le littérateur, c'est le théâtre des plus grands événements consignés dans l'histoire du monde antique. Là ont vécu, parlé, écrit, joué leur rôle et laissé les traces de leur passage la plupart des hommes fameux au milieu desquels s'écoula notre longue enfance. Pour l'artiste, l'Italie, c'est la patrie des arts, et Rome une vaste galerie; pour l'archéologue, c'est un musée oii se conserve écrite en pierre, en marbre et en bronze, toute l'histoire sacrée et profane. Pour le chrétien, pour le prêtre surtout, l'Italie est l'heureux rivage auquel le vaisseau de l'Église a fixé son ancre immortelle, et Rome, le centre de la foi dont il a le bonheur d'être l'enfant ou le ministre.
Parmi tant de titres, un seul suffisait pour faire d'un voyage en Italie notre rêve favori. Ce rêve commençait
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à devenir une réalité ; pourtant nous interrogions nos pensées avec l'inquiétude de Thomme qui s'éveille, et nous nous demandâmes : « Est-il bien vrai que nous allons à Rome... î » Oui, Rome, mère et maîtresse de toutes les églises, cité providentielle, tour à tour l'objet de la terreur et de Tamour de l'univers ; mystérieuse soudure des deux mondes, reine éternelle des nations, devenue la paisible demeure du père commun de la grande famille catholique, après avoir été la bruyante capitale des tyrans du genre humain, nous te verrons bientôt, non-seulement avec l'œil de la science profane, mais encore avec l'œil de la foi. Sol sacré que tant de saints et de martyrs, à la suite de Pierre et de Paul, ont foulé de leurs pieds, arrosé de leurs sueurs et détrempé de leur sang, bientôt tu recevras l'empreinte de nos pas. Encore un peu, et nous contemplerons les traits augustes de celui que tant d'autres moins heureux désirent de voir et qu'ils ne verront jamais. Il nous sera donné de ranimer notre foi au tombeau des apôtres, aux catacombes de nos pères; puis, nous reviendrons au milieu de nos amis vivre de nos souvenirs.
Cet espoir du retour, le plus doux au cœur du voyageur, nous voulûmes sur-le-champ l'affermir. A peine avions-nous traversé le grand pont qui mettait la Loire entre la ville et nous, que j'eus recours à une recette dont l'emploi, également agréable et facile, procure infailliblement la confiance. Il faut savoir que, dans sa maternelle sollicitude, l'Église a composé un Itinéraire à l'usage des voyageurs : mimitable prière, où tous les besoins des pèlerins sont prévus. L'Église en fait le détail à son divin époux, et le supplie de veiller pendant la route sur l'enfont de leur commune tendresse. Elle lui rappelle que lui Aussi M pèlerin dans la vallée des
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larmes, mais qu'il eut un précurseur pour lut aplanir le chemin; elle lai redit ses antiques bontés pour les voyageurs^ et le miraculeux passage d'isràèl au tra-vers de la mer Rouge, et la délmanee d'Abraham de la terre de Chaldée, et surtout le voyage du jeune Tobie sous la conduite de Varchange Raphaël.
Au souvenir de tant de merveilles de puissance et d'amour, le cœur s'ouvre à la plus entière confiance et l'on se prend à dire : Dans le fait, qu'ai-je à craindre î Celui à qui toute la terre appartient, à qui tous les éléments obéissent, veille sur moi comme sur la prunelle de ses yeux. Avec moi voyagent et mon ange tutélaireet ceux de mes compagnons; puis sur toute la route sont échelonnés les esprits protecteurs des lieux où je vais passer. Ils ont ordre de mon Père céleste de prendre soin de moi; et, j'en suis certain, ils accompliront leur devoir avec plus d'exactitude et de bonne grâce que les autorités civiles et militaires, invitées par mon passeport à me prêter aide et inrotection. Bénie soyezvous, religion sainte, qui associez à nos intérêts le ciel et la terre ; où qu'il soit, votre enfant n'est jamais seul.
Au milieu de ces pensées, je m'apercevais à peine que nous nous éloignions rapidement. Déjà nous avions dépassé la CAaMwie fameuse, où l'impie Foucher, parodiant nos augustes mystères, bénissait en un jour, au nom de la nature, trois cents couples républicains. La montagne des Briguons, avec sa forêt mal famée ; Magny, avec ses souvenirs de Charles le Chauve et du saint prêtre Vincent, avaient disparu. Sur la droite, nous apercevions, à travers un rideau de peupliers, l'ancien château de Vil-lars, dont les larges fossés servir^t de tombeau à plus d'un chevalier au gantelet de fer. A gauche, nous lais-