ITINÉRAIRE
sioDS Sa^-'Pame et sa crypte romane, éternelle torture des archéologues. II était nuit close lorsque nous arrivâmes à Saint-Pierre-le-Moûtier.
Gomme deux météores brillants, deux grandes figures semblent planer au-dessus de cette petite ville qui ne fut pas sans renom dans Fhistoire. La première est celle du vénérable enfant de saint Benoît qui, au moyen âge, vint planter son bâton de pèlerin dans ce lieu solitaire. Autour du monastère la ville s'est formée : ici comme partout la religion précéda la civilisation. La seconde figure qui, rapprochée de la première, formait un groupe digne d'un habile pinceau, est celle de la miraculeuse Pucelle d'Orléans : Saint-Pierre-le-Moûtier lut le théâtre de sa brillante valeur.
En franchissant l'espace occupé jadis par les fossés, on croit entendre la voix douce et sonore de la jeune héroïne criant à ses gens : « Aux fagots et aux claies tout le monde, afin de faire le pont ! » « lequel incontinent après fut fait et dressé, continue le chevalier d'Aulon, tesmoin oculaire, de laquelle chose iceluy desposant feust tout esmerveillé ; car incontinent ladicte ville fut prise d'assault sans y trouver pour lors tropgrant résistance; et dict, il qui parle, que tous les faicts de ladicte Pucelle lui sembloient plus faicts divins et miraculeux que aultrement, et qu'il estoit impossible à une si jeune pucelle faire telles œuvres sans le vouloir et conduicte par notre Seigneur *. »
La prise de Saint-Pierre-le-Moûtier fut un des derniers exploits de Jeanne d'Arc. L'année suivante, la
* Déposition de Jean d'Aulon, chevalier, conseiller du roi et sén^hal de Beaucaire, faite à Lyon le vingt-huitième jour de mai mille quatre cent cinquante-six.
libératrice de la France expiait sa gloire sur le bûcher allumé par la main des Anglais.
Depuis cinq heures que nous étions en voiture, on avait eu le temps de se mesurer, de s*interroger des yeux et de se reconnaître. On paraissait se convenir; d'ailleurs un calme solennel régnait dans la nature. A peine si le silence de la nuit était troublé par le passage de la lourde diligence, qui imprimait lentement ses profondes ornières dans la route boueuse du Bourbonnais : c'était rheure des contes au coin du feu paidant les veillées d'autonme, et les langues se délièrent.
Suivant sa très-louable habitude, la conversation sauta brusquement de sujets en sujets. Tour à tour sentencieuse, diffuse, grave, joyeuse, elle finit, en tombant sur réducation, par prendre une physionomie moitié enjouée moitié sérieuse, qu'elle garda longtemps. L'éducation maternelle et paternelle, le collège, la pension, les qualités et les défauts, Tinnocence et le bonheur du premier âge, tout fut passé en revue, et assaisonné de réflexions et d'anecdotes. Parmi ces dernières, il en est une que je demande la permission de rapporter.
Dans le fond de la voiture était un chirurgien-major, qui, sous ses cheveux grisonnants, conservait toute la vivacité de la jeunesse, homme du reste de très-bonne compagnie et fort aimable conteur. « Les enfants, dit-il, sont quelquefois d'une naïveté parfaite. Il y a quelques années, une de mes filles nommée Marie, alors âgée de sept ans, se trouvait sérieusement indisposée. Je jugeai qu'elle avait besoin d'un vésicatoire, mais le difficile était de le faire accepter. Après avoir longtemps cherché une ruse de guerre, voilà qu'une idée lumineuse me traverse l'esprit; j'appelle Marie et sa sœurMathilde, son aînée de dix-huit mois, et je leur dis gravement :