HOSPICE DES INNOCENTS
d'accouchement au service des enfanls trouvés, entretient 4,000 de ces petites créatures, et pourvoit aux frais de leur éducation jusqu'à dix ans pour les garçons et dix-huit pour les filles.
La Toscane compte douze grands hospices, placés dans les principales villes et destinés à recueillir les enfants abandonnés. Le tour existe, mais il est défendu d'y déposer l'enfant légitime. Il ne peut être admis à l'hospice que dans le cas d'une extrême urgence : par exemple, si la mère est dans l'impossibilité de le nourrir, ou s'il a perdu son père, unique soutien de la famille. Ces circonstances doivent être accompagnées d'une misère positive, attestée par le curé, le médecin, le juge, dans la province; par le commissaire du quartier, dans la capitale; et par le gonfalonier de la commune, chacun suivant sa compétence. Les petits garçons délaissés sont à la charge de la charité publique jusqu'à quatorze ans, les filles jusqu'à dix-huit. Tous restent sous la tutelle des administrateurs; pour les filles elle ne finit qu'à l'âge de vingt-cinq ans. La famille à qui a été confié un enfant délaissé, qui l'a gardé et soigné, si c'est un garçon jusqu'à quatorze ans, si c'est une fille jusqu'à dix-huit, en l'instruisant dans une profession utile, reçoit une gratification de 70 livres. Les filles dont la conduite est sans reproche touchent une dot à l'époque de leur mariage *.
Nos intéressantes visites nous avaient ramenés auprès de la cathédrale, oii nous considérâmes en passant le Sasso di Dante. C'est un marbre qui indique la place oii le poëte venait s'asseoir pour prendre le frais et s'inspirer à la vue du sublime Duomo. Le premier homme
* Voir M. DE Gérando, Bienf. puhL^ t. II, p. 163-404;
dn peuple vous montre le Sasso di Dante, et vous ^ redit l'origine, tant le Dante est populaire en Italie, mais surtout à Florence ! Voilà une bonne leçon pour nos auteurs classiques. Tandis que les chantres modernes de rOlympe et du Panthéon sont inconnus de la foule dans leur propre pays, le poète catholique, malgré ses défauts, se survit à lui-même depuis quatre cents ans; et les facchini de Florence, et les lazzarcmi de Naples^ et les gondoliers de Venise redisent encore ses chants populaires.
La belle église de Santa Maria Novella, si riche de souvenirs, ne nous retint qu'un instant, pressés que
nous étions de revoir Texcellent chanoine B Il nous
donna, sur le sujet qui nous avait occupés la veille, de nouveaux détails, confirmés par un grand nombre de faits. Son jugement répondit parfaitement à Topinicm que nous nous étions formée à Gênes de Tétat actuel de ritalie. A Florence existe, vive et acharnée, la lutte du bien et du mal. Au-dessous des classes lettrées, que travaille le carbonarisme antichrétien et antisocial, vous avez des populations en qui la sève de la foi coule encore pure de tout mélange ; des désordres de mœurs, comme partout, mais des remords et des conversions : on n'y connaît encore que par exception le respect humain et rimpénitence finale.
Ayant pris un dernier congé de notre vénérable ami, nous entrâmes à la bibliothèque Laurentienne. Elle montre à la curiosité du bibliophile les fameuses Pandectes Pisanes, manuscrit du sixième siècle, d'une conservation parfaite ; un Virgile, manuscrit du quatrième siècle ; enfin un Horace qui appartint à Pétrarque, et sur lequel le célèbre poète a mis un mot de sa main, celui de ses héritiers auquel il lègue cet ou-
TOMBEAUX DE MlCHEL-ÂNGE, DE GALILl^E, ETC. 1S9
vrage. La plupart des manuscrits sont attachés sur leurs pupitres avec des chaînes de fer : antique usage dont on est redevable aux Bénédictins, et qui assura la conservation de plus d'un cheM*œuvre. Une autre chaîne, plus forte que la première, fixait l'ouvrage au pupitre du moine laborieux ; c'était l'excommunication. Oui, dans ces temps anciens qui suivirent l'invasion des Barbares, Y excommunication était lancée contre quiconque aurait déplacé un manuscrit : tant était vive la sollicitude de l'Église pour prévenir la mutilation ou la perte des œuvres de l'antiquité, dont alors il n'existait peut-être qu'une copie. Et l'on dit de nos jours : L'Église est ennemie des lumières I
Traversant une partie de la ville, nous arrivâmes à la belle église de Sainte-Croix. On y trouve d'illustres tombeaux : celui de Michel-Ange, celui de Galilée, un sarcophage élevé au Dante depuis quelques années seulement, enfin le mausolée de Machiavel, avec l'inscription suivante, dans le goût italien :