CAMPAGNE ROMAINE
courriers qui lui apportaient la nouvelle de la défaite d'Asdrubal; Cicéron feiisant arrêter les envoyés des AJlobroges, complices de Catilina; Constantin livrant la sanglante bataille qui le rendit maître absolu de l'empire, et le paganismeoccidental périssant dans le Tibre avec Maxence, comme le paganisme oriental expira un peu plus tard avec Julien l'Apostat dans les plaines de la Perse.
Laissant à droite le Monte Mario, à gauche le Monte PinciOf on passe près de la belle rotonde de Saint-André, monument de la reconnaissance de Jules III; et bientôt on entre dans Rome par la porte du Peuple, autrefois la porte Flaminienne. Pendant que les agents de la douane et de la police accomplissaient leurs devoirs, nous saluâmes la croix qui domine l'obélisque d'Auguste, et avant sept heures nous étions installés à l'hôtel de France, palazzo Conti.
s Décembre.
Idée de notre itinéraire dans Rome. — Visite simultanée de Rome païenne et de Rome chrétienne. — Visite particulière de Roma chrétienne. — Visite des environs de Rome et des Catacombes.
Notre première nuit à Rome nous enrichit d'un rhume assez bien conditionné pour nous condamner aux arrêts pendant quarante-huit heures : mais à quelque chose malheur est bon. Nous profitâmesde cette halte malencontreuse pour arrêter définitivement notre itinéraire dans la Ville éternelle. Voici la direction qui fut adoptée, et que nous avons suivie.
Rome est le rendez-vous des deux mondes : le monde païen et le monde chrétien. Deux cités s'y rencontrent, et sous peine de mal voir ou même de ne rien voir, il
iSO LES TROIS ROME.
faut les étudier l'une et l'autre. Mais ces deux cités sont tellement emmêlées et conmie soudées ensemble,- qu'il est souvent impossible de les séparer et de ne pas les embrasser du même coup d'oeil. Interroger ce Janus à double visage, suivant qu'il viendra s'offrir à nos regards, voilà notre premier soin. La difficulté est de savoir par où commencer : heureusement que la Rome des papes se divise, comme la Rome des Césars, en quatorze régions qui se correspondent dans plusieurs parties. Cette division, si utile pour retrouver les monuments et les sites, sera notre carte routière, et nous attaquerons chaque quartier séparément. Pendant toute la durée de ce premier voyage, nous aurons journellement un pied dans le paganisme et l'autre dans le Christianisme.
Mais enfin un dégagement s'opère : aux monuments et aux ruines succèdent les œuvres; ici Rome se montre exclusivement chrétienne. Ainsi, les institutions romaines de charité et de piété, si admirables et si peu connues, nous feront commencer une nouvelle investigation, non plus en artistes ou en archéologues, mais en économistes et en chrétiens. Telle sera notre seconde étude.
Jusqu'ici nous ne franchissons pas l'enceinte de la cité. Cependant, hors de Rome, et surtout dans les entrailles de Rome, se trouvent d'autres merveilles qu'il n'est pas permis d'oublier. Les villas, les voies romaines, plusieurs basiliques, et enfin les immortelles Catacombes appelleront successivement notre pieuse et bien légitime curiosité. Tel fut le plan général de nos courses joumahères. Mais je compris que, si éclairés que fussent lès guides dont nous devions suivre les traces et entendre les explications, il était indispensable de vérifier^t de lonner leurs paroles. Dans mon esprit, mes journées