LES GUIDES DE ROME
durent se diviser en deux parties : la première donnée à la visite des monuments, la seconde aux bibliothèques. A ce partage, on me permettra de le dire, je suis resté fidèle. Nos courses finies, j'allais habituellement coUationner mes notes à la Minerve. Là, je devais à Tobligeante amitié du savant père de Ferrari et de ses excellents collègues rindication de tous les ouvrages nécessaires à mon travail. C'est un hommage de reconnaissance qu'il m'est doux de leur offrir.
4 Décembre.
Les guides de Rome. — Guides dans la Rome païenne, dans la Rome chrétienne, dans la Rome souterraine.
Un bon itinéraire est, sans contredit, la première condition de supcès dans l'étude souverainement inté« Fessante, mais très-compliquée, de la Ville étemelle. Toutefois cette condition ne suffit pas : il faut encore suivre son itinéraire avec intelligence. Obligé, comme la veille, de garder le coin du feu, je consacrai ma nouvelle journée à passer en revue les guides capables d'éclairer nos recherches. Or, le premier cicérone dont tout voyageur sérieux doit être accompagné est une connaissance approfondie de l'histoire profane et de l'histoire ecclésiastique; le second est un travail assidu. Dans une foule de circonstances, il est nécessaire de recourir aux sources primitives, soit afin de compléter les connaissances acquises, soit afin de rectifier des notions que la probité littéraire ne permettrait pas de donner sur la foi de simples souvenirs.
Les sources dont je parle sont de deux sortes, suivant qu'on étudie Rome païenne, ou Rome chrétienne. Les
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faire connaître en citant les autorités sur lesquelles s'appuient, jusque dans leors détails, les rédts qu'on va lire, n*est pas seulement un service r^dn aux leetairs studieux; c'est encore une preuve de bonne foi, ^ je tiens à la donner. Les propos impartin^ts des touristes, les romans publiés sur Rome par des écrivains à la mode, ainsi que l'ignorance et les préjugés de certains guides trbsHrépandus, en font plus que jamais un devoir indispensable.
Parmi les auteurs profanes, un grand nombre sont à consulter; je ne citerai que les principaux. En première ligne il faut placer Tite-Live. Son HistoirCj si précieuse pour la connaissance des mœurs de la Rome r^[mblicaine, donne souvent la description, je dirai topogra*phique, de certains grands faits dont le voyageur est heureux de retrouver le tiiéâtre. Plutarque, dans ses QuestUmê rtnnaineê et éms ses Biographies, abonde ai détails d*un grand intérêt sur les hommes, sur les kùs et sur les dioses. Gicéron soulève, dans ses Lettres à sa famille^ un coin du v<Hl6 qui cache les habitudes de la vie intime.
Ce voile est presque entièrement levé pm* Suétone. Dans les Césars, il nous dépeint les mœurs de l'Empire, et dit l'origine de plusieurs monuments dcmt les ruines subsistent enc(Nre; Juvénal dans ses Satires, et Martial dans ses Épigrammes, complètent l'œuvre de leurs de* vanciers. Vient encore Pline l'Ancien, qui, à pnqpos d'histoire naturelle, parie de tout, notamment de la vie privée des Romains et des magnificences de leur ville. L'ami de Vespasien, le directeur des eaux sous Nerva, Frontin, initie au système des aqueducs. La lecture de de wv tt admirer avec intelligence les gigan-
tel ^ ^ttonnent le voyageur dans la Gam-
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pagne romame. Josëphe ge présente ensuite avec son Histoire de to guerre judaïque. Outre d'intéressants détails BUT les richesses apportées de Jérusalem au temple de la Paix, il donne une description du triomphe qui ne présente qu'un petit nombre de lacunes.
Je nommerai aneore les écrivains de la maison d*Au^ guste, Scriptores damui Augustœj publiés et commentés par Gasaobon. On leur doit la hideuse révélation des saturnales du palais et de la ville dégénérée des Césars. Dans eette fange il y a des p^les^ je veux dire certains faits importants qu'on ne trouve que là. Il ne faut oublier ni Sextns-Àurélius-yictor, ni Onuphre, ni Marliani, m Ganint. L^urs ouvrages présentent la topograi^e de Rome aussi complète qu'on peut l'espérer après tant de bouleversâode&ts. Les drques et les jeux ont été décrits par Bdenger, dans son traité de Circis Rommorum; et nous devons à Demongioso une Dissertation d'un grand intérêt sv le Panthéon d' Agrippa. J'ajouterai en finissant qu'une bonne partie des notions répandues dans les au* tenre que je viens de nommar sont réunies dans les An* tiquitéi rmiMkne$ de Grévius^ ^ dans le Lexicon anti* qmUUum Rmnanarum de Pitiscus.
Tels aoiit m générai les aut^rs qui peuv^t servir de guides M roytgear dans la Rome païenne.
Quant à la Rome ebrétienne^ elle ne manque paa nos plus d'historï^is de grand nom. Parmi ceux qui (nt droit à ce noble titre, il en est qui s'occupent en même temps des deux cités. Je me contenterai de nommer Gasali^ dans son ouvrage de Splendore Urbi$; l'auteur de la Rowèa atUiea, média e moderna ; la Noti%ia delF uno e l'aUro imperio; enfin le père Donati. Sous le titi*e de Bùma vetui^ ee savant religieux, mort en 1640, nous a iiiiaé ttae «teetiption de Bosse beaucoup plus exacte
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et mieux travaillée qœ tontes œUes qni avaient para avant loi. Le célèbre Jnste Lipse déploie dans son Am" plûthéàtre tons les trésors de sa vaste éradition, poor nous faire connaître le Colisée au point de vue païen, et le père Marangoni donne Thistoire chrétienne de ce Gapitole des martyrs. Un antre ouvrage de ce dernier auteur, intitulé : Délie Cose gentilesche e profane, trasportate aduso e ad omamento délie cldese, jette une précieuse lumière sur une multitude d'objets profanes, toutea Élisant bénir l'Église qui les a sauvés de la destraction.
En tête des écrivains qui parlent exclusivement de Rome chrétienne, des mœurs, des usages, de la vie intime des premiers fidèles, marche Filiustre cardinal Baronius. La lecture de ses Annales ecclésiastiques et de ses Notes sur le Martyrologe romain^ est à peu près indispensable au voyageur qui veut comprendre une foule de choses exposées à sa vue dans les églises de la Ville sainte. Après lui vient le très-savant père Hamachi avec ses Origines chrétiennes et ses Mœurs des premiers chrétiens, Selvaggio le complète dans ses Antiquités^ et le père Mazzolari, mêlant la piété à l'éradition, résume une partie des notions éparses dans les ouvrages dtés plus haut. Cet excellent homme a passé quarante-deux ans de sa vie à Rome, faisant sa principale occupation de l'étude des églises et des monuments chrétiens. Son ouvrage, qui est en six volumes, a pour titre : Diario sacro.
Un savant religieux de l'Oratoire de Saint-Philippe de
Néri, le père Sévéranus, a sancto Severano, traite des
sept Basiliques de Rome^ et Ton doit au grand servi-
* de Dieu, le père dom Charles Thomassi, une courte
pUm du Colisée consacré par le sang d^innom-
brables martyrs. Deux ouvrages, qui peuvent passer pour officiels, nous donnent l'histoire des institutions de charité corporelle et spirituelle de la cité des pontifes. Le premier a pour auteur l'abbé Gonstanzi, et pour titre : Instituzioni dipietà delV aima cittàdi Roma; le second est dû à monseigneur Morichini * ; traduit en français par M. de Bazelaire, il est intitulé : Institutions de bienfaisance de Rome. Plus récent encore, l'ouvrage du chevaUer Grifi nous a fourni d'utiles notes sur les œuvres de Pie IX., Rome 1862.
Quant aux Catacombes et aux martyrs, nous avons sur ce double sujet des ouvrages capitaux qu'il est indispensable de connaître. Ce sont les Hymnes de Prudence; le Traité des Supplices des saints Martyrs^ de Sévéranus; la Glorieuse Lutte des Martyrs ^ de Florès ; puis la Roma subterranea, de Bosio, surnommé le Christophe Colomb des Catacombes. Viennent ensuite les Osservazioni soprà i cimiteri de' santi Martirj e de' primitivi cristiani di Roma, monument admirable de science et de piété, élevé par l'excellent Boldetti. Buonarotti nous adonné la description et l'explication des pierres tombales, des verres et autres objets trouvés dans la vénérable nécropole. Marchant sur les traces de ces illustres archéologues, le père Marchi continue aujourd'hui leurs travaux en publiant ses Monuments chrétiens de Rome illustrés *. Les mosaïques si curieuses des anciennes églises de Rome ont leur historien dans Ciampini. Son ouvrage est intitulé : Monimenta vetera^ in quibus prœcipue musiva opéra illustrantur.
* Aujourd'hui cardinal, évêque de Jessi, persécuté par les Piémontais.
* Le savant chevalier de Rossi les explique avec autant de bonheur qu'il met de zèle à explorer les Catacombes.
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A cette nom^ielatiure déjà si longue, fl me serait &die d*ajonter d'antres écrivains dont les ouvrages m'ont fonmi de prédenx détails. Qn'il suffise de nommer Hàrtidelli, Pirro Ligorio, Fogginio, Ferretti, Andréa Fulvio, Kendo Flavio, Torrigio, Sigonius, Owerf)eck, Vignole, Nardini, Ferraris, Zinelli, GanceUieri et le savant p^ Benoit XIV, dans son traité des Fêtes de Notre-Seigneor et de la Sainte Vierge. Qnant aux guides modernes, il faut citer Nibby, Ganina, Helchiorri, ce dernier surtout, qui parle un peu de la Rome chrétienne. Si abondâtes qu'elles soient, toutes les ressources que je viens d'indiquer ne suffisent pas. Voulez-vous étudier Rome avec succès ? Cherchez un honune, un hoomie intelligent et dévoué, qui consente à vous servir de cicérone. Reconnaissance étemelle aux exceUents anus qui ont bien voulu remplir cet office en notre faveur !
Les Pifferari.
Avant dnq heures nous fumes réveillés au bruit d'un concert qui se donnait dans la rue, presque sous nos fenêtres : nous entendions les Pifferari. Ge fut pour moi une douce compensation à l'indisposition de la veille, et pour nous tous un agréable début dans la Ville sainte. Voici, en effet, une des plus jolies choses de Rome, un des plus naïfs et des plus touchants usages de nos siècles de foi. Les Pifferari sont des bergers de la Sabine «t des Âbmzzes qui , chaque année , au retour de l' Avent, descendent de leurs montagnes, et s'en viennent annon- BT, dans les rues de Rome, au son d'une musique cham-
HftL h prochaine naissance de l'Enfant de Retbléem.
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Voas les voyez ordinairement par troupes de trois musiciens : un vieillard, un homme |d*un âge mûr et un eoÊuit. Us rappellent ainsi l'andenne tradition qui ne compte que trois bergers à la crèche ^
Debout et tôte nue devant les madones qui ornent les iaçades des maisons, ou qui se dessinent, éclairées par une lampe, au food des magasins, ils saluent de leur joyeuse symphonie Theureuse Mère du Sauveur. Pour le dire m passant, je ne connais rien de plus gracieux que le coup d'oeil offert par les boutiques de Rome, alors que les naadones sont illuminées, et que les marchandises, disposées avec un goût parfait sur des plans inclinés, vous apparaissent dominées par une jolie statue de la Sainte Vierge, idacée dans le fond sur une riche console» ornée de fleurs et de flambeaux allumés.
Les instruments des Pifferari sont simples comme ceux des bergers. Un hautbois, un chalumeau, un triangle : voilà tout Torchestre de ces musiciens de la montagne. La canzonetia qu'ils répètent devant la Reine du ciel n'est point écrite sur des notes savantes. Cette simplicité même en &it tout le charme; car elle rappelle admirablement Thumble mystère de la crèche.
Le costume des Pifferari est en haranmie avec leur musique et leurs fonctions. U vous reporte en plein moyen âge; tel je l'ai vu, tel le virent ceux qui me précédèrent à Rome il y a des siècles. Un chapeau tyrolien, orné d'un large ruban de diverses couleurs, un demimanteau en grosse bure marron ou bleue, une culotte en peau de brebis ou de chèvre, des chausses terminées par une semelle qui se rattache sur le pied avec des courroies; ajoutez à cela de longs cheveux noirs qui descendent sur les épaules, une belle barbe, des yeux vifs,
^ Sandini, H%9toria Pamiliœ sacray p. 45.
un front élevé, et vous aurez une idée de ce costume et de ce type remarquables.
Rome voit arriver avec plaisir les PifFerari; car tout ce qui rappelle uii souvenir religieux est bien accueilli dans cette ville essentiellement chrétienne. On les aime, on les fête, on les attire. Eux-mêmes vont offrir leurs services dans les maisons et dans les palais, demandent si vous voulez faire faire une neuvaine à votre madone. Si on accepte, et qui n'accepterait pas? ils viennent pendant neuf jours vous réjouir de leurs concerts. Vous les gratifiez de quelques baioques; et je ne sais quel est le plus heureux de celui qui reçoit ou de celui qui donne.
Je dirai, par anticipation, que le 17 décembre, alors que l'Église commence les grandes antiennes de Noël, nous commandâmes une neuvaine. Il fut convenu que la dernière sérénade aurait lieu pendant le dîner et dans la salle même oîi nous prenions nos repas. Les bons Pifferari acceptèrent la condition avec empressement et furent fidèles au rendez-vous. Comme souvenir, je voulus avoir leur simple cantate. Ils nous la dictèrent eux-mêmes; la voici, dans une traduction qui ne peut rendre la grâce naïve de l'original :
*. « 0 douce Vierge, fille de sainte Anne, dans votre « sein vous portâtes le bon Jésus. Les anges criaient : « Venez, Saints, allez à la cabane de Jésus enfant, né « dans une petite étable oii mangaient le bœuf et l'ait nesse. Vierge immaculée, bienheureuse au ciel, sur « la terre soyez notre avocate. Que la nuit de Noël, qui « est une nuit sainte, cette prière que nous avons chan- « tée, à l'enfant Jésus soit représentée*. »
^ 0 Verginella, figUa di sant' Anna,
Nel ventre tuo portasti il buon Gesù.
GV An^oU chiamaroDo : Venite, Santi,