‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 59 sur 155 · TRICLINIUM DE SAINT LÉON · texte numérisé non relu

TRICLINIUM DE SAINT LÉON

qui l'habitent, soit parce qu'il est dédié au saint précurseur, dont la mort fut le crime d*Hérodiade, ce sanctuaire est interdit aux femmes. On lit au bas du Catalogue des martyrs : Per ilgran santuario fu proibUo che le donne non potessero entrave nella predetta capella.

Nous avions parcouru les lieux mémorables oii s'était accompli le glorieux événement qui changea la face du monde. Il était juste que l'Église consacrât le souvenir de cette noble victoire, achetée par trois siècles de com^ bats; et un obélisque, le plus grand de ceux qui sont à Rome, placé au lieu même du triomphe, la redit à tous les voyageurs. L'obélisque de Saint-Jean de Latran a quatre-vingt-dix-neuf pieds d'élévation au-dessus du piédestal. Amené d'Egypte à Rome par les empereurs Constantin et Constance, son fils, il fut brisé par les barbares, puis réédifié en 1588, à la place qu'il occupe aujourd'hui, par le génie si puissant et si poétique de Sixte V,

Quel est maintenant cet édifice qu'on aperçoit de Tau^ tre côté du monolithe, à l'extrémité de la vaste place? Quelles sont ces superbes mosaïques, admirées de l'artiste et chéries de l'antiquaire? Quel est cet escalier que montent à genoux les pèlerins attendris? L'an 797, le pape Léon III, de sainte et glorieuse mémoire, fit augmenter et embellir la demeure pontificale. Entre autres ouvrages dignes de son goût et de sa piété, il fit construire le célèbre iriclinium, ou salle à manger, dont l'abside étonne encore aujourd'hui par ses peintures et par sa conservation. Pour en connaître l'usage, est-il besoin de rappeler la touchante coutume des premiers chrétiens ? Qui ne sait que, dans les occasions solennelles , nos pères se donnaient d'innocents festins appelés agapes ?

Les vicaires de Jésus-Christ perpétuèrent longtemps cet usage avec une modestie et une gravité qui rappelaient les

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bc«ixjonredel'£giiscinîssantp,IH)iircaftrefccsreg^ UMesfesdns. ilsooDstniisîientydaiisIeor pflJabdeLat^ ptosieiirs tridimium. Leur piété les ornadepdDtnresqm redisaient aux ecdésîastiqiies, an ras, aux enqiereiirs admis à ces tables fratemdles, et lear de^mrs, et les faits mémorables de leur histoire. Cest dans son tnelimum que le p^ saint Léon in reçut fréquemment les pèterins illustres que le besoin, la reconnaissance onla |Mété oondnisaient alors en grand nomlve dans la YiDe étemelle.

Sur le cAté droit de Tabside une supobe mosaîqiie représente Notre-Seigneur assis, le firont ceint du diâr dème crudfère, donnant de la main droite les defsà saint Sylvestre à genoux et la tête cumée du nimbe drculaire; de la main gauche Notre-Seignairtiait un étendard qu^il présente à Constantin à genoux, Tépée au c6té ^ la tête oitourée du nimbe quadnfi>nne. La hampe de Tétendard setamineai croix, âoquait symbole de lorigiiie de la royauté chrétienne et de Fusage qu*onai doit £dre.

Le côté gauche i»'ésente trois autres figures placées sur le même plan. Au milieu, saint Pierre assis, rev^ d'une tunique blanche et d'un manteau, on plutôt de ïararium des andois, tient sur ses genoux les cle& divines : de la main droite il donne le palUum au pape Léon; de la gauche il présente un étendard à Chûlemagne; le pcmtife et l'empereur sont à genoux devant l'Apôtre : tous les deux portent en tète le nimbe quadrî* forme, signe distinctif des personnages vivants, comme le nimbe circulaire est l'attribut des personnages morts. An bas de ce groupe, plein de sens et d'harmonie, on lit :

Béate Peirut^ dana VUaLeomi PP. e^Victo ria Caroh régi iaïui.

TRICLIIflUM DE SAITO'-LÉON. 239

« Bienheureux Pierre, donnez la vie à Léon pape, la victoire à Charles roi. » Autour de Fabside brillent en grandes lettres d'or les paroles qui résument si bien la fin du Christianisme, à laquelle doivent concourir, en s'unissant, le pouvoir des pontifes et le pouvoir des princes : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonœvoluntatis ^

Ainsi, aux deux extrémités de Rome, à TOrient et à rOccident, dans les deux premiers temples du monde, à Saint-Jean de Latran comme à Saint-Pierre, nous retrouvions le dogme fondamental des sociétés chrétiennement constituées, Funion régulière du sacerdoce et de l'empire. Si nous n'avions résisté, l'histoire serait venue dérouler à nos yeux le long tableau des siècles de paix, de prospérité et de progrès véritable qui découlèrent, comme de leur source, de cette chaste alliance cimentée dans le sang du Calvaire. Contentons-nous de dire que, si l'obélisque du Vatican proclame toujours l'immortelle victoire du Christianisme, les mosaïques du triclinium continuent de redire aux nations modernes le principe social qui seul peut les raffermir sur leurs bases ébranlées. N'est-ce pas pour cela que, dans les desseins de la Providence, ces monuments d'un ordre de choses éternellement regrettable ont bravé les ravages des siècles et échappé à l'incendie qui consuma le palais pontifical? Quoi qu'il en soit, l'antique demeure des papes ayant Âé brûlée, à l'exception du triclinium et de la chapelle domestique, Sixte Y fit construire au-devant de cette chapelle un superbe portique au milieu duquel il plaça le Saint-Escalier, Scala Santa,

Il n'est pas un chrétien qui ne sache que, le jour de

* Voyez GiAMPiNi, ifonum, veter., t. II, p. i28 et seq.

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la PassioD, Notre-Seignear monta, par ordre de Pilate, sur un liea élevé, espèce de balcon pavé en pierre, d'oà rinnocente Victime fot inrésentée an peuple. L'escalia qni conduisit le Fils de Dieu sur ce théâtre d'ignominie et de douleur a été transporté à Rome; il se compose de Tingt4iuit degrés de martire tyrien, d'une grande blancheur. Pour le consenrer. Glanent xn le fit couvrir degros madriersde noyer, sur lesquels portait les pieds ou plutôt les genoux des pèlerins. Consacré par les pas de l'adorable Victime et arrosé du sang de la flagellation, l'escalier du Prétoire est devenu l'obj^ de la vénàation du UMmde. Suivant l'usage oUigé, nous le montimes à genoux, vivemait pénétrés du douUe sentimoit qu'il commande, la reconnaissance^ le rqpentir. Gâ escalier, que le Sauveur, diargé de nos iniquités, a plnsiairs fcis parcouru, conduit à une chapdle supérieure appelée le Saint des Saints, à cause de la multitude des rdiqœs sacrées qu'eOe renferaie : Non est in toto sanetwr orbe locus. Placés alors entre le sang d'un Dieu et les ossemadts des martyrs, nous laissons à pens^ ce qu'un dirétien, ce qu un prêtre doit éfNrouver dans mi pareil lieu, en bce de pareilles choses! On redescaid du Saini des Saints par deux escaliers établisàdrùte età gauche de la Scala Santa.

raime à rappeler que, peu de jours après notre pèlerinage, un jeune Israélite, devenu si célèlM^ par sa conversion, passait devant l'escalier du Prétoire. M. de Bussières, qui l'accompagnait, se découvrit par re^ect pour ce monumâot saoré, ai disait : Salut^ Saint-^Escalier! Le nouveau SaQl se pritàiire aux édats de cette faiblesse superstitieuse, c Ne rki pas tn^, lui dit son pieux conqKignon. bientAt toos le monterez à gaMMix. > Quelques jours plus tard la piqpbétie s'accomplissait

PROJET d'une agadémie. 241

Alphonse Ratisbonne, devenu miraculeusement catbo^ lique, montait à genoux la Scala Santa, déplorant avec Paul rignorance qui Tavait armé contre le Dieu dont il était fier de partager alors les ignominies et la croix.

tO Déeembre.

Projet d'une Académie ecclésiastique. — Saint-Claude des Bourguignons.

Mes jeunes compagnons de voyage partirent à quatre heures du matin pour une partie de chasse du côté de la stortay dans la Campagne romaine. Comme j'étais venu à Rome dans des vues parfaitement pacifiques, je n'eus pas la moindre tentation de troubler le repos des lièvres, des sangliers ou des porcs-épics du pays latin, quoique leurs ancêtres eussent probablement ravagé les champs historiques de Cincinnatus et brouté Therbe de Mucius Scévola : je restai donc en ville.

Dans le cours de ma paisible journée il me fut donné connaissance d'un projet vraiment catholique. On parlait, en hauts lieux, d'établir à Saint-Louis une Académie de théologie, composée d'ecclésiastiques français envoyés par les évêques. Après trois ans de séjour à Rome, ces jeunes prêtres retourneraient en France pour y répandre les doctrines et l'esprit de l'Église mère et maîtresse de toutes les autres *. Qui pourrait trouver cela mauvais, et pourquoi ne ferait-on pas pour la science sacrée ce que l'on fait pour la peinture? L'Académie ecclésiastique ne deviendrait-elle pas le plus beau et le plus sûr moyen

• Nous sommes heureux d'ajouter qu'aujourd'hui ce projet se trouve réalisé, par rétablissement du séminaire français a Santa Chiaraj confié à la congrégation du Saint-Esprit.

342 LES TIOIS MMB.

de réaliser dans renseignemeot théologiqae cette unité qa'on rêve pcMir rinstniction âérnestaire 7 Poisse la Pro- Tîdeoee la coodaiie à boa terme !

Gomme le temps était superbe, je ne pus résister an désir d'explorer an moins on petit coin de la ville sainte. Qodqoes pas sofiBrent poor me placer devant le monomat toojoors subsistant de la piété de mes aîoix. Les grandes nations de TEurope, tdles que TÂlIemagne, la France, l'Espagne, le Portugal, ont à Rome des épses et des h<^[Mtaux pour les besoins de leurs voyageurs. Eh bittil la rdigieuse Franche-Comté trouvai dans safbile moral de suivre ces notdes exenqdes ; die aussi prit place parmi les grandes nations que je viens de nommer.

Pour le sovioe de ses enfimts, pderins dans la Ville étendle, la Bourgogne vouhit avoir une église et un iMi^ce. Sa diarité dota gâiéreusemoit Fun et Tantre. Tous les Franc-Graitois arrivant à Rome avaient le droit, 1* d*étre reçus gratuitement dans lliospice poidant qndques jours; 2*dese&ireexhibtf les com|ites de la maison et de les juger.

Sans être riche, révise est propre, d'une construction dégante ^ très-agréaUement située. Sur la frise est écrite en Idtres d'or l'inscription suivante : Camiiatm Burgumi. SS. Andréa op. ef Claudio ep. Natio die. c Le poqple du comté de Bourgogne a dédié cette é^ise à saint Aiidré apôtre etàsaînt Claude évèqne. >Âdroite en entrant, au-dessus du bénitier, est une plaque de marbre sur laquelle on lit : Qincaniifiie araterU pro rege FrameùB heAei d^eem die$ de imdMlgetmm , a papa Imweeni. IV. S. Thom., m sa^. q. 25, art. S, «I i. c Quiconque prie pour le roi de France gagne dÈL jours dlndulgenee accordés par le pqie Innocent IV.

Le nû de Fnmoe est peut-être le seul dans l'univers

OBÉusûUE d'auguste. - 243

qui jouisse d'un pareil privilège : ce fait me parut trèssignificatif. A gauche, on voit plusieurs tombeaux dont les inscriptions rappellent des noms d'hommes et de villages fort connus dans nos montagnes du Doubs : N. Vernierd'Orchamps- Venues etBriotdeBelherbe, etc. Saint- Glaudedes Bourguignons ne forme pas une paroisse; l'église néanmoins conserve ses revenus du moins en partie, mais réunis à ceux des autres églises françaises. Depuis l'occupation ils sont administrés par l'ambassade et la cure de Saint-Louis.

tt Décembre.

Martyrs.— Obélisque d'Auguste devant Sainte-Marie Majeure. — Sainte-Marie Majeure. — Origine. —Ornements. — Peintures. — Porte Sainte. — Anecdote. — Monuments et souvenirs de ce quartier de l'ancienne Rome. — Sainte-Croix en Jérusalem. — Le titre de la yraie Croix. — Sénat des Martyrs.

La chasse n'avait pas été heureuse. Quadrupèdes et volatiles s'étaient donné le mot pour ne pas se laisser tuer ; à part quelques animalcules tout à fait insignifiants, nos amis ne rapportèrent de leur journée que la peine d'avoir battu la campagne et le plaisir d'avoir mangé, avec un appétit de chasseur, la ricotta^, fromage de brebis, qu'un pâtre leur avait offert. Le lendemain, avant dix heures, nous étions sur la partie culminante du Quirinal, au point où quatre grandes rues se coupent à angle droit. Sainte- Marie Majeure forme la tête; la Trinité des Monts, la base ; la fontaine de Moïse et celle du Quirinal, les bras de cette longue croix latine. Sainte-Marie Majeure était le but de notre pèlerinage.

Au pied de la colline sur laquelle la Basilique Libé-

^ Formaggio freiCO,formato dal fiore latte di pecora o di vacca.

214 LES TROIS mom.

rienne Tîspose, gradeuse et pore OMmne la Vierge qu -<m y révère^ s'élève on obâisque égyptien. Debout, en Ëice du rond^point de Téglise, le dcerone séculaire redit la gloire de sa double destinée et annonce aux pèlerins les touchantes merveilles qu'il aura bientôt sous les yeux. Auguste avait Eût venir d'Egypte deux monolithes d'environ quatre-vingts pieds de hauteur, pour les placer, l'un dans le grand drque, l'autre dans le Champ de Mars. Vanité des hommes et de leurs projets ! La mort vint frapper le monarque, et ces deux monum^ts, destinés à rehausser la gloire de son règne, ne servirent qu'à élever jusqu'au ciel le magnifique témoignage de son néant. Érigés par l'empereur Claude auprès du mausolée d'Auguste, ils y restèrent jusqu'à ce que les barbares vinssent syouter leurs ruines à tant d'autres. En iS87, l'un des deux fut restauré et placé, par Sixte V, au lieu oii il est encore aujourd'hui *.

Dans une des inscriptions l'obâisque s'exprime ainsi :

cmusn i^ m MjEKxvn vivBims

CVTIABIILA

LfTISSIXB COLO

QVI MORTVI

SBPVLCBO AVGVSn

TRisns

SBRVIEBAM.

« J'honore avec bonheur le berceau du Christ, Dieu étemellonâiit vivant, moi qui savais tristement à décorer le tombeau d'Auguste mort. »

S*il adore le Christ, l'obélisque ne £adt qu'imiter

^n, degU 06eiisdbt, e. xxvn.

OBÉLISQUE d'auguste. 215

l'exemple d'Auguste ; il le dit en ces termes, gravés sur la ùce opposée :

QVEM AVGVSTVS

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