CUSSEMENT DES ABUSES DE ROME
4*» Patriarcales. Le monde conquis par l'Évangile fut partagé, dès les premiers siècles, en cinq patriarcats. Le premier de tous, par l'autorité et par l'étendue, est le patriarcat de Rome. Comme pape, le successeur de saint Pierre a juridiction sur l'ÉgBse universelle. Comme patriarche, [son domaine n'a d'autres limites que celles de l'Occident, y compris l'Afrique et plus tard le nouveau monde. Le second patriarcat était celui de Constantinople; le troisième, d'Alexandrie; le quatrième, d'Antioche; et le cinquième, de Jérusalem*. Sur ces cinq grands sièges étaient assis les Pères des pères de tous les diocèses de la catholicité. Les patriarcats d'Orient tombèrent bientôt sous les coups des hérétiques et des barbares; mais Rome, dont V essence est de conserver ^ n*a pas voulu que leur mémoire périt. Dans son enceinte immcwrtelle, on trouve cinq églises patriarcales, églises trois fois vénérables par leur antiquité, par leur magnificence et par leur sainteté, qui perpétuent les catholiques souvenirs de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. J'ai nommé Saint- Jean de Latran; Saint-Pierre au Vatican; Saint-Paul sur la voie d'Ostie; Sainte-Marie Majeure et Saint-Laurent hors des murs. Le dystique suivant redit leurs noms, quoique dans un ordre inverse :
Paulas, Virgo, Petras, Lanrentius atqne Joannes, Hi Patriarchatns nomen in Urbe tenent.
** Basiliques constantiniennes. On en compte huit : Saint-Jean de Latran ; Sainte-Croix en Jérusalem; Saint-
t Constit d'Innoœnt III au iv* concile de Latran, cap. xxiii, de Privileg.;—]!). de Votis^ Jus canon., t. I, p. 203. * JoAN. MoNACH. card., de Elect. in-6.
2B LBS TlOIS
Pierre m Vatican ; Saint-Paml han en murs ; Saint- Laurent hon des mun; Saints-Marcdin-el-PiaTe sur lavaieLavicane; les SainIs-ApAtres an centre de Rome, et Sainte-Agnès han dn mun. L*antiqnîté de ces églises, Irars fresques, loffs n)osaîques,lenoailM« etla ridiesse des reliqaes sacrées qu^dles Prennent, en font de TéritaMes ardiives de Fart et de la piété. Ânsâ n'est-il pas an voyageur instruit qui ne veuille les voir, pas un pèlerin qui ne voiille y prier ^.
3* Églisn ardinairn. Le nombre en dépasse trns cent cinquante ; plusieurs remontait aux premi»^ siècles : telles que Saint-Qânent, Sainte-Praxède, Sainte- Marie in Cosmedin. Leurs portiques, leurs inscriptioDs, leur architecture, ra{qpdlait éloquemment et b sim[didté, etla fm vive, et bfervaw desbeauxâgesdu Gbristianisme. Nous n'aurons garde de les oublier lorsque nous les roioontrerons sur notre route.
Vingt minutes après le départ, nous entrions sur la grande place qui s*étend du baptistère de Constantin jusqu'à la porte Saint- Jean. Rome est, par ercelle&oe, b terre des émotions et des souvenirs. Or, quelle foule d'imposants souvenirs surgissent de ces liaix actuellemait fimlés par nos pieds ! Que d'émotions puissantes viennaot remuer Tàme jusque dans sadanière fibre I L'horizon s'agrandit sans mesure ; tons les sièdes repassait
* Parmi ces basiliques, il en est cinq qni, jointes à deux autres non oonstantiniennes, forment œ qu'on appeUe les sept basiliques de ilome, dont la Tisiie est faite par tous les voyageurs chrétiens, à cause des grandes indulgences qui y sont attachées. En toîcî le nom : Siint-Jean de Latian ; Siint- Pierre au Vatican ; Siint-Paul hors des murs ; Saînte-M aria Majeure; Saint-Laurent hors des murs; Sainte-Croix en Jérusalem et Saint-Sébastien.
SAnrr-JEAN de utrah. 223
devant vous avec les plus grands drames de Thistoire.
C'est ici qu'après trois cents ans d'une lutte acharnée, le monde païen courba sa tête altiëre sous le joug de la croix; c'est ici que le premier des Césars devint enfant de l'Église. Successeurs des maîtres du monde et chefs d'un empire plus étendu, c'est ici qu'ont habité pendant onze siècles les vicaires de Jésus-Christ. Ici, chaque pontife vient encore prendre solennellement possession de sa redoutable dignité; ici ont été tenus trente-trois conciles. Par conséquent, ces lieux ont vu presque toutes les gloires de l'Église, des milliers d'évêques, de cardinaux, de docteurs de l'Orient et de l'Occident, accourus de siècle en siècle pour témoigner de la foi du monde entier et livrer ces grandes batailles de la vérité contre l'erreur qui, en affermissant l'Évangile, ont sauvé la civilisation.
Pleins de ces pensées, nous passâmes devant la porte du palais pontifical, et nous fûmes en face de la trèssainte et très-vénérable BasiUque. Comme la plupart des grands monuments de Rome, l'église de Saint-Jean de Latran a le privilège de redire les faits de l'histoire profane et de l'histoire sacrée. Son nom de Latran rappelle une des plus anciennes et des plus illustres familles romaines, la famille Sextia, Suivant l'usage, le surnom de Lateranus distinguait ses membres des autres rejetons de la souche commune : ce nom fut glorieusement porté dans les temps de la république, et sous l'empire, la cruauté de Néron ne fit qu'en rehausser l'éclat par le meurtre du consul Plantius Lateranus *. La richesse fut aussi Tapanage de cette famille. Son palais héréditaire, d'une magnificence royale, occupait la place de l'église
* Tacit., Annal.yWh. XV.
au LES TROIS ROn.
actuelle, et loi a donné son nom. Devenu possesseur de ce monument, Constantin en fit hommage au pape saint Sylvestre, pour y bâtir une église au Sauveur. Elle fut consacrée Tan 324 *.
Pénétré de reconnaissance pour le Dieu auquel il devait la foi du chrétien et le sceptre du monde, Constantin se plut à orner le nouveau temple avec une magnificence digne d'un empereur romain. De là vint à la Basilique le nom de Basilique d^or. Jamais nom ne fut mieux justifié; on en jugera par quelques-uns des présents du royal néophyte. Une statue du Sauveur assis, de cinq pieds de hauteur, en argent, du poids de 120 livres ; les douze Apôtres, de grandeur naturelle, en argent, avec couronne de l'argent le plus pur ; chaque statue pesant 90 livres. Quatre anges d'argent, de grandeur naturelle, tenant chacun une croix à la main ; chaque ange pesant 105 livres. La corniche continue , servant de piédestal à toutes les statues, d'argent ciselé, du poids de 2,025 livres. Une lampe, de l'or le [plus pur, suspendue à la voûte, pesant, avec ses chaînes, 25 livres. Sept autels d'argent, chacun pesant 200 livres. Sept patènes d'or, chacune du poids de 30 livres; seize d'ai^ent, chacune du poids de 30 livres. Sept chalumeaux d'or, pesant chacun 10 livres; un autre chalumeau d*or, tout enrichi de pierreries, pesant 20 livres 3 onces. Deux calices, de l'or le plus pur, pesant chacun 50 livres. Vingt calices d'argent, pesant chacun 10 livres. Quarante calices plus petits, de l'or le plus pur, chacun pesant 1 livre. Cinquante calices, pour la distribution du précieux sang aux fidèles {calices ministeriales), pesant chacun 2 livres.
* GiAMPiNi, Monim. veter., lib. Ill, p. 7,
SADIT-JEAN DE LATBAIf. 225
Gomme ornements de la Basilique : un chandelier, de For le plus pur, placé devant l'autel, oîi brCdait de rhuile de nard, ornée de quatre-vingts dauphins, pesant 30 livres, et soutenant autant de ciergen composés de nard et des aromates les plus précieux ; un autre chandelier d'argent avec cent vingt dauphins, du poids de 80 livres, oii brûlaient les mêmes aromates. Dans le chœur, quarante chandeliers d'argent, du poids de 30 livres, d'oîi s'exhalaient les mêmes parfums. Au côté droit de la Basilique, quarante chandeliers d'argent, du poids de 20 livres, autant du côté gauche. Enfin, deux cassolettes en or fin, pesant 30 livres, avec un don annuel de 130 livres de parfums les plus exquis pour brûler devant l'autel ^
Au souvenir de tant de magnificences, comment se lasser d'admirer, et la foi du maître du monde, et sa reconnaissance, et sa docilité à devenir l'instrument de la Providence en faisant servir au culte du vrai Dieu l'or et l'argent, si longtemps prostitués aux idoles! Ainsi, grâce au Christianisme, tout rentrait dans l'ordre, et remontait à son principe, l'homme, le monde et les créatures. Qu'est devenue la Basilique d'or? que sont devenues toutes ses richesses ? Interrogez là-dessus les chefs barbares si fameux dans l'histoire, Alaric et Totila. Cependant l'auguste édifice, plusieurs fois sorti de ses ruines, existe toujours. Ses trésors ont disparu, mais sa principauté lui reste. Sur le frontispice on lit cette simple, mais sublime inscription : Sagrosancta Latera-
NENSIS ECGLESIA, OMNIUM URBIS ET ORBIS EGCLESIARUM MATER ET CAPUT. c La TRÈS-SAINTE ÉGLISE DE LaTRAN, DE TOUTES LES ÉGLISES DE LA VILLE ET DU MONDE LA MÈRE ET LA MAITRESSE. >
« Anast., Bihlioth., in VU. B. Silv.
Des trois portes de la Basilique, deux frappeitt d*étoanement le voyageur, l'une par son mystère, l'antre par sa magnificence. Celle de droite, appelée Parte-Sainte, est murée : elle ne s'ouvre que par le Saint-Père luimême l'année du jubilé. Celle du milieu est une porte antique, en bronze et quadriforme : elle est à peu près la seule qui existe. En entrant on est d'abord ânerveillé du symbolisme de la grande nef. Au-dessus des croisées, près de la naissance de la voûte, sont peints les Prophètes. Au-dessus des Prophètes vous voyez, d'un côté les figures de l'Ancien Testament relatives au Messie, de l'autre les faits de l'Évangile qui en sont l'accomplissement : la figure et le figuré. Ainsi sous les deux croisées les plus rapprochées de l'abside apparaiss^t,
D'une port : D'aatre part :
Adam et Eve chassés da paradis Notre-Seigoeor sur l'arbre de la
terrestre pour avoir toaché à croix, rouvrant le del au genre
l'arbre défeada ; homaiii ;
Sous lei croisées sairantes :
Le Délage; Le baptême de Notre- Seigneur ;
Le Sacrifice d'Abraham ; Nôtre-Seigneur montant au Calvaire;
Joseph vendu par ses frères ; Kotre-Seigneur trahi par Judas;
Moïse délivrant les Israélites de Notre-Seigneur prêchant aux lim-
la captivité de Pharaon ; bes ;
Jonas sortant de la gueule de la Notre-Seigneur sortant du tom-
baleine ; beau.
Au-dessous de chacun de ces bas-reliefs vous avez les douze Apôtres en pied. Leurs belles et grandes statues sont en harmonie parfaite soit avec les peintures supérieures, soit avec les niches qui les reçoivent. Les douze prédicateurs de l'Évangile sont là comme ayant iUuminé par leur parole et les oracles des prophètes les ombres
de l'alliance figurative. Mais renseignement apostolique n'a pas seulement éclairé le passé; il projette l'éclat de sa lumière sur l'avenir : l'Évangile tient le milieu entre la synagogue et le ciel. Voilà pourquoi derrière chaque Apôtre, dans le fond de la niche, est peinte une porte entr'ouverte; l'Apôtre est sur le seuil, pour dire qu'après la révélation chrétienne, dont il est l'organe, il n'y a plus que la Jérusalem éternelle, cité de lumière, aux douze portes d'émeraude. Enfin, à la base de chaque niche, apparaît une colombe en relief, avec le rameau d'olivier dans son bec, touchant emblème de l'esprit de rÉvangile.
Ainsi, dans cette suite admirable de peintures et de sculptures apparaît toute la reli^on, dans sa lettre et dans son esprit, depuis l'origine des temps jusque dans l'éternité ; et tout se résume dans l'hymne de Bethléem : Gloire à Dieu dans les hauteurs des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Dirai-je quel fut mon bonheur en retrouvant dans la maîtresse de toutes les églises le plan complet du Catéchisme de persévérance !
Parmi les autres richesses de Saint-Jean de Latran il faut citer le tombeau en bronze du pape Martin V, pontife grand entre les autres, puisqu'il mit fin au schisme d'Occident ; d'un côté du transept la chapelle de Saint- André Gorsini, une des plus magnifiques de Rome, qui rappelle tout à la fois et la piété filiale de Clément XII et les touchantes vertus de son illustre aïeul. Les deux colonnes de porphyre qui accompagnent la grande niche, à droite de l'Évangile, ornaient jadis le portique du Panthéon d'Agrippa; de l'autre côté du transept est la riche chapelle du Saint-Sacrement, dont je parlerai bientôt. Le majestueux portique de l'église offre ses vingt-quatre pilastres de marbre et la statue colossale de Constantin,
228 L£S TBOIS BMB.
troorée dans ses Thermes; enfin h Cunmse pwte de bronze de b Basilique ^milia, transportée id par Alexandre YIL
Nonsoonnaissionsriiistoire, nons avicms examiné l'ardiitectnre, les tableaux et les stataes de Saint-Jean de Latran. Poor être satisËûts, l'artiste et Tardiéologae n'anraient rioi demandé de plos à Tangnste Basilique; le dirétien est moins facile. Doné d'un sens de plus qoe les antres hommes, le sens de la foi, il Ini Cuit des jooi^ sances nonvelles. C'est poor lui un besoin d'autant phis impâieux qu'il se mesure à l'énergie et à la noblesse du sens supérieur qui les réclame. Qui ne compraid, en effet, qu'il y a dans nos églises un c5té humain et un côté divin ? Or, rechercher en visitant les Basiliques romaines leur origine et leur histoire, savoir à quels mo* numaits proËmes elles ont succédé ; apprécier les pantures et les sculptures qui les embellissent, admirer les marbres précieux, les mosaïques et les dorures dont elles brillent, depuis le pavé jusqu'à la coup(de, voilà ce que nous venions de £ure à Saint-Jean de Latran. Noos le ferons dans les autres égUses, et nous aurons vu le côté humain de la Basilique. C'est, nous aimons à le proclamer, une étude féconde en nobles et utiles plaisirs. Toutefois, si Ton en reste là, l'impression est incomplète ; l'esprit et l'imagination pourront être satis&its ; mais ce qu'il y a de plus noble dans l'homme et surtout dans le chrétien, le cœur, ne le sera pas : le côté divin échappe. Un mot, et cette pensée deviendra sensible.
Si le corps de Cicéron ou le casque de César reposait dans une de leurs villas, est-il, je le demande, un seul touriste qui ne voulût les contempler ! En est-il un seul oui, visitant la demeure de ces honunesfiuneux, se cou-
tentât d'en admirer la magnificence, sans se mettre en peine de voir les restes de Toratenr romain ou le cimier du maître du monde?
Eh bien, ce que serait la villa dépositaire du corps de Cicéron ou du casque de César, les églises de Rome le sont dans la réalité et dans un sens plus noble. Par un privilège que nul temple au monde ne partage, leur enceinte renferme des corps mille fois plus respectables que celui de Faccusateur de Verres, et des objets mille fois plus précieux que l'armure du vainqueur de Pharsale. Là reposent souvent, avec les instruments de leur pénitence ou de leurs supplices, des légions de saints et de martyrs : grands hommes par excellence, orateurs par leur sang, héros par leur courage, modèles des siècles par leurs vertus, vainqueurs du monde païen et fondateurs de la liberté moderne. Leurs ossements brisés, leur sang répandu pour la délivrance du genre humain sont là : tel est le côté divin des Basiliques romaines.
Ignorez-vous ces choses? Quelque brillant qu'il soit, le temple pour vous sera vide, il sera muet, il sera sans poésie divine ; vous le visiterez comme un monument ordinaire; l'oreille du cœur n'aura rien entendu, car l'œil de la foi n'aura rien vu. Et vraiment était-ce bien la peine de venir à Rome pour obtenir un pareil résultat? Mais si, à la connaissance de l'histoire et des beautés matérielles de la Basilique on ajoute la visite religieuse des hôtes illustres qui l'habitent, à l'instant même l'âme s'agrandit. Je ne sais quel sentiment profond de respect, d'indicible bien-être s'empare du cœur; toutes les facultés sont saisies ; l'impression est au complet. Le temple s'anime, il parle aux sens, à la raison, à la foi, et d'une voix intelligible à tous il redit la longue et sublime épopée de la race humaine.
t30 USS TBOfS B0a.
Dans ces colonnes de maiiire, d'albâtre, de bronze et de pori^iyre, qni adorait le Ken rédaoDptear, après avoir orné les temples de Jnpiter on le palais de Néron, vous voyez le mcAde dn mal, le monde paî^ vaincu par le Christianisme et attaché an char immortel du triomphateur. Pois, dans lenrs tombeaux, resplendissants d*or ^ de pierreries, voos apercevez les légions victorieuses des martyrs qni vous contemplent, d'une main vous montrant le symbole catholique, revêtu de leur signature sanglante, de Fautre les lauriers, toujours verdoyants, qui couronnait leur front; et leur voix, consacra par la mort et par la gloire, vous crie du sein de l'éternité : c Gomment portes-tu le nom de chrâien ioai notre sang fit pour t<H la conquête? » Avec cespaisées, il est impossible de visiter les églises de Rome sans en sortir n^leur ^ sans prouver des émotions et des jouissances qu'on ne trouve que là.
Nous avicms donc vu le côté humain de Saint-Jean de Latran ; il nous restait à contempler le côté divin de la mère et maîtresse de toutes les ^ses. Au centre du transept, sous le grand arc de la nef principale, soutenu par deux colonnes de granit oriental, de trente-huit pieds de hauteur, s'élève lautel papal; mais quel autel, grand Dieu! le même ou saint Pierre a dît la messe. D est là tel qu'il fut tiré des GataccHnbes par le pape saint Sylvestre. Sa simplicité, sa pauvreté même rappellent Ûen les premiers siècles de TËglise : quelques planches de sapin, sans dorure et sans ornement qu'une croix taillée sur la partie antérieure, voilà tout. Par respect, t)n Fa entouré d'une balustrade ai marbre, sur laquelle sont gravées les armes d'Urbain VIII et du roi de France. Une ridie étoffe le recouvre tout entier ; on voulut bioi la "tover, M nous pûmes voir de nos yeux la table si véné-
rable où la grande Victime offerte par le prince des Apôtres était venue tant de fois se reposer. C'est, je crois, l'unique autel dans le monde sous lequel il n'y ait point de reliques. Au successeur de Pierre appartient le droit exclusif d'y célébrer les saints mystères.
En élevant les yeux on aperçoit à une grande hauteur, directement au-dessus de l'autel, une tente de velours cramoisi rehaussé d'or. Ce pavillon recouvre une arche ou ciboire en marbre de Paros soutenu par quatre colonnes de marbre égyptien avec des chapiteaux d'ordre corinthien en bronze doré. Là sont renfermées les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul. Deux fois chaque année, le samedi saint et le mardi des Rogations, elles sont exposées solennellement à la vénération des heureux fidèles de Rome. Il est un autre usage non moins digne d'être connu. Afin de tremper tous les jeunes lévites à la source même de l'esprit sacerdotal, esprit de l'apostolat et du martyre, c'est au pied de l'autel dont nous venons de parler, sous les yeux de saint Pierre et de saint Paul, qu'ont lieu les ordinations.
A droite de l'autel pontifical se trouve la chapelle du Saint-Sacrement. Quoique très-élevé, très-large et trèsprofond, le tabernacle, exécuté sur les dessins de Paul Olivieri, est entièrement composé de pierres précieuses et dès marbres les plus rares. A droite et à gauche brillent deux anges de bronze doré avec quatre colonnes de vert antique. L'entablement et le fronton de bronze doré qui couronnent l'autel posent sur quatre colonnes de même métal, dorées, cannelées, d'environ vingt-cinq pieds de hauteur sur deux pieds et demi de diamètre à la base. Elles sont les mêmes qu'Auguste fit faire après la bataille d'Actium avec les éperons des vaisseaux égyptiens, et qu'il plaça dans le temple de Jupiter Capitolin.
S9t lEs
EnqiloTées d'abord eomme candâabres, oh Vm fusait brûler, dans les grandes files, dn baume et d'autres parfoms exqnis, dl^ daîTeot leur destination actadie an pape aément Ym.
En vérité, noos ne pûmes noos empëdier de foire id nne remarque dont Foccasion se rencontre à chaque pas dans cette intelligente dté des pontifes. Rome païenne ne manquait jamais à érigar dans son enceinte des monuments qui rappelaient ses triomphes : Rome chrétienne a eu le même instinct. De toutes parts s'âèvent les monuments de ses nombreuses victoires sur Upaga* nisme, dont les temples, les obélisques, les colonnes servent à ses usages ; sur les grandes hérésies, dont la condamnation est écrite dans les peintures et les mosaïques de ses temples ; sur les Turcs, dont l'or et les étendards ont enrichi les églises bien-aimées d'Ara-Gœli et de la Victoire. La Basilique de Saint-Jean de Latran conserve un autre trophée des victoires du christianisme sur rislamisme. En face de la chapelle du Saint-Sacrement flotte la bannière de Jean Sobieski à la célèbre bataille de Vienne. Comme témoignage de sa reconnaissance et de son dévouement à la religion, le grand capitaine voulut que son glorieux oriflamme fut suspendu à la voûte de la première église du monde.
Dans le chœur du Chapitre, voici la stalle des rois de France, qui, comme on le sait, sont chanoines de Saint- Jean de Latran; elle est à gauche, vis-à-vis de celle dn Saint-Père. Du dossier de la stalle royale se détache une gracieuse statuette de la Sainte Vierge, dont le roi de France est le vassal et le premier chevalier; derrière la stalle du Saint-Père apparaît Notre-Seigneur, dont le ^vicaire. Que n'y aurait-il pas à dire sur cette (dxdique I lÀ noussasiblent écrits, et l'his-
SAOfT-JEAN DE LATRAN.
toire, et la mission, et les rapports providentiels de la mère et de sa fille aînée.
Quoique nous ne fussions pas rois de France, nous nous assîmes dans la stalle royale, et le souvenir de Henri lY nous venant à la mémoire, on nous apprit que, chaque année, les chanoines de Saint-Jean de Latran célèbrent la naissance de leur royal confrère par une messe solennelle. C'est un témoignage de reconnaissance pour le don que le Béarnais converti fit à Saint-Jean de Latran de la riche abbaye de Glarac, au diocèse d'Agen. Jusqu'à la révolution de juillet, l'ambassadeur de France assistait à l'office sur une estrade placée à l'entrée du chœur.
n nous restait à voir le trésor de la Basilique. Là se conserve une des reliques les plus vénérables qu'il y ait au monde. Derrière des grilles de fer, sous de larges feuilles de cristal, est cachée la table même sur laquelle Notre-Seigneur institua la sainte Eucharistie. Les portes s'ouvrirent, et il nous fut donné de voir ce monument de l'amour infini d'un Dieu. Cette table est en bois, sans aucun ornement ; elle me parut avoir un pouce d'épaisseur sur douze pieds de longueur et six de largeur. Couverte de lames d'argent par les souverains pontifes, elle en fut dépouillée dans le sac de Rome, sous le connétable de Bourbon.
A quelques pas de là on trouve d'autres reliques, dont la vue pénètre également le cœur de reconnaissance et de componction. C'est une partie du vêtement de pourpre qu'on jeta sur les épaules de Notre-Seigneur dans le prétoire; une partie de l'éponge trempée dans le fiel et le vinaigre; la coupe dans laquelle on présenta le poison à saint Jean FÉvangéliste, et qu'il but sans en ressentir aucun mal ; une partie de sa tunique et de la chaîne avec
laqueUe il fol condoit d^Éphèse à Rome ; une épaule de saint Laurent; la tête miracnlense de saint Pancrace, martyr; une vertèbre de saint Jean Népomucène; dn sang de saint Charles Borromée et de saint Philippe de Néri ; enfin une tablette composée des cendres d*ime mattitode de martyrs.
En sortant dn trésor, nous entrâmes dans le cloitre, où ïm voit de beanx restes du palaisde Constantin. La galerie qoadrangalaire est soutenue par des odonnettes de marbre d un travail exquis ; plusieurs sont incrustées de mosaïques fines. Sous ces portiques se conservent des reliques nombreuses, d(mt Tauthenticité repose sur une tradition séculaire, mais qui toutefois ne parait pas snfilsante pour exposer ces objets à la vénération des fidèles, tant Rome se montre réservée sur ce point. Dans te nombre est le bord du puits de Jacob, sur lequel Notre- Seigneur était assis en attaidant la Samaritaine ; unecolonne du temple de Jérusalem, faidue en deux à la mort du Sauveur : Petrœ scissœ sunt ; la pierre sur laquelle fut tirée au sort, par les soldats romains, la robe sans couture de l'auguste Victime, et deux cdonnes du palais dePilate.
L*é0ise à jamais vénérable que nous venicms de visiter ^ottteà ses noms déjà connus ceux de Basilique Constantiniame et de Saint-Jean. La raison du pranier se devine dellenoiëme: il Êiut expliquer Torigine du second. Di^pois knigtenqps Constantin était dirétien dans son cœur; mais Tacte auguste qui devait linitier à la société des fidèks n était point encore acoomidi. Pour recevoir le haptème, il fit construire un baptistère. Saint Jean-Baptîsie donna tout natoreUement son nom an MWPd édîioe ; et ce nom a passé avec le tenais à ri^lise -aiMC. Le baptistère, sqparé de b Baisiliqiie, SB^^
BAPTISTÈRE DE GONSTARTIIf. Ml
Tusàge des premiers siècles^ est de forme octogone; aux huit angles intérieurs s'élevaient huit colonnes de porphyre, séparées des murailles de manière à laisser un -espace suffisant pour circuler; elles soutenai^t une corniche et un large fronton, sur lequel régnait un second rang de colonnes en marbre d'une beauté et d'un travail exquis : cette nouvelle colonnade, plus petite que la première, supportait une grande architrave couronnant l'édifice.
Au milieu est encore le bassin en basalte, de forme ovale et de cinq pieds de longueur. Constantin l'avait revêtu intérieurement et extérieurement de lames d'argent du poids de 3,800 livres. Au centre du bassin s'élevaient des colonnes de porphyre, supportant des lampes d'or pesant 52 Uvres, et dont les mèches étaient en fil d'amiante. Au lieu d'huile on y brûlait dans les solennités de Pâques le baume le plus odoriférant. Sur le bord du bassin était un agneau d'argent, du poids de 30 livres, qui jetait de l'eau dans les fonts; à droite de l'agneau, le Sauveur en argent, de grandeur naturelle, pesant 170 livres; à gauche, saint Jean-Baptiste en argent, de cinq pieds de hauteur, tenant à la main le texte sacré : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccatum mundi; il pesait 100 livres. Sept cerfs en argent, symboles de l'âme altérée de la grâce, jetaient de l'eau dans les fonts : chacun pesait 80 livres; enfin un encensoir de l'or le plus fin, orné de quarante pierres précieuses, pesant 10 livres *.
Tel était le baptistère de Constantin ; tel il est encore aujourd'hui, moins l'or et l'argent, devenus la proie des barbares. Les décorations primitives ont été remplacées
• ANAST.,inr«. B. Silv.
S36 us TROIS ROMB;
par de beDes peintures représentant les actions mânorables de Constantin. Cette restauration date du pontificat d'Urbain Ym. Le pavé est m mosàiqne fine, et toutes les parois sont enrichies de dorures et de peintures. Ala partie supérieure briOait encore les and^ines inscriptions, qui rappellent les mystères accomplis en ce lieu :
Gens saennda Polis hic semine nascitnr almo,
Qnam foecondatis Spirilus edit aqnis.
Mergere, peccator, sacro pargande floento :
Qaem yeterem ampiet proferet unda noYnm.
c Ici, du sein des eaux fécondées par TEsprit-Saint, nait pour le ciel un monde formé d'un germe divin. Pécheur, pour te laver, pl(Hige-toi dans ces ondes salutaires ; l'eau qui te recevra fils du viël homme te rendra en&nt du nouvel Adam. »
Qu'on se figure Timposant et magnifique qpectade que présenta cet auguste édifice la nuit solenneUe oii, resplaidissant de milliers de flambeaux, peuplé de tout ce que le monde avait de plus grand, retentissant des chants les plus mélodieux et embaumé des parfums les plus exquis, on vit le maître du monde, hun^le catéchumène, ccmduit par le vicaire de THomme-Dieu, descendre dans b sainte piscine et consacrer par son baptême le trionqAe social du christianisme !
A gaudie des f(Hits baptismaux est une grille en fer, avec deux portes en bronze, tirées des Thermes de Caracalla, qui donnent passage à la chapeUede Saint- Jean- Baptiste. Ex-voto du pape Hilaire in, cette chapelle est ornée de superbes mosaïques. Sous l'autel r^[>05ent les ossements sacrés des plus illustres martyrs, au nombre deqaanmte-noif. Swt à cause de la sainteté des hôtes