‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 70 sur 155 · CAPUONS DE LA CONCEPTION · texte numérisé non relu

CAPUONS DE LA CONCEPTION

n semble difficile de dire mieux et plus en moins de mots.

Quand vous avez laissé la place it' Termini, si vous tournez à droite, vous arrivez bientôt devant Téglise et le monastère de la Conception. Telle fut la direction que nous prîmes, car nous voulions visiter le cimetière des Capucins. Qui n'a entendu parler de ce célèbre cimetière? Qui vient à Rome sans le voir î Le frère Bemardo, à qui nous étions recommandés, attendait sur le portail de Féglise. La vue d'un capucin a toujours produit sur moi une vive impression : jamais je ne rencontrais dans les rues de Rome quelques-uns de ces bons pères, de ces vrais amis du peuple, avec leur longue barbe, leur robe de bure marron, leur ceinture de corde, et des sandales usées pour toute chaussure, la tête nue et la besace sur l'épaule, sans m'incliner devant ce miracle vivant de la charité et de la divinité du Christianisme. J'ai même la prétention de croire que, si quelqu'un des vieux Romains, dont les humbles enfants de Saint-François parcourent la cité, revenait en ce monde, et qu'il rencontrât le même prodige, il l'admirerait autant et peut-être plus que moi.

Doublement agréable nous fut l'apparition de l'excellent frère qui devait nous aider à satisfaire notre légitime curiosité. Sur ses pas, nous suivîmes en silence un long corridor, bordé de nombreux portraits de saints, de cardinaux et d'hommes éminents sortis de l'austère institut. De là, traversant le chœur de l'église, nous descendîmes, par un étroit escalier, au sanctuaire des morts. Une porte s'ouvre, et vous restez saisi, immobile, sur le seuil. Quel spectacle ! de vastes caveaux, bien éclairés, dont le plainpied est accidenté par des fosses surmontées d'une petite croix, tandis que la voûte et les parois sont ornées d'ossements humains.

Je dis ornées, car avec cette matière d*im nouvean genre on a exécnté des dessins, des rosaces, des guirlandes et même des lustres suspendus sur votre tête. Le pourtour des caveaux est garni de tibias rangés avec symétrie et formant, de distance en distance, des niches spacieuses ou des loculi semblables à ceux des Catacombes. Là, dans Tattitude de la prière ou du sonuneil, apparaissent des morts anciens et nouveaux, tous en&nts du cloître, revêtus de leur robe grossière et le crucifix à la main. La vue de ces corps échappés, du moins en pîfftie, à la dissolution du tombeau, vous pénètre de je ne sais quelle terreur religieuse, tempérée par le calme inaltéré des physionomies et par les emblèmes nombreux de la résurrection future.

On prétend que cette mosaïque de morts est l'ouvrage d'un homme qui, pour échapper à la justice, s'était réfugié dans renceinte du monastère; on fait remonter son séjour à la fin du dix-septième siècle. Quoi qu'il en soit, les religieux ont permis ce travail, s'ils n'en sont pas les auteurs. Aux yeux du monde jouer ainsi avec des ossements peut paraître profane ; mais pour le chrétien, pour le religieux surtout, cette espèce de femiliarité respectueuse avec la mort est une conséquence de la victoire qu'il a remportée sur elle : on voit qu'il ne la craint pas. Ledirai-je ? C'était la sérénité sur le front et le sourire sur les lèvres que le bon père, à la barbe déjà grisonnante, nous faisait les honneurs du cimetière ob reposent ses frères et dans lequel lui-même viendra bientôt occuper la place qui l'attend.

Un rayon de bonheur illumina sa belle figure lorsqu'il nous proposa de l'accompagner à l'église : il avait à nous rendre témoins d'un spectacle bien autrement joyeux pour lui et merveilleux pour nous. Vous croyez peut-être

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