LE VÉNÉRABLE GRISPINO DE VITERBE
qu'il s'agissait de nous découvrir le célèbre tableau de Saint-Michel, chef-d'œuvre du Guide, ou l'inimitable Saint-François, du Dominiquin ? Oh non ! les merveilles de l'art devaient disparaître devant une merveille que î&ega seul peut opérer. Entré le premier dans une petite diapelle latérale, le père alluma deux flambeaux, ôta le devant mobile de l'autel, tira un rideau de serge rouge, puis ouvrit un tombeau en bois. Alors il nous fut donné devoir ce que devraient aller voir tous ceux qui disent : Si je voyais un miracle, je croirais.
Donc, là, sous nos yeux, était doucement couché, la tète couverte de ses cheveux blanchis par les ans, le menton orné de sa belle barbe, les yeux entr'ouverts, les joues roses, le sourire sur les lèvres encore vermeilles, les mains blanc}ies, les pieds en chair et en os, avec les veines saillantes, un pauvre capucin, mort il y a quatrevingt-quinze ans. Voulez-vous savoir son nom ? II s'appelle le vénérable serviteur de Dieu, frère Crispino de Viterbe. Son histoire est longue, mais je vais la dire en quelques mots.
Le 13 novembre 1668, naquit à Viterbe, de parents honnêtes et religieux, un enfant qui reçut au baptême le nom de Pierre. Vingt-cinq ans après, un jeune homme ie bonne mine, d'une pureté angélique, d'une douceur et l'une aménité charmantes, était agenouillé devant la porte du couvent des Capucins de sa ville natale, demanlant avec larmes l'honneur de revêtir l'humble habit de Saint-François. Cette faveur lui fut accordée. A partir la jour de sa profession, les chaumières et les châteaux les États romains virent, pendant quarante années conukmtives, le jeune Pierre, devenu frère Crispino, denander l'aumône pour le couvent. Les dons qu'il recevait étaient toujours payés en prières et souvent en miracles.
A quatre-vingts ans, le vénérable frère parcourait «icore, la besace sur l'épaule, les villes et les campagnes. Mais alors son nom était dans toute les bouches, Fodeor de ses vertus attirait les peuples sur ses pas, la pourpre même s'inclinait devant lui. Il mourut à Rome ; et la voix du peuple, voix de Dieu, proclama son bonheur dans le ciel, et le ciel ratifia le témoignage de la terre. L'homme de Dieu, enterré comme ses frères, sans être embaumé, dans le cimetière commun, en fut, sur le biodt de nouveaux miracles, retiré intact et vermeil, coname nous l'avons vu, comme tout voyageur peut le voir.
18 Déeembre.
La chambre des grands hommes.
« Gomme j'étais à Athènes, et qu'un jour, selon ma coutume, j'avais entendu Antiochus dans le gymnase de Ptolémée, avec M. Pison, Quintus, mon frère, G. Pomponius et Lucius Gicéron, mon cousin germain, que j'aimais comme s'il eût été mon frère, nous résolûmes d'aller, l'après-midi, nous promener ensemble à l'Académie, parce qu'à cette heure-là il ne s'y trouvait presque personne. Nous nous donnâmes tous rendez-vous chez Pison; et de là, en nous entretenant de divers sujets, nous fîmes les six stades, de la porte Dipyle à l'Académie. Arrivés dans ce beau lieu, si justement célèbre, nous y trouvâmes toute la soUtudeque nous voulions, et alors Pison nousdit:
— Est-ce une chose fondée dans la nature, ou seulement une erreur de notre imagination, que quand nous voyons les lieux habités par de grands hommes, nous nous sentons plus touchés, comme il m'arrive maintenant, que quand nous entendons parler d'eux, ou que nous