‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 94 sur 155 · MAISON D*OR DE NÉRON · texte numérisé non relu

MAISON D*OR DE NÉRON

étaient entourés de panneaux tournants, en bois d'ébène, qui répandaient sur les convives des fleurs et des parfums. Sur des lits de feuilles de rose et de myrte étaient mollement couchés Néron et ses courtisans, la tête couronnée de fleurs odoriférantes. Tout ce que la terre et la mer pouvaient fournir de plus rare et de plus délicat leur était servi dans des vases d'or et d'argent *. Les dîners comptaient jusqu'à vingt-deux services. Au pied de chaque convive plusieurs esclaves se tenaient debout; l'un d'eux rafraîchissait l'air en agitant un léger éventail; l'autre éloignait les mouches avec une branche de myrte. Des musiciens, placés en face des triclinia, flattaient les oreilles par d'agréables symphonies. A la fin du repas arrivaient des troupes de jeunes enfants qui exécutaient des danses voluptueuses en chantant des poésies bachiques et s'accompagnant au bruit des castagnettes K

A ce spectacle en succédait un autre bien digne de Néron. Tantôt des parois mobiles, se repliant sur ellemêmes, laissaient voir le théâtre ou le sang des gladiateurs coulait à grands flots et devenait le dernier assaisonnement du festin; tantôt les gladiateurs étaient introduits dans la salle même, oii ils s'égorgeaient sous les yeux des convives; d'autres fois, on montait sur les idates-formes, d'où l'on voyait en grand les combats d'hommes et d'animaux se déchirant pour le plaisir de Néron et de la digne société dont il était la personnification. Toutes ces plates-formes, appelées salaria y

* Lib. XXXVI, c. XXII.

• Le détail de ces soupers impériaux est lire textuellement des auteurs païens : je ne les cite pas pour cause de brièveté. Voir les Scriptores domus Augustœ^ Pline et Dion Gassius.

étaient couvertes d'oiseaux en argent d'un travail exquis et de grandeur naturelle; de sorte que le spectateur éloigné croyait voir des compagnies de paons, de cygnes, de colombes, prêtes à prendre leur essor. Les salles de bains resplendissaient de pierres précieuses, d'or et d'aN gent, et tous les rafiOnements de la moUesse accompagnaient Fusage du bain répété jusqu'à trois fois le jour. Mais la merveille de la maison d'or était le temple de a Fortune. Renfermé dans les appartements intérieurs, il était bâti en marbre du sphynx. « Ce marbre, ainsi nommé à cause de sa transparence, était, dit Pline, une pierre de Cappadoce, dure comme le granit , blanche comme la neige, translucide même sous les veines dorées qui la sillonnaient. Il avait la propriété de fixer la lumière, en sorte qu'il brillait encore longtemps après que les portes du temple étaient fermées ^ » Mais c'en est assez sur la maison d'or de Néron. La description détaillée de cette gigantesque folie nous entrjdnerait trop loin. Nous avions parcouru la place qu'elle occupait; car de ce palais, bâti des dépouilles de l'univers, il ne reste rien sur la partie gauche de la voie Sacrée. A droite, le versant du Palatin vous montre encore quelques substructicms et l'emplacement du grand escalier qui, partant du Forum, unissait les deux parties de l'édifice.

Jusqu'ici, nous avions étudié l'intérieur et le côté gauche du Forum ; parvenus à l'extrémité, il nous restait à voir l'arc de Titus qui s'élève en tête de la place, et à fouiller, en revenant vers le Capitole, le côté droit du Forum adossé au Palatin.

L'arc de triomphe élevé à Titus, après la prise de Jérusalem, est un des monuments les mieux conservés

* Lib. XXXV, c. XXII.

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