‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombes (volume 2)Chapitre 93 sur 155 · DEMEURE DU ROI DES SACRIFICES · texte numérisé non relu

DEMEURE DU ROI DES SACRIFICES

reors pontifes. La dernière donne un enseignement qu1l faat s'empresser dé recueillir. Réunir en leurs mains le sacerdoce et Tempire, tel fut toujours, aux époques de décadrée morale, le rêve favori des rois ; mais malheur au monde s'il devient une réalité : Rome la première en est la preuve. Revenu d'Actium et de Philippes, oU il avait étouffé la liberté romaine, Auguste s'empressa de ceindre la tiare. Ses successeurs à l'empire voulurent l'être au souverain pontificat ; ils le furent en effet. Ce titre figure dans les inscriptions de leurs arcs de triomphe et sur leurs médailles : Imperator et summus Pontifex. Et l'on vit Néron, Tibère, Galigula, Vitellius, Domitien, Adrien, offrir des sacrifices et dicter des lois aux consdences : amère dérision I

Toutefois, ce n'était là qu'un premier pas. Revêtus d'un pouvoir divin, il ne leur manquait que les honneurs mêmes de la Divinité, des prêtres, des temples et des autds; tout cela leur fut accordé. A partir d'Auguste jusqu'à la ruine totale du paganisme, on compte cinquante et un empereurs ou impératrices mis au nombre des dieux ^ Chaque apothéose annonçait l'érection du temple et la création d'un collège de prêtres, destinés au culte de la nouvelle divinité. De là, ces dénominations si communes dans les inscriptions anciennes : « Yir ou flamen Augustalis, flamen Hadrianalk, flamen Trajanalis^ prêtre d'Auguste, prêtre d'Adrien, prêtre de Trajan;ou bien: Saeerdos divœ Augustœ, sacerdos divœ Domitillœ, sacerdos divœ FaustinoBj prêtresse de la divine livie, prêtresse de la divine Domitille, prêtresse de la divine Faustine. »

Or, tous ces sacerdoces publics et privés, au nombre

* O.XCPBB., p. 476 et 8uiv.

328 LES mois roxb.

de quatre-Yingt-ëeux, passaient et repassaient sans cesse par la ville, en longnes processions, poor se rasdre an Ca|Mtole, sortoat anx époques on l'on annonçant les nofirsdans laCuria cafaïra. Le dioninqni les y ODndnisait longe la ganche dn Fonoù ; de là le nom de via Sacra, qui loi fîit donné et qu'il conserve encore. Cette voie Sacrée existe tonjoors; elle est trop célèbre dans Thistoire, et par ellenoiénie, et par les monuments qui l'ornaient, ponr la passer sous silence. Vers l'extrémité 0|qM>sée au Gaptole, et a^idée mmma via Soera, s'élevait le tanple de la déesse Orbana, invoquée coitfre la mort; plus loin, le sanctuaire de Strenia, déesse qui présidait aux cadeaux du premier jour de l'an. Là iùi la statue équestre de Glélie, rhéroîne véritaMe ou blmleuse dont le courage fit tremUer Porsenna; puis cdle d'Horatius Godes, autre nom fiuneux ; enfin je ne sais combien d'éléidiants de bronze et de chars de victoire, chargés de redire à la jeunesse romaine les hauts fiûts de ses aïeux.

Ces temples, ces édicules, ces tnq[Aées et une fouie d'autres monuments dont il ne reste plus que le nom, bordaiait le côté gauche de la voie Sacrée : sur la droite brillaient les magnificences du Palatin. Ck)mmaiçant jvès du Golisée, la vme Sacrée longeait le Forum, passait devant la maison de Jules César, le temple de la Paix, le temple de Faustine, et venait finir à l'arc de Septhne Sévère, au pied du Capitole. Comme toutes les grandes voies romaines, elle est pavée de larges dalles. Autant qu'il peut, le gouvernement pontifical s'oppose aux ravages du temps, ei nous avons vu les pauvres de Rome, munis de petits crochets en fer, arracher l'herbe qui croit entre les pierres.

Mille souvenirs de tout genre vous assiègent lorsque

MAISON d'or de NÉRON. 3^

VOUS mettez le pied sur ces vieilles dalles qui portent encore l'empreinte des chars romains. Que de pleurs, me disais-je, ont mouillé ces pierres que je vois de mes yeux, que je touche de mes pieds I Ici ont passé les triomphateurs romains, suivis de leurs légions victorieuses et de leurs troupeaux de prisonniers. Ces dalles qui me portent ont été pressées par le char de Titus, par les pieds de ses chevaux, de ses soldats vainqueurs, et des Juifs captifs. Que de personnages tristement historiques elles ont vus I Les pas de Jules César, de Gicéron, de Pompée, de tous les empereurs, y marquèrent leurs vestiges; craibien de fois elles furent teintes de sang !

Un jour, Yitellius, trahi par la victoire, passait ici, à moitié nu, traîné ignominieusement au supplice comme un esclave et un scélérat. Dans ce Longchamps du paganisme se pressaient les élégants, les désœuvrés, les curieux dont Rome était remplie; les dames romaines, les Sempronia et les Messaline, venaient y étaler leurs diarmes et leurs atours; Horace lui-même venait y flâner ^ Pro&née à Tégal de tous les lieux de Rome, cette voie Sacrée devait être lavée, et je la vois bientôt arrosée du sang de nos martyrs conduits à Tamphithéâtre.

Entre tous les souvenirs qui surgissent en foule de ce lieu mémorable, il en est un qui dominait tous les autres : la maison d'or de Néron se dressait devant les yeux de notre imagination avec ses proportions colossales et ses richesses fabuleuses. Se trouvant trop à l'étroit dans son palais du Vatican, le tyran, le cocher, le poëte, le comédien couronné voulut se faire une demeure digne

* Ibam forte via Sacra, sicut meus est mes. Horât. Gui ssepe immundo Sacra conteritur via socco. Propert. Nec sinit esse moram, si quis adiré velit. Horat., in Epodis,

de lui. An dire de Thistoire, Tédifice impérial fiit Texpres- «ion adéquate de la pensée créatrice. Plutôt ville que palais, la maison d'or couvrait tout Tespace qui s'étÔHl depuis les ruines du temple de la Paix jusqu'au pied dn Mont Cœlius, et depuis le Palatin jusqu'à l'Esquilin. Ainsi, elle avait au moins une lieue de drcœiféreiice. Dans cette enceinte se trouvaient des lacs, des prairies, des parcs remplis d'animaux privés. Le vestibule répondait à l'emplacement du temple de la Paix. Il était entouré d'un triple rang de colonnes d'un marbre précieux et d'une hauteur prodigieuse. Du vestibule on passait à l atrium : c'était une salle d'une magnificence extraordinaire et assez grande pour servir aux assemblées du sénat. Une porte superbe ouvrait sur le lac où se troure aujourd'hui le Golisée.

Suivant Suétone, ce lac était plutôt une mer entourée d'édifices, magnifique prolongement du palais ". En fiM» du lac s'élevait la statue colossale de l'empereur. Elle était de marbre, et avait cent vingt pieds de hauteur. Dieu de son vivant, Néron portait autour de la tête le nimbe radié, et, comme N£d)uchodonosor, il se fidsait rendre dans son propre palais les honneurs divins •. Telles étaient les proportiwis de la maison, ou pour mieux dire de la ville Néronienne.

Les richesses prodiguées dans ses ornements passent l'imagination 3. Toutes les parois étaient couvertes de lames d'or relevées de pierres précieuses et de diamants; les plafonds enrichis d'or et de peintures exquises; le sol en mosaïque fine. Les triclinia ou salles à manger

* Stagnum maris instar circumseptum sedificiis ad arbium speciem. Suet. in Ner,

* Voyez Nardini, Roma antica^ p. 116.

' Tacit., Ub. XV.

Page 1