‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 151 sur 215 · CHEMIN DE LA CROIX AU COLISÉE · texte numérisé non relu

CHEMIN DE LA CROIX AU COLISÉE

voisinage de la voie Àppienne, rendez-vous géuéral des tombeaux dans l'ancienne Rome. Ainsi il suffit de cretf, ser pour trouver des pierres monumentales, des basreliefs, des lampes, des ustensiles, des débris de parures, et beaucoup d'autres objets intéressants. Nous vîmes entre autres un magnifique sarcophage en marbre, d'un travail exquis et d'une conservation parfaite, sur lequel est représentée une bataille des Romains contre les Gaulois : on reconnaît nos aïeux au torques ou collier entrelacé, passé autour de leur cou.

Comme nous étions en train de visiter les morts, nous nous dirigeâmes vers la voie Appienne, et en quelques instants nous fûmes au tombeau des Scipion s. Ce célèbre monument fut découvert en 1780. Il avait deux étages; le premier est creusé dens le tuf lithoïde ; il ne reste presque plus rien du second, orné de demi-colonnes de . marbre et de niches destinées aux statues des membres de la famille. Armés de torches, nous descendîmes à l'étage inférieur, par un chemin tortueux nouvellement creusé. Le premier tombeau que nous rencontrâmes est celui de Publius-Cornélius Scipion, flamen dialis (grand prêtre de Jupiter) ; l'inscription en fait foi.

Nous remarquâmes encore ceux du vainqueur de l'Espagne et de Lucius-Cornélius Scipion, fils de Scipion l'Asiatique. Tous les sarcophages étaient placés dans le tuf; mais ils ne ressemblent en rien à nos loculi des Catacombes, bien que la race Cornelia ait conservé jusqu'à Sylla l'usage exceptionnel de ne pas brûler ses morts. Des tombeaux en ruines! voilà donc, illustre famille, mère de tant de grands hommes qui pendant plusieurs siècles remplirent la terre du bruit de ton nom, voilà tout ce qui reste de toi! Vanité de toute gloire que le Christianisme n'a pas immortalisée en la consacrant.

Rentrés dans la voie des Triomphes, un nouveau contraste nous attendait an Cotisée. Un grand nombre d'élégants équipages stationnaient autour des vastes portiques ; ils avaient amené un peuple de nobles pèlerins. C'était le vendredi; il était environ trois heures : on faisait le Chemin de la Croix. Le Chemin de la Croix au Cotisée! concevez-vous quelque chose de plus solennel, de plus saisissant? Oui, là, au milieu de cette arène tant de fois ensanglantée, est une grande croix, debout sur son piédestal de pierre. Autour de ce podium, contre lequel furent écrasées tant de malheureuses victimes de la barbarie romaine, sont les stations du Chemin de la Croix! la croix partout, la croix seule debout au Cotisée! Puis, sur cette terre détrempée à une si grande profondeur du sang des martyrs, une foule pieuse, sans distinction de rang et de sexe, agenouillée, recueillie, s'avançant doucement en répandant des larmes et des prières, à la suite d'une grande croix de bois, portée par un pauvre religieux de Saint-François, les pieds nus et le corps couvert d'une bure grossière.

Les vastes gradins qu'ébranlèrent tant de fois les rugissements des lions, les gémissements des mourants, les cris forcenés et les battements de mains d'un peuple altéré de sang, retentissent de ces douces et fraternelles paroles, répétées en commun par des hommes de toutes les nations : Notre Père qui êtes aux deux; la prière de l'amour, à la place des vociférations de la haine; le Christianisme triomphant au lieu môme où le paganisme avait voulu le noyer dans le sang de ses martyrs : oh ! vraiment, c'est là un contraste, un spectacle, au prix duquel le voyage de Rome ne sera jamais acheté trop cher.

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