‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 152 sur 215 · MISÈRE INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

MISÈRE INTELLECTUELLE

42 Février,

Misère intellectuelle. — Charité romaine à l'égard des ignorants. — Écoles régionnaires, — leur discipline, — leur nombre. — Écoles gratuites. — Saint-Joseph de Calasanz. — Origine de son œuvre. — Ses développements. — Autres écoles gratuites pour les jeunes garçons. — Les Doctrinaires. — Les Frères des Écoles Chrétiennes.

Le temps était superbe et nous engageait à sortir. Nous en profitâmes pour reprendre notre visite de Rome charitable. Au-dessus des misères physiques, la maladie, la pauvreté et la mort, sont les misères de l'intelligence et du cœur. L'ignorance et Terreur, les passions et leurs tristes effets, tels sont les maux qui tourmentent l'homme dans la plus noble partie de lui-même : le moment était venu de rechercher ce que Rome fait pour les prévenir et les réparer. L'ignorance se dissipe par l'instruction. Or, quefles que soient sa fortune et sa condition, le jeune Romain trouve, au seuil de la vie, des sources abondantes ou il peut puiser la vérité; nous voulûmes nous-mêmes en visiter quelques-unes.

Sans sortir du quartier, nous vîmes, devant une maison de bonne apparence, une enseigne en bois peint et portant de gros caractères; elle indiquait que là était une école régionnaire. Les écoles régionnaires sont ainsi appelées de ce qu'autrefois il en existait une dans chaque quartier ou région. L'absence complète de documents ne permet pas d'en déterminer l'origine : plusieurs historiens les rattachent aux anciennes écoles instituées par le sénat romain. Quoi qu'il en soit, les écoles régionnaires, bien que destinées aux enfants du peuple, n'ont jamais été entièrement gratuites : aujourd'hui encore elles ne le sont pas. Le maître reçoit de chaque élève une rétri-

bution mensuelle qui varie de quatre à dix pauls (2 à S fr.) On y enseigne la doctrine chrétienne, la lecture, récriture, les éléments des langues italienne et française, l'arithmétique, les principes de la géographie et de l'histoire, tant sacrée que profane. Le maître doit en outre avoir un livre de civilité qui instruise des bonnes manières, et le faire lire une fois par semaine. On admet les enfants dès l'âge de cinq ans accomplis, pourvu qu'ils n'aient aucune maladie malpropre ou contagieuse. Les classes durent trois heures le matin et trois heures le soir; elles commencent et se terminent par la prière, et dès le matin les enfants vont à la messe dans quelque église voisine.

Depuis vingt-cinq ans, le nombre des écoles régionnaires s'est notablement accru : on en compte aujourd'hui cinquante-cinq dans Rome, et s'il n'existait dans le règlement un article qui exige entre les écoles une distance de cent cannes architectoniques, le nombre en serait certainement plus considérable 1. Toutes sont placées, dans la ville, sous la dépendance du cardinal-vicaire, et partout ailleurs sous celle des évoques. Une commission, composée d'ecclésiastiques distingués, surveille directement les écoks et les visite fréquemment. Elle examine les candidats et les approuve comme instituteurs, en leur donnant un brevet qui se renouvelle tous les ans. Elle distribue les prix aux élèves et se réunit une fois par semaine pour discuter les affaires relatives à l'instruction primaire. A cette même commission est confié le. choix des livres et tout ce qui regarde les écoles, sous le rapport littéraire et disciplinaire 2. Jusqu'au milieu du siècle dernier, les fonctions d'ins-

1 Co.\stànzi, 1. 1, p. 158, 160. .

'Morich., p. 217,

ÉCOLES RÉGKMNAIRES. 393

tituteur étaient remplies par des étrangers, les Romains les trouvant au-dessous de leur dignité. Ne dirait-on pas qu'ils ont tous lu Virgile, et que leur rôle soit toujours de commander aux nations? Aujourd'hui, ils ne dédaignent plus de se consacrer à ces fonctions, parce qtfen effet elles sont nobles, très-charitables et dignes de respect; d'ailleurs, la sollicitude pontificale assurcFavenir de ceux qui s'y dévouent. Une contribution mensuelle de trois pauls, versée pour eux dans une caisse de prévoyance que le trésor public alimente de dix autres écus, forme un fonds de retraite et de subvention pour les infirmes et pour ceux qu'un accident force à suspendre leurs leçons. En outre, deux maîtres suppléants, payés par l'État, font Y intérim tes professeurs éloignés de leurs classes par une maladie.

Des écoles régionnaires pour les petites filles existent aussi dans tous les quartiers de Rome. Elles sont tenues par des maltresses soumises aux règlements dont nous venons de parler. Ces écoles sont également très-nomr , breuses. Les unes et les autres ont conservé leur carac-* . tère municipal, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas entièrement gratuites. Enfin la religion ouvrit aux pauvres des écoles publiques, sans exiger aucune rétribution ; ici encore Rome a donné le premier exemple de cette charité; il date du pontificat de Glanent VIII, vers la fia du seizième siècle.

En 4892 arrivait à Rome Joseph Galasanz. Né dans, le royaume d'Aragon, il joignait^ la science des docteurs l'humilité des saints et le noble enthousiasme pour le bien dont son compatriote, Ignace .de Loyola, donnait de si heureux exemples- Sa science profonde ]e fit nommer théologal par le cardinal Marc-Antoine Colonne ; mais l'éclat de ses brillante* fooptiou ftftMi$ft \sà> .^ \s**^.

de rechercher, avec plus d'ardeur, les œuvres obscures. Il entra dans l'archiconfrérie des Saints-Apôtres, qui distribue des aumônes aux indigents. Dans l'exercice de cette charité, il s'aperçut que l'ignorance était la mère féconde du vice et de la misère. Son cœur était brisé en voyant une foule de petits garçons, abandonnés dans les rues par l'insoucieuse complicité de leurs parents, passer les jours entiers dans le vagabondage, sous prétexte de mendier leur pain.

L'enseignement du catéchisme, renouvelé seulement tous les dimanches dans les paroisses, ne pouvait fructifier pendant toute la semaine; d'ailleurs Rome n'avait à cette époque d'autres maîtres que les instituteurs régionnaires,. très-faiblement rétribués par le sénat. Joseph les pria d'accueillir, dans leurs écoles, ces pauvres petits malheureux ; mais ils refusèrent de s'en charger, si l'on n'augmentait leur salaire. Ce tendre ami des enfants frappa successivement à toutes les portes; partout il fut éconduit, sous des prétextes plus ou moius plausibles.

Voyant tous ses efforts inutiles, il résolut d'entreprendre lui-même la réalisation de ses vœux. Au mois de novembre 1697, il fonda la première école publique gratuite, à Sainte-Dorothée in Trastevere; il choisit ce quartier, comme étant celui de Rome ou le besoin d'instruction se faisait le plus vivement sentir. Le digne curé de la paroisse, Antonio Rrendoni, mit à sa disposition deux salles, et s'associa lui-même à sa généreuse entreprise. Peu après, deux autres bons prêtres s'adjoignirent aux fondateurs, et l'école compta bientôt quelques centaines d'élèves. L'instruction des pauvres étant par-dessus tout une œuvre de piété, saint Joseph donna à son institution le nom d'Écoles pies ou pieuses. \ks& voit doue à

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