IN QUESTO ATRIO
AD USO Dl FONTE PER LAVARSI
E MANI E VOLTO PRIMA D'iNTRARE IN CHIESA*.
En descendant de la colline, nous jetâmes un dernier regard sur Terracine et sur son ancien port, dont il ne reste que quelques modifions avec des anneaux de fer, destinés à l'amarrage des navires. L'hôpital et le palais de la résidence nous rappelèrent le souvenir de Pie VI. Ces deux édifices sont dus à l'excellent pontife, qui venait souvent à Terracine pour surveiller lui-même et activer les immortels travaux qu'il avait entrepris dans les marais Pontins.
i S. Paulino, epist. 12, ad Sever.
* Contal, Hist. Terrac.
16 Février.
Guardiole. — Souvenir de Tibère. — Souvenir d'Esménard. — Fondi. — Chambre de saint Thomas. — Le corsaire Frédéric Barberousse.— I tri.— Tombeau de Gicéron. — Mola di Gaela.— Villa de Gicéron. — Souvenirs de Gaeta. — Mintume. — Le Liris. — La Gampanie.
Avant six heures nous avions quitté Terracine. Le temps était superbe et nous permettait de jouir du nouveau paysage qui se déroulait à nos regards. La route actuelle court sur l'ancien tracé de la voie Àppienne, dans le fond d'une étroite vallée, bordée à droite par la mer, et à gauche par les montagnes boisées duLatium. Environ tous les quarts de lieue, on rencontre sur le bord du chemin de petites maisons en pierre avec une porte doublée de tôle et deux croisées garnies de barreaux de fer. En regard est une guérite en maçonnerie, d'où nous voyions sortir une tète humaine coiffée d'un bonnet de lK)lice.
Intrigués de ce spectacle qui se renouvelât depuis rentrée des marais Pontins, qui devait continuer jusqu'au delà de Minturne, sur les confins de la Gampanie, nous en demandâmes la cause à notre voiturin. t Ces maisons, nous dit-il. s'appellent guardiole ; elles sont la demeure des gardes échelonnés sur la route, pour protéger les voyageurs. » L'explication n'était pas très-rassurante. Si on ajoute que le pays semble formé tout exprès pour servir de forteresse aux brigands, on conviendra que la précaution des gouvernements de Rome et de Naples est loin d'être inutile, et qu'il faut un certain courage pour s'enfoncer dans ces gorges redoutables.
Pour vérifier la réponse du conducteur, nous entrâmes
GUARDIOLE. 425
nous-mêmes dans une de ces guardiole : nous y trouvâmes, en effet, deux carabiniers assis sur un lit de camp. Au-dessus de leur tête était un râtelier garni de sabres, de pistolets et de plusieurs carabines. — Pourquoi êtesvous ici, mes braves? — Nous sommes ici pour donner la chasse à la cattiva gente che talvolta percorre queste montagne ; mais il est rare que nous ayons à travailler. Depuis la capitulation de Garbaroni, on n'entend presque plus parler d'arrestations. »
Ils disaient vrai, car aujourd'hui les vois à main armée ne sont pas plus fréquents en Italie que sur les routes de France : depuis six ans, les statistiques n'en ont constaté que cinq. Au reste, le brigandage italien, dont on a tant parlé, doit son origine, ou, si on aime mieux, son développement, non pas à une disposition particulière aux habitants de la Péninsule, mais aux guerres d'invasion qui, à toutes les époques, ravagèrent ce beau pays.
Trop faibles pour lutter corps à corps avec leurs ennemis, et notamment avec les armées françaises, les Italiens, comme les Espagnols, eurent recours à la guerre de partisans. Après la conquête, plusieurs bandes armées refusèrent de se dissoudre, et finirent, pour avoir de quoi subsister, par attaquer les voyageurs. On les trouvait surtout dans la Calabre, dans les Apennins et dans les montagnes du Latium, sur les confins des États pontificaux et napolitains. Elles choisissaient de préférence cette dernière retraite, parce que l'extradition n'ayant pas lieu, elles se mettaient facilement en sûreté en passant d'un territoire à l'autre; telle est la raison de l'établissement des guardiole sur les frontières des deux royaumes. Aujourd'hui que l'extradition est convenue, le brigandage a presque entièrement disparu.
Nous venions de quitter nos braves carabiniers, lorsque nous arrivâmes à Torre de ConfinL C'est un poste de douane renforcé d'un détachement de troupes de ligne. La vue d'un nouvel uniforme, d'un nouveau drapeau, la demande des passe-ports, en un mot, toutes les formalités déjà connues, nous avertirent que nous entrions dans un nouvel État : c'était le royaume de Naples. Cependant rien n'annonce encore la terre promise de l'Italie, le paradis de l'Europe. La route continue d'être la même, courant invariablement dans une petite vallée resserrée d'un côté par la mer, et de l'autre par une chaîne de montagnes presque toutes volcaniques.
Un peu en deçà de Fondi, on voit sur la gauche la grotte fameuse dans laquelle Séjan sauva la vie à Tibère. Ce prince, accompagné de son favori, se rendait en Campanie. Arrivé près de Fondi, il s'arrêta dans un lieu appelé la villa de la Caverne, oii un banquet vraiment romain lui fut donné, ainsi qu'à Séjan et à plusieurs autres personnes, dans une grotte creusée par la nature. Au milieu du repas, des pierres se détachent tout à coup de la voûte, obstruent la porte et tuent plusieurs esclaves. La frayeur s'empare de tous les convives qui cherchent leur salut dans une fuite précipitée. Séjan, appuyé sur sa tête, sur ses mains et sur ses genoux, couvre l'empereur et le préserve de la chute des pierres et du choc des fuyards. C'est dans cette position que le trouvèrent les gardes accourus au secours de leur maître. Une confiance illimitée de la part de Tibère fut le prix de ce dévouement *. A quoi tiennent les grandes fortunes !
Les environs de Fondi semblent funestes au voyageur. Non loin de la grotte de Tibère, on trouve la descente
' Iacjt., Annal, lih. NI, u. ^.