‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 185 sur 215 · SOUVENIR DE SAINT JANVIER · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE SAINT JANVIER

Bénévent, à qui il ordonna de sacrifier aux dieux de l'empire. Janvier refusant, le gouverneur le fit jeter dans une fournaise ardente, d'où le martyr sortit sain et sauf. Timothée le fit flageller cruellement; puis, charge ae chaînes, il l'obligea de marcher devant sa voiture jusqu'à Pouzzoles.

Enfermé dans une étroite prison, le saint en fut tiré avec d'autres chrétiens qu'on y retenait depuis longtemps, et tous ensemble comparurent devant Timothée. C'étaient Janvier, Proculus et Sosie : le premier, diacre de l'église de Pouzzoles, le second de Messine, enfin Eutychès et autres simples fidèles. Condamnés aux bêtes, ils furent conduits à l'amphithéâtre de la Solfatare, où, après avoir été exposés aux lions qui les respectèrent, Timothée leur fit trancher la tête *. La mort des martyrs fut leur triomphe : d'abord Proculus et Janvier reposèrent honorablement à Pouzzoles, jusqu'à ce que le corps du dernier fût transporté à Naples, aux acclamations du peuple entier ; ensuite le paganisme vaincu fut forcé de céder ses temples aux vainqueurs. La cathédrale de Pouzzoles n'est autre que le temple consacré à Jupiter, puis à Auguste par le chevalier romain Calpurnius ; les colonnes et les chapiteaux sont les mêmes. C'est dans ce glorieux sanctuaire que nous vénérâmes le corps de saint Proculus et la pieree miraculeuse sur laquelle saint Janvier fut égorgé.

Au milieu de la place qui est devant l'église, on voit un piédestal de marbre blanc, orné de quatorze figures qui représentent les villes de l'Asie Mineure renversées par un tremblement de terre et rebâties par Tibère. L'histoire, d'accord avec la tradition, attribue la destruc-

1 Bar., an. 301 A n. 2 et suiv.

tion de ces quatorze cités au tremblement de terre qui eut lieu à la mort de Notre-Seigneur. Ainsi, le monument de Pouzzoles est un témoin palpable de la vérité du récit évangélique *. Le guide distingué qui nous accompagnait nous parla avec une profonde vénération de monseigneur N..., évêque actuel de Pouzzoles. Ce pontife, digne des temps apostoliques, partage son modique revenu en trois parts égales : la première pour la cathédrale, la seconde pour les pauvres, et la troisième pour lui.

Au bas de la ville, sont les imposants débris du temple de Sérapis, bâti par Adrien. Le toit, dont il reste quelques parties, était en marbre blanc. Depuis le tremblement de terre de 1518, qui fit déborder les eaux du lac Lucrin, le pavé et les piédestaux des colonnes sont inondés. En y comprenant les portiques et les quarantedeux chambres des prêtres, le temple a 44 mètres de longueur et 38 de largeur. Ce monument d'un culte étranger, qui fut le dernier à tenir tête au Christianisme, offre la preuve mille fois répétée de l'alliance impure contractée par Rome païenne avec toutes les divinités que ses triomphateurs amenaient enchaînées à leur char 2.

Comme toujours, un amphithéâtre accompagnait le sanctuaire des impurs mystères. Quoique bien dégradé, l'amphithéâtre de Pouzzoles n'a pas tout à fait perdu

* Phlégon, affranchi d'Adrien, cité par Origène. — Euseb., Chronic. an. Christi 33. — Plin., lib. II, c. lxxxiv. — Suetox., in Tibère, c. xlviii.

* Voir, dans notre Traité du Saint-Esprit, t. I, c. xv, la raison pour laquelle les Romains apportaient à Rome les dieux des nations vaincues et leur élevaient des temples.

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