‹ Les trois Rome, journal d'un voyage en Italie, accompagné: 1 d'un plan de Rome ancienne et moderne; 2 d'un plan de Rome souterraine ou des catacombesChapitre 202 sur 215 · VIE PRIVÉE · texte numérisé non relu

VIE PRIVÉE

plantes déposées dans la partie de la bouilloire inférieure au robinet. Regardez encore ce réchaud ; il est quadrangulaire, le pourtour représente les murailles d'une ville avec leurs tours et leurs créneaux : toute cette enceinte est creuse, et contient l'eau qui, une fois en ébullition, sort à volonté par un robinet placé sur le côté. Les tours ont un couvercle, qui s'ouvre lorsqu'on a besoin de la vapeur de l'eau bouillante, pour tempérer l'air trop raréfié par le feu.

Delà cuisine il est naturel d'entrer dans le Triclinium ou salle à manger. La table est mise, et couverte de soixante-douze pièces d'argenterie; les assiettes, les soupières, le plateau, les cuillers et les fourchettes sont à peu près semblables à ceux dont nous faisons usage ; seulement les fourchettes ont la queue toute droite, et les verres, d'une grande dimension, sont garnis de deux anses : ce qui semblerait prouver que les anciens buvaient de fortes rasades et buvaient à deux mains.

Mais les aliments? Voici de la farine ; du levain enveloppé dans la serviette, dont la marque est encore visible; du pain avec le nom du boulanger : Eris. q. Cram. Re. Ser. ; des galettes et des croquets; du froment, de l'orge, du millet, du riz, du son, des glands, du chènevis, des fèves, des lentilles, des carroubes, des amandes, des châtaignes, des noix, des oignons, des dattes, des figues, de l'huile dans un bocal, qui se liquéfie encore à la chaleur, de la viande dans une casserole d'argent, enfin des œufs frais... de deux mille ans. Tous ces objets, d'un usage journalier, sont là, tels qu'ils furent trouvés, la plupart dans les mêmes vaisseaux de terre, de bronze ou d'argent, où les avaient déposés, il y a tant de siècles, les malheureux habitants d'Herculanum et de Pompéi.

Quant aux objets de luxe, le nombre en est immense; ils égalent, s'ils ne surpassent, par la richesse de la matière et la beauté du travail, ce que nous avons de plus parfait. La vanité est ancienne dans le monde féminin ; et les dames de Pompéi paraissent y avoir sacrifié largement. Bracelets d'or, en forme de serpents, pour le haut du bras et pour le poignet; colliers également en or avec des pierres précieuses; camées d'une valeur inestimable; ornements de tout genre : tels sont les brillants témoignages de cette infirmité tant de fois séculaire. Dans ce riche magasin de nouveautés, nous trouvâmes d'élégantes visiteuses qui s'extasiaient, qui s'exclamaient d'admiration et qui, dévorées du désir d'avoir des bracelets ou des colliers à la Pompéienne, demandaient: « Combien coûterait ceci? Que c'est beau I quel travail exquis! »

Laissant à leur jouissance ces dignes filles de leurs aïeules, nous voulûmes, avant de quitter le musée, parcourir le cercle entier de la vie humaine : il nous restait à voir la mort et les cérémonies qui l'accompagnaient. Voici le funèbre cortège, avec les pleureuses obligées, et les images des ancêtres; elles sont suivies du Silicernium, et de l'urne qui contient les cendres du défunt. Les bas-reliefs du mausolée redisent les actions du mort; plus loin est le Triclinium funéraire, dans lequel une foule de Pompéiens, couchés sur des lits, participent au repas consacré à la mémoire de ceux qu'ils ont perdus. Pour que ce spectacle ne soit pas une simple représentation, voyez ces morts de dix-huit siècles Momies à

moitié découvertes, ils sont couchés dans leur tombe, et ces squelettes, noirs comme du charbon, conservent encore une partie de leurs cheveux.

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